
« Je n’ai plus de temps à perdre avec le regard des autres »
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Une enfance marquée par la violence des mots
À 28 ans, Lucie Vendet porte un combat qui ne date pas d’hier. Conseillère numérique en Gironde, elle a grandi avec une réalité brutale : celle d’une grossophobie quotidienne, parfois insidieuse, souvent frontale. « Je me rappelle encore ma première insulte… j’étais en CP. On m’a dit “grosse vache”. » Une phrase, ancrée à jamais, point de départ d’un long parcours jalonné de regards insistants, de moqueries et d’exclusion. Atteinte d’obésité dès l’âge de 6 ans, après un choc émotionnel, elle a appris très tôt que « les gens ne sont pas tous gentils ». Harcèlement scolaire, isolement social, difficulté à se construire : l’enfance et l’adolescence ont été des terrains d’épreuve. « On ne s’y habitue jamais vraiment. Mais on se dit qu’il faut faire avec. »
S’accepter sans renoncer à se battre
Aujourd’hui, Lucie avance avec lucidité. Son corps n’est plus un ennemi, mais il reste un défi. « J’ai appris à m’aimer comme je suis. Je sais que je ne serai jamais maigre, et c’est tant mieux pour moi. » Une affirmation forte, nuancée par une inquiétude bien réelle : la santé. Derrière l’acceptation, il y a aussi la conscience des risques, des maladies, et un combat plus intime contre des troubles alimentaires persistants. « Je lutte, donc c’est déjà bien. » Longtemps réfugiée dans sa « bulle », chez elle, entre jeux vidéo, livres et univers virtuels, Lucie confie combien sortir peut être difficile : « Je me sens en sécurité chez moi. » Mais elle refuse désormais de se laisser enfermer. Le travail, le lien aux autres, l’envie d’aider lui permettent de reprendre pied. « Mon petit geste peut aider quelqu’un à faire quelque chose de plus grand. »
Miss Phénix, une scène pour exister et dénoncer
C’est dans cette dynamique que s’inscrit sa candidature à Miss Phénix 2026, un concours engagé contre la grossophobie et le harcèlement. Plus qu’un défi personnel, c’est un acte militant. « Je me suis lancée pour représenter ces deux luttes… puisque je les vis depuis toujours. » Derrière les défilés et les costumes, il y a une volonté de visibilité : montrer que les corps hors normes existent, qu’ils méritent respect et représentation. Lucie y voit une opportunité unique de transformer son vécu en message. « Je n’ai rien à perdre. J’ai tout à gagner. » Même sans couronne, elle revendique déjà une victoire : celle de ‘engagement, de la prise de parole, et du courage d’affronter le regard des autres.
« Pourquoi pas moi ? »
Sur scène, elle incarnera aussi ses passions, notamment à travers le cosplay, un univers où elle a souvent été jugée pour ne pas correspondre aux standards physiques des personnages. Une pression qu’elle détourne aujourd’hui en force. « Pourquoi pas moi ? » répète-t-elle, comme un mantra. Lucie Vendet ne cherche plus à se fondre dans la masse. Elle assume, elle revendique, elle avance. Et si elle continue de douter parfois, une certitude demeure : « Je n’ai plus le temps à perdre avec ce que pensent les autres. » Une phrase simple, mais qui résume tout : le passage de la survie à l’affirmation. Une renaissance, à l’image du phénix qu’elle espère incarner.