
« On est encore là » : comment le Mérignac Gironde Handball refuse de laisser mourir un club historique
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Le handball féminin mérignacais aurait pu disparaître dans le silence d’un été compliqué, emporté par les dettes, les procédures administratives et la brutalité du sport professionnel. Beaucoup imaginaient déjà tourner la page du MHB, ce club emblématique qui avait porté les couleurs de Mérignac au plus haut niveau du handball français pendant de longues années. Pourtant, derrière la chute du Mérignac Handball, une autre histoire a commencé à s’écrire. Une histoire de bénévoles, de passionnés, de joueuses exemplaires et de dirigeants décidés à ne pas abandonner un patrimoine sportif local.
Depuis plusieurs mois, le MHB est devenu le MGH, Mérignac Gironde Handball. Un nouveau nom, une nouvelle structure, mais une même volonté : préserver l’âme du handball féminin à Mérignac et reconstruire un projet ambitieux malgré les blessures encore ouvertes du passé.
« Le club n’est pas mort », répètent avec conviction Armelle Guglielmino, présidente du MGH, et Adeline Gauriat, trésorière du club. Et à écouter leur détermination, difficile de ne pas y croire.
La chute brutale d’un club historique du handball français
Sportivement, rien ne laissait présager un tel effondrement. Le MHB venait pourtant d’assurer son maintien en première division. Sur le terrain, les résultats tenaient la route. Mais en coulisses, la réalité économique était devenue impossible à soutenir.
« Financièrement, on n’a pas réussi à suivre. Il y a des sponsors qui n’ont pas pu signer », explique Armelle Guglielmino. Le couperet tombe alors rapidement : la commission chargée du contrôle financier des clubs estime que le modèle n’est plus viable. Le MHB est rétrogradé administrativement.
Le choc est immense. Car le club n’est pas n’importe quelle structure dans le paysage du handball féminin français. Présent en Division 1 de 1992 à 2008 puis de 2019 à 2025, Mérignac faisait partie des places fortes du handball féminin national. Des joueuses professionnelles, des saisons dans l’élite, des matchs de haut niveau et une identité sportive forte : le MHB s’était installé durablement dans le paysage.
Puis tout s’est arrêté.
« La vraie question, c’était : qu’est-ce qu’on fait pour que ça ne disparaisse pas complètement ? », raconte la présidente du MGH.
Des bénévoles en première ligne pour sauver le handball mérignacais
C’est sans doute là que réside l’aspect le plus remarquable de cette renaissance. Car le MGH n’est pas né d’un investisseur providentiel ou d’une restructuration imposée d’en haut. Il est né d’un sursaut collectif.
Pendant l’été, quelques bénévoles historiques du club refusent l’idée de voir disparaître définitivement le handball féminin à Mérignac. Armelle Guglielmino et Adeline Gauriat faisaient alors partie de ces passionnés de l’ombre, déjà investis au sein du MHB, mais sans responsabilités dirigeantes.
« On était bénévoles. On n’était pas à la direction », rappellent-elles.
Pourtant, face à l’urgence, elles décident avec d’autres de reprendre le flambeau. Une nouvelle association est créée. Un nouveau projet voit le jour. Et surtout, une nouvelle énergie émerge.
« Il faut des personnes très courageuses qui décident de reprendre », souligne la présidente.
Loin des règlements de comptes ou des critiques faciles, les nouvelles dirigeantes parlent aussi du soutien reçu de l’ancienne structure. « Ils ont été prêts à nous aider, à nous accompagner. Il y a plein de choses qu’on ne savait pas. On apprend encore tous les jours. »
Depuis novembre, les quatre membres du bureau vivent quasiment au rythme du club. Réunions interminables, dossiers administratifs, budgets à reconstruire, recherche de partenaires, organisation sportive : le quotidien est devenu celui de véritables chefs d’entreprise… bénévoles.
« On ferme souvent le gymnase après les entraînements », sourit Adeline Gauriat. « Le temps passé, c’est ce qui nous a le plus surprises. »
Et malgré la fatigue, personne ne veut abandonner.
« Le projet est trop beau pour arrêter maintenant. »
Une équipe féminine admirable malgré une saison condamnée d’avance
L’histoire du MGH aurait déjà été forte avec cette simple reconstruction administrative. Mais sportivement, les joueuses ont donné une dimension encore plus impressionnante à cette aventure.
Car dès le début de saison, les filles savaient qu’elles seraient rétrogradées en National 2 à l’issue de l’exercice, quelles que soient leurs performances sportives.
Le paradoxe est cruel. Le MHB commence la saison en Nationale 1, mais le dépôt de bilan entraîne automatiquement une relégation supplémentaire pour la future structure. Dès septembre, le sort est scellé : le MGH jouera en N2 la saison suivante.
Mentalement, le contexte aurait pu faire exploser le groupe.
Des joueuses apprennent la fin de leur aventure professionnelle. D’autres savent qu’elles devront partir pour poursuivre leur carrière. Et malgré cela, l’équipe refuse de sombrer.
« Elles ont vraiment joué le jeu alors que mentalement c’est compliqué », insiste Armelle Guglielmino.
Le résultat force le respect : Mérignac pointe aujourd’hui dans le haut du classement de Nationale 1 et disputera dans quelques jours la finale de la Coupe de France fédérale.
Une performance presque irréelle compte tenu du contexte.
« On est hyper fiers. C’est une super performance. Ça nous permet de montrer qu’on est encore là. »
Ce groupe a incarné toute la résilience du club. Les joueuses auraient pu décrocher, se protéger individuellement, penser uniquement à leur avenir personnel. Au lieu de cela, elles ont continué à défendre le maillot jusqu’au bout.
