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« On n’est pas survolé par des moyennes » : Autour de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, la bataille des riverains contre le bruit des avions s’intensifie

3 avril 2026 · Actualités · Société

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À l’heure où l’État ouvre une consultation publique sur de potentielles restrictions d’exploitation à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, le débat autour des nuisances sonores revient au cœur de l’actualité locale. Jusqu’au 30 juin, citoyens, élus et associations sont appelés à se prononcer sur un projet d’arrêté censé encadrer davantage le trafic aérien, notamment de nuit.

Mais pour les riverains, et en particulier pour l’association AEHDCNA (Association Eysino-Haillanaise de défense contre les nuisances de l’aéroport), ces mesures restent largement insuffisantes.

Une nuisance ancienne, amplifiée par le modèle low-cost

Président de l’association depuis plusieurs années, Xavier Petit rappelle que le combat ne date pas d’hier. « L’association existe depuis plus de quinze ans. Le sujet des nuisances sonores est ancien, mais il s’est aggravé avec l’essor des compagnies low-cost », explique-t-il.

Selon lui, la transformation du modèle économique de l’aéroport a profondément modifié la perception du bruit pour les habitants des communes survolées comme Eysines ou Le Haillan. « Aujourd’hui, plus de 70 % du trafic est lié au low-cost. Ce sont des rotations très fréquentes, organisées en cycles, avec parfois des passages toutes les dix minutes. »

Une cadence qui impacte directement la qualité de vie des riverains, notamment en journée. « Le problème, ce n’est pas seulement à l’intérieur des habitations. C’est surtout à l’extérieur : ne plus pouvoir profiter de son jardin, de sa piscine, être interrompu constamment dans ses activités. »

Des cartes de bruit jugées déconnectées de la réalité

Autre point de friction majeur : les cartes de bruit, censées informer les habitants sur leur exposition aux nuisances.

Xavier Petit dénonce un outil « trompeur » : « Ces cartes sont basées sur des moyennes annuelles. Mais on ne vit pas une moyenne. On subit des pics sonores. On n’est pas survolé par des moyennes. »

Un constat partagé par de nombreux habitants situés en dehors des zones officiellement classées, mais pourtant exposés au passage répété des avions. « Certains achètent en pensant être épargnés, et découvrent ensuite qu’ils sont régulièrement survolés. »

Le nœud du problème : les vols de nuit

Si les nuisances diurnes sont déjà importantes, la question des vols de nuit cristallise les tensions.

Le projet d’arrêté actuellement soumis à consultation – dit « scénario B » prévoit de limiter les vols nocturnes (entre 22h et 6h) aux avions les moins bruyants. Une avancée jugée « marginale » par l’association.

« Un avion, même un peu moins bruyant, reste très audible. On parle de 76 à 80 décibels au passage. Gagner deux ou trois décibels ne change pas fondamentalement la perception », insiste Xavier Petit.

Surtout, l’association défend une position bien plus radicale : l’instauration d’un couvre-feu total sur cette plage horaire. « Notre demande, c’est simple : pas de vols de nuit. Le sommeil est essentiel. Un seul passage peut suffire à réveiller et perturber la récupération. »

Une approche jugée trop économique

Au cœur des critiques : la méthode utilisée pour élaborer ces mesures, basée sur ce que l’aviation civile appelle « l’approche équilibrée ».

Ce principe consiste à mettre en balance les bénéfices environnementaux des restrictions avec leur impact économique. Une logique que Xavier Petit conteste vivement.

« On chiffre précisément les pertes économiques potentielles, mais le coût sanitaire du bruit est largement sous-estimé. Pourtant, il est reconnu et évalué, y compris en France, comme très élevé. »

Il pointe également un manque de transparence dans les calculs : « On nous annonce des millions de pertes, mais sans détail sur la méthode. C’est difficilement vérifiable. »

Une baisse du trafic… mais sans garantie

Si le trafic aérien a récemment diminué notamment après le départ de Ryanair et la fin de certaines lignes les riverains restent prudents.

« Cette baisse n’est pas un choix stratégique de l’aéroport. Si une compagnie équivalente se présente, le trafic repartira à la hausse », prévient Xavier Petit.

Plus inquiétant encore, selon lui : « Le nombre de vols de nuit a augmenté entre 2019 et 2023, malgré une baisse globale du trafic. »

Une mobilisation attendue jusqu’au 30 juin

Face à ces enjeux, l’AEHDCNA appelle à une forte mobilisation citoyenne dans le cadre de la consultation publique.

Objectif affiché : obtenir un avis défavorable au scénario proposé lors de son passage en Commission consultative de l’environnement.

« Le sujet est technique, mais il est essentiel que les habitants s’expriment. Derrière les hypothèses et les projections, il y a une réalité vécue au quotidien. »

L’association compte également s’appuyer sur ses 400 à 450 adhérents ainsi que sur les élus locaux pour peser dans le débat.

Un équilibre encore introuvable

Entre impératifs économiques, attractivité du territoire et qualité de vie des riverains, le dossier de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac illustre toute la complexité des politiques publiques en matière de transport aérien.

Pour Xavier Petit, la ligne reste claire : « Aujourd’hui, on continue de privilégier la croissance du trafic. Mais la question, c’est : jusqu’où, et à quel prix pour les habitants ? »

Alors que la consultation se poursuit, une chose est certaine : le ciel bordelais n’a pas fini de faire du bruit.

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