
« Avec la mort sociale de 750 000 seniors, le lien intergénérationnel devient une urgence nationale »
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Un dispositif national face à la “mort sociale” des personnes âgées
Le Service Civique Solidarité Seniors s’inscrit dans une réponse concrète à un phénomène désormais identifié et documenté : la “mort sociale” des personnes âgées. Invitée à présenter le dispositif, Marine Hébrard, coordinatrice du développement territorial en Nouvelle-Aquitaine, rappelle qu’il s’agit d’un programme déployé partout en France depuis cinq ans, avec un objectif clair : « mobiliser massivement la jeunesse dans la lutte contre l’isolement des aînés ». Financé par l’Agirc-Arrco, il permet à des jeunes de 16 à 25 ans (jusqu’à 30 ans en situation de handicap), sans condition de diplôme, de réaliser des missions de six mois minimum auprès de personnes âgées isolées. Le constat est alarmant : selon le dernier baromètre du Petit Frère des Pauvres, près de 750 000 seniors vivraient en situation de “mort sociale”, c’est-à-dire sans véritable contact humain régulier. Dans ce contexte, le dispositif entend recréer du lien là où il a disparu.
Des missions de terrain centrées sur le lien social et la complémentarité
Concrètement, les jeunes volontaires interviennent en établissements (EHPAD, résidences autonomie) ou à domicile, avec une mission qui repose avant tout sur la création de lien humain. Il ne s’agit pas d’un remplacement des professionnels, insiste Marine Hébrard, mais d’un complément : « Ils ne sont absolument pas là pour remplacer les professionnels ». Leur quotidien est fait de gestes simples mais essentiels : discuter avec les personnes âgées, partager un moment autour d’un journal, organiser des jeux de société, proposer des animations ou encore accompagner aux usages numériques pour maintenir le lien avec la famille. La coordinatrice insiste sur un point fondamental : le lien social ne s’improvise pas totalement. Les jeunes bénéficient donc d’une formation gratuite, financée par l’Agirc-Arrco, qui les prépare à comprendre les fragilités liées au grand âge, aux pathologies éventuelles comme les troubles cognitifs, mais aussi à adopter la bonne posture relationnelle dans des contextes parfois délicats. Ils sont également formés à devenir des relais d’alerte auprès des structures lorsqu’une situation semble se dégrader.
Une expérience transformatrice pour les jeunes et les personnes âgées
Au-delà de la mission sociale, le dispositif produit des effets très concrets sur les trajectoires des jeunes. Selon les données évoquées, 36% des volontaires s’orientent ensuite vers les métiers du médico-social ou du grand âge, un secteur en tension. Pour Marine Hébrard, ancienne volontaire elle-même, cette expérience constitue souvent un tournant : « Je suis un pur produit du service civique », confie-t-elle, expliquant avoir découvert à travers sa mission des compétences professionnelles déterminantes qui l’ont ensuite conduite à être embauchée puis à évoluer dans ce secteur. Du côté des seniors, les résultats sont également marquants : plus de 80% déclarent avoir retrouvé l’envie de sortir, de recréer des liens et de reprendre des activités après les visites des jeunes. Le dispositif agit ainsi sur deux plans : il redonne une utilité aux jeunes, dont plus de 9 sur 10 déclarent se sentir utiles, et il réactive le désir de vie sociale chez des personnes parfois profondément isolées.
Un enjeu de société massif qui dépasse le simple dispositif
Si les résultats sont encourageants, Marine Hébrard rappelle que le phénomène de l’isolement reste massif et structurel. La “mort sociale”, terme fort mais désormais utilisé par les associations, désigne une réalité où des personnes n’ont plus aucun contact régulier avec l’extérieur. Ce phénomène touche tous les territoires, sans distinction entre ville et campagne. Dans ce contexte, le Service Civique Solidarité Seniors ne peut être qu’une réponse partielle : « C’est une goutte d’eau, mais avec beaucoup de gouttes d’eau, on peut remplir des océans ». Chaque année, environ 150 jeunes sont mobilisés en Gironde, et les besoins restent largement supérieurs aux capacités actuelles. Au-delà de l’action immédiate, le dispositif joue aussi un rôle de tremplin : vers les études, vers la réorientation ou vers les métiers du soin et de l’accompagnement. Il incarne ainsi une dynamique intergénérationnelle devenue essentielle dans une société où les liens familiaux et sociaux se distendent, et où la question de l’isolement des aînés s’impose désormais comme un enjeu collectif majeur