« Quand on a un maillot, on le défend même si on sait que ce n’est pour rien. »
Cette phrase résume probablement toute la saison du MGH.
Une finale à Bercy comme symbole d’une renaissance
Le 23 mai prochain, les joueuses du MGH disputeront la finale de Coupe de France fédérale à Paris, face à Celles-sur-Belle. Un rendez-vous immense pour un club qui, quelques mois plus tôt, luttait simplement pour survivre.
Le symbole est saisissant : une équipe condamnée à évoluer en Nationale 2 la saison prochaine peut encore soulever un trophée national.
« Ce serait extraordinaire », souffle la présidente.
Plus de 120 supporters mérignacais ont déjà réservé leurs places pour accompagner les joueuses. Et derrière ce déplacement, il y a plus qu’un match. Il y a la démonstration qu’un club reste vivant lorsqu’il conserve son identité, son public et ses valeurs.
Quelques jours plus tard, le 30 mai, le Palais des Sports Pierre-de-Coubertin accueillera le dernier match de Nationale 1 de cette génération. Une soirée qui s’annonce particulièrement émouvante.
« Le 30 mai, ça promet d’être une soirée forte en émotion. »
Certaines joueuses disputeront ce soir-là leur dernière rencontre sous les couleurs mérignacaises. D’autres tourneront une page importante de leur carrière. Et tout un club dira merci à un groupe qui aura porté le projet dans l’une des périodes les plus difficiles de son histoire.
Une reconstruction ambitieuse avec un objectif clair : retrouver le haut niveau
Si le MGH assume aujourd’hui une phase de reconstruction, les dirigeants refusent toute fatalité. Le club ne veut pas s’installer durablement dans les divisions inférieures.
L’ambition est affichée sans détour : retrouver la Division 2 dans un délai de cinq ans.
« Remonter en cinq ans en D2 », annonce clairement Armelle Guglielmino.
Pour y parvenir, le club veut s’appuyer sur un projet structuré et durable. Premier signal fort : la prolongation d’Adrien Debonnière, désormais nommé directeur sportif.
« L’idée, ce n’est pas d’appeler des filles de partout. C’est aussi de former. »
Le MGH veut reconstruire une identité locale forte, renforcer la formation et permettre aux jeunes joueuses du territoire d’intégrer progressivement l’équipe première.
« Qu’on puisse avoir des petites qui arrivent en école de hand et qui se retrouvent un jour sur le banc de l’équipe première. »
Une philosophie qui correspond aussi à la nouvelle réalité économique du club. Les moyens ne sont plus ceux de la Division 1. Il faut désormais bâtir intelligemment, durablement, sans brûler les étapes.
Et malgré quelques départs déjà annoncés, les dirigeants espèrent conserver une base solide pour repartir.
Les équipes de jeunes, preuve que l’avenir existe déjà
Au milieu de cette reconstruction, les résultats des équipes de jeunes constituent une immense source d’espoir.
Les moins de 17 ans brillent cette saison, plusieurs équipes atteignent des finales départementales ou régionales, et le club continue d’attirer de jeunes licenciés malgré les turbulences.
« Les équipes jeunes n’ont pas vécu la descente. Pour eux, il fallait simplement continuer à jouer. »
C’est précisément ce que les dirigeants voulaient préserver : éviter que les difficultés financières du haut niveau ne détruisent toute la structure de formation.
Aujourd’hui, le MGH continue d’organiser des portes ouvertes, des stages et des actions locales pour maintenir cette dynamique autour du handball.
« Le Mérignac Gironde Handball existe encore, la filière féminine existe encore. C’est notre ambition de la faire perdurer. »
Le soutien de la mairie et des partenaires, indispensable pour reconstruire
Mais pour réussir ce pari, le club sait qu’il aura besoin d’un soutien économique solide.
Le budget d’une saison en Nationale 2 avoisine les 400 000 euros. Une somme importante pour une structure qui repart presque de zéro.
La mairie de Mérignac n’a jamais abandonné le club et continue d’apporter un soutien majeur au projet. Plusieurs partenaires historiques ont également choisi de rester fidèles malgré la relégation et le changement d’identité.
« Des partenaires nous ont suivis dans cette nouvelle aventure. »
Mais les dirigeants le reconnaissent : il faut désormais convaincre davantage d’entreprises de rejoindre le projet.
« La recherche de partenaires est difficile. Il faut réussir à embarquer des entreprises dans notre projet sportif et humain. »
Car au-delà du handball, le MGH défend aujourd’hui une histoire rare : celle d’un club qui refuse de disparaître grâce à l’engagement de bénévoles, de joueuses, de supporters et d’un territoire entier.
Un club blessé, mais vivant
Le MHB appartient désormais au passé. Mais le handball féminin mérignacais, lui, continue de vivre à travers le MGH.
Dans beaucoup de clubs, une telle chute aurait laissé place au découragement. À Mérignac, elle a créé un élan collectif.
Les bénévoles ont repris les clés. Les joueuses ont honoré le maillot jusqu’au bout. Les jeunes continuent de remplir les gymnases. Les supporters s’apprêtent à monter à Paris pour une finale. Et les dirigeants regardent déjà vers l’avenir.
« On est encore là », répètent-ils.
Et au vu de l’énergie qui anime aujourd’hui le Mérignac Gironde Handball, cette phrase ressemble beaucoup plus à une promesse qu’à une simple déclaration.