
« J’essaie de faire passer des messages dans chacun de mes films » : à 14 ans, Noa Journolleau rêve déjà de cinéma
🎙 Podcast audio
À seulement 14 ans, Noa Journolleau impressionne déjà par sa maturité, sa lucidité et surtout par sa passion dévorante pour le cinéma. Élève de troisième au collège Andrée Chédid, au Haillan, le jeune réalisateur multiplie les courts-métrages depuis plusieurs années avec une ambition affirmée : faire du cinéma son avenir. Quelques jours après le Festival de Cannes, l’adolescent était invité à raconter son parcours, ses inspirations et les thèmes qui traversent déjà son univers cinématographique. Une prise de parole sincère, touchante, parfois grave, qui révèle une génération bien plus consciente du monde qui l’entoure qu’on ne l’imagine souvent.
Une passion née dans une chambre d’adolescent
Chez Noa Journolleau, le cinéma n’est pas arrivé par hasard. Tout commence très tôt, presque naturellement. À neuf ans, il reçoit une tablette et commence à réaliser de petites vidéos pour amuser ses proches. « Depuis tout petit, j’ai commencé à faire plein de montages vidéo, des petites vidéos comme ça, pour faire rire mes parents et pour m’amuser », raconte-t-il avec simplicité. Mais très vite, le jeu devient une véritable vocation. Les vidéos gagnent en complexité, les scénarios apparaissent, les idées s’affinent. Puis vient le premier vrai projet : Le Dernier Réveil. « À ce moment-là, j’ai découvert une passion », confie-t-il.
Depuis, le jeune collégien ne s’est plus arrêté. En quelques années seulement, il a déjà réalisé trois courts-métrages : Le Dernier Réveil, Déclic et Cosmos. Trois œuvres très différentes dans leurs thèmes, mais reliées par une même volonté : raconter les inquiétudes, les émotions et les questionnements de sa génération.
« Moi, je vais être réalisateur » : une certitude rare à 14 ans
Alors que beaucoup d’adolescents peinent encore à imaginer leur avenir, Noa affiche une étonnante clarté. Lorsqu’on lui demande où il se voit plus tard, la réponse fuse sans hésitation : « Moi, je vais être réalisateur, parce que c’est vraiment quelque chose qui me plaît. »
Une conviction rare à son âge. Là où certains de ses camarades se sentent perdus face aux choix d’orientation, lui semble avoir trouvé sa voie depuis longtemps. Et ce n’est pas simplement un rêve flou d’adolescent fasciné par les tapis rouges ou les stars hollywoodiennes. Derrière cette ambition se cache déjà une véritable démarche artistique. Noa écrit, filme, monte, étalonne, dirige ses acteurs et construit ses scénarios presque seul, faute de moyens professionnels. « J’aime un peu tout, la réalisation surtout, mais je n’ai pas trop le choix, je ne peux pas payer des professionnels », explique-t-il.
Ses amis deviennent alors ses acteurs, ses techniciens, parfois ses assistants improvisés. Une petite troupe de copains mobilisée autour de projets tournés essentiellement pendant les vacances scolaires. « Je pense qu’ils sont contents parce que ce n’est pas tous les jours qu’ils peuvent tourner un film », sourit-il. Mais diriger ses proches n’est pas toujours simple. « Des fois, ils faisaient que rigoler. Là, il faut sortir la casquette de réal et engueuler un peu tout le monde. »
Cosmos, le court-métrage qui révèle un jeune auteur
Parmi ses créations, Cosmos marque un tournant. Le film, récompensé au festival « Ca tourne » à Podensac par le Prix Caméo, interroge la difficulté des adolescents à se projeter dans l’avenir. Le récit débute lors d’un rendez-vous entre un jeune élève et une conseillère d’orientation. À la question « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », le garçon répond simplement : « Je sais pas. »
Une phrase banale en apparence, mais qui résume le malaise de nombreux jeunes confrontés très tôt à la nécessité de choisir un avenir. Noa explique avoir voulu explorer cette thématique à travers les souvenirs d’enfance et les rêves oubliés. « Je voulais faire un truc sur les rêves d’enfants. Peut-être qu’un jour quelqu’un qui ne sait pas quoi faire plus tard va regarder dans ses souvenirs pour voir ce qu’il aimait avant. »
Le résultat frappe par sa cohérence et sa sensibilité. Derrière une réalisation déjà maîtrisée, le film pose un regard sincère sur les doutes adolescents, sans caricature ni discours moralisateur. Un travail d’autant plus remarquable qu’il est réalisé par un jeune de 14 ans parlant de son propre univers.
Le harