
« On impose aux jeunes des comportements d’adultes que nous-mêmes n’avons pas »: Stéphane Brunel veut réconcilier les générations et apaiser la Mission Locale Technowest
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Nommé il y a quelques jours à la présidence de la Mission Locale Technowest, Stéphane Brunel arrive à la tête d’une structure stratégique pour l’accompagnement des jeunes dans un contexte particulièrement sensible. Conflits internes, climat social tendu, procédures judiciaires en cours, interrogations sur la gouvernance : la mission locale de l’ouest métropolitain traverse une zone de turbulences. Mais celui qui est également adjoint au maire de Mérignac délégué à la jeunesse, à la citoyenneté, à l’engagement et à l’insertion refuse les postures martiales. Sa méthode, il la résume simplement : « Premièrement, apaiser. »
Derrière cette phrase, il y a une ligne politique, presque philosophique. Car Stéphane Brunel n’est pas un élu comme les autres. Professeur, ancien tourneur-fraiseur, militant de l’éducation populaire, formateur sur la laïcité, la mémoire ou encore l’intelligence artificielle, il porte un regard singulier sur la jeunesse, le travail, la transmission et les fractures contemporaines. Un regard qui tranche avec les discours anxiogènes ou autoritaires souvent associés aux nouvelles générations.
À l’écouter, une conviction revient sans cesse : les jeunes ne sont pas le problème, ils sont la solution. « La richesse d’une nation, c’est sa jeunesse », affirme-t-il avec gravité, comme une réponse directe à une époque qu’il juge trop prompte à condamner ceux qui arrivent après elle.
À Mérignac, une délégation tournée vers l’accompagnement plutôt que la stigmatisation
« Je suis extraordinairement impressionné par ce que la ville propose à ses jeunes », explique-t-il. Selon lui, la politique jeunesse menée par la municipalité se distingue par son ampleur et sa cohérence.
L’un des projets emblématiques de cette dynamique est le futur Carré Jeune, dont l’ouverture est prévue début juillet. Ce nouveau lieu réunira plusieurs structures majeures : le pôle jeunesse de la ville, le Point Information Jeunesse, Technowest Logement Jeunes mais aussi la Mission Locale Technowest. Une centralisation pensée comme un véritable écosystème d’accompagnement.
Pour Stéphane Brunel, ce projet représente bien davantage qu’un simple équipement municipal. Il y voit « une sorte de point focal de tout ce que l’on peut essayer de faire le mieux possible pour cette jeunesse ».
Mais au-delà des infrastructures, c’est surtout une vision de la jeunesse qu’il défend. Une vision radicalement opposée aux discours alarmistes sur les nouvelles générations. « On porte toujours de la considération négative sur la jeunesse », regrette-t-il. Selon lui, les adultes oublient trop facilement leurs propres contradictions et leurs propres excès passés.
À plusieurs reprises, il revient sur ce qu’il considère comme un durcissement global des relations humaines. « Les adultes sont aussi moins tolérants face aux adultes », observe-t-il. « Il n’y a plus personne qui arrive à se parler. »
Cette fracture générationnelle, amplifiée selon lui par les réseaux sociaux et l’accélération technologique, nécessite une réponse fondée sur l’écoute et la compréhension plutôt que sur la seule logique de contrôle. « Il faut être considéré quand on est jeune », insiste-t-il.
« On impose aux jeunes des comportements d’adultes que nous-mêmes n’avons pas »
Tout au long de l’entretien, Stéphane Brunel développe une réflexion très large sur la jeunesse contemporaine, refusant systématiquement les raccourcis. Pour lui, les discours nostalgiques du « c’était mieux avant » relèvent davantage de la réaction que de l’analyse.
« Platon écrivait déjà que la jeunesse ne savait plus rien faire », rappelle-t-il avec amusement. Une manière de relativiser les inquiétudes actuelles autour des jeunes générations.
S’il reconnaît les bouleversements liés à l’intelligence artificielle, aux réseaux sociaux ou aux mutations du travail, il refuse de transformer ces évolutions en condamnation permanente de la jeunesse. « Nous avons une responsabilité d’adultes », affirme-t-il. « Nous devons leur montrer que la richesse d’une nation, c’est sa jeunesse. »
Cette responsabilité passe selon lui par un changement profond de regard. Trop souvent, estime-t-il, les jeunes sont sommés d’adopter immédiatement des comportements d’adultes sans qu’on leur laisse le droit à l’erreur, à l’expérimentation ou à la construction progressive de leur identité.
« L’erreur est fondatrice de l’individu », explique-t-il. « Je ne connais personne qui ait tout réussi dans sa vie. »
Cette philosophie irrigue directement son action publique, notamment sur les questions d’insertion. Pour lui, accompagner un jeune ne consiste pas à lui imposer un modèle prédéfini mais à construire avec lui un parcours adapté à ses aspirations et à sa réalité.
Mission Locale Technowest : une structure essentielle pour plus de 4 000 jeunes
La Mission Locale Technowest intervient sur 16 communes de l’ouest de la métropole bordelaise et du sud Médoc. Chaque année, plus de 4 000 jeunes y sont accompagnés à travers des dizaines de milliers d’entretiens individuels. Recherche d’emploi, formation, accès au logement, santé, accompagnement administratif, création d’activité : la structure agit sur l’ensemble des problématiques rencontrées par les 16-25 ans en difficulté d’insertion.
Stéphane Brunel insiste sur l’importance fondamentale de cette mission de service public. « Il y a des jeunes qui sont sans rien, sans aide, sans accompagnement », explique-t-il. Face à cette réalité, il salue le professionnalisme des équipes de la mission locale Technowest qu’il qualifie de « formidables ».
Selon lui, la force de la mission locale repose précisément sur sa capacité à faire du sur-mesure. « C’est de la dentelle. C’est de la couture. » Derrière cette formule, il décrit une méthode d’accompagnement où le projet du jeune reste au centre de toutes les décisions.
Contrairement à certains clichés, Stéphane Brunel assure que les jeunes veulent travailler. Le véritable problème réside selon lui dans les exigences parfois irréalistes du marché de l’emploi. « Qui commence sa carrière avec dix ans d’expérience ? », lance-t-il.
Là encore, il appelle les adultes à davantage de cohérence et de mémoire. Selon lui, beaucoup oublient qu’eux-mêmes ont débuté un jour sans expérience et avec des hésitations.
Une présidence sous tension : « faire le casque bleu »
Mais au moment où Stéphane Brunel prend ses fonctions, la Mission Locale Technowest traverse une période délicate. Conflits sociaux, tensions entre direction et salariés, procédures judiciaires et signalements ont fragilisé le climat interne de la structure.
L’élu reste prudent sur les dossiers en cours, rappelant le respect nécessaire du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence. Mais il ne nie ni les difficultés ni les fractures existantes. « Il y a eu un peu de turbulence, un peu de friture sur le signal », reconnaît-il.
Pour autant, il refuse toute logique de confrontation. Son objectif est clair : rétablir le dialogue et reconstruire un climat apaisé. « Ma mission, c’est de faire un peu le casque bleu », affirme-t-il.
Cette volonté d’apaisement constitue probablement le cœur de son arrivée à la présidence de la mission locale Technowest. Stéphane Brunel insiste d’ailleurs sur le fait qu’il a été élu à l’unanimité par les représentants des 16 communes membres, malgré des sensibilités politiques différentes. Pour lui, ce consensus traduit une volonté collective de préserver l’efficacité de la structure.
Son approche repose sur une idée simple : chacun doit retrouver sa place. « Les syndicats ont leur rôle, les personnels ont leur rôle, la gouvernance a un rôle, la direction a un rôle », explique-t-il. Selon lui, les tensions actuelles sont en partie nées d’un brouillage progressif des responsabilités et des relations humaines.
Loin de vouloir « taper du poing sur la table », il privilégie donc une stratégie d’écoute et de compréhension des dysfonctionnements. « Plus vous tapez fort et moins ça fonctionne », résume-t-il.
Depuis sa nomination, il a déjà commencé à examiner minutieusement les dossiers afin de comprendre l’origine des conflits. Son ambition affichée est de « remettre du sens dans la relation humaine » et de sortir des antagonismes permanents.
Dans un contexte social tendu, cette volonté d’apaisement apparaît comme l’axe central de sa présidence.
Une autre manière de parler de la jeunesse
Ce qui frappe chez Stéphane Brunel, c’est finalement sa manière de déplacer le regard. Là où beaucoup voient une jeunesse désengagée, il voit une génération qui cherche du sens. Là où certains dénoncent une perte de l’autorité, il évoque surtout une perte de dialogue collectif. Là où d’autres regrettent le passé, il préfère interroger les transformations du présent.
Autre preuve, selon lui, le succès d’une initiative qu’il a lancé il y a quelques années : Prophilo, une association qui propose aux jeunes en formation professionnel des ateliers philosophique. Pour lui, cette expérience démontre surtout une chose : beaucoup de jeunes souffrent d’un manque de considération intellectuelle. « Ces gosses pensent très bien, pensent vite, pensent avec leurs mots », martèle-t-il.
Cette défense constante des filières professionnelles et des métiers manuels constitue l’un des fils rouges de son discours. Ancien tourneur-fraiseur devenu professeur, Stéphane Brunel revendique cette double culture. « La main apprend au cerveau », répète-t-il avec conviction, dénonçant une société qui hiérarchise encore les intelligences et valorise excessivement les parcours académiques classiques.
Son discours peut surprendre dans un contexte politique souvent dominé par les inquiétudes identitaires, sécuritaires ou générationnelles. Mais il assume pleinement cette posture. « Je fais exprès de prendre les choses à l’envers de tout ce que tout le monde ressasse », dit-il.
Reste désormais à transformer cette philosophie en résultats concrets, aussi bien à Mérignac qu’à la tête de la mission locale Technowest. Car les défis sont immenses : insertion professionnelle des jeunes, tensions sociales internes, mutations du travail, révolution technologique, fractures générationnelles.
Mais une chose semble déjà acquise : Stéphane Brunel entend placer l’humain au centre de son action. Et dans une époque marquée par les crispations et les oppositions permanentes, son premier mot d’ordre résonne presque comme une méthode politique à part entière : apaiser.