
« On est les garants de l’indépendance intellectuelle » : le combat de Lara Condamin pour une librairie vivante
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Une vocation retrouvée, entre héritage et choix de sens
Rien ne destinait a priori Lara Condamin à devenir libraire. Formée aux études de marché, elle suit d’abord une trajectoire classique avant de revenir à ce qui, depuis toujours, l’habite profondément : les livres. « J’ai passé toute mon enfance entourée de livres… je savais qu’un jour j’ouvrirais une librairie », confie-t-elle. Ce rêve, longtemps mis de côté, refait surface à un moment charnière : « J’ai eu besoin de retourner à ce qui avait du sens, vraiment en ligne avec mes valeurs. » En 2019, après deux années de préparation et malgré les mises en garde — « certains m’ont dit : vous n’y arriverez jamais » — elle ouvre sa librairie à Saint-Médard-en-Jalles. Un choix stratégique et réfléchi : s’implanter dans une zone dépourvue d’offre, loin de la concentration bordelaise, pour recréer un accès au livre là où il manquait.
Une librairie-cocon portée par une équipe engagée
Dès l’origine, Lara Condamin ne veut pas seulement vendre des livres : elle veut créer un lieu. « Je voulais qu’on puisse entrer sans complexe, même si on ne lit pas beaucoup », explique-t-elle. Le pari est réussi : la librairie devient rapidement « un petit cocon », un espace où l’on vient autant pour lire que pour échanger. Cette réussite repose aussi sur un trio soudé : « Je suis appuyée par deux libraires hors pair, Isaline et Natacha, qui ont cette même vision. » Ensemble, elles incarnent une approche exigeante mais accessible, fondée sur l’écoute et le conseil. Ici, la sélection n’est pas imposée : « Forcer les gens à lire quelque chose qu’ils n’ont pas envie de lire, ça n’a aucun sens. » Résultat : la librairie devient un lieu de vie, où « les gens se donnent rendez-vous », où naît un véritable lien social, renforcé par des ateliers et des rencontres.
Entre passion du livre et réalité du métier
Derrière l’image romantique du libraire, Lara Condamin rappelle une réalité plus exigeante : « Quand vous fermez la porte, ce n’est pas fini. On est en veille permanente. » Lire, conseiller, sélectionner : le métier repose sur un engagement total, mais aussi sur une responsabilité culturelle. Face aux idées reçues, elle insiste : non, un livre n’est pas plus cher en librairie. « Le prix est le même partout », rappelle-t-elle, dénonçant une croyance qui fragilise les indépendants. Son rôle va bien au-delà de la vente : « Nous, on fait une pré-sélection. On est là pour conseiller le livre juste. » Une mission qui inclut aussi la défense d’auteurs moins visibles et de talents locaux, dans un souci constant de qualité et de diversité. Dans un contexte où la romance domine les ventes, elle y voit une opportunité : « Ça redonne accès à la lecture à des gens qui ne lisaient plus. »
« Une guerre culturelle » et un devoir de résistance
Mais pour Lara Condamin, l’enjeu dépasse largement la librairie : il est politique et culturel. Face aux recompositions du monde de l’édition, elle n’hésite pas à employer des mots forts : « Oui, il faut parler de guerre culturelle. » Elle alerte sur les risques de concentration et de perte d’indépendance : « Sinon, on ne pourra plus écrire librement… ça devient un média de propagande. » Dans ce contexte, les libraires jouent un rôle clé : « On est les garants de l’indépendance de ce qui va être dit. » Cela implique des choix, parfois assumés : « Certains livres, je ne les ai pas, par choix. » Une forme de résistance, limitée par les contraintes économiques mais bien réelle. Malgré tout, Lara Condamin reste résolument optimiste : « C’est essentiel de garder le lien. Les librairies sont là pour ça. » Dans un monde fragmenté, son combat est simple et puissant : maintenir vivante une culture libre, accessible et profondément humaine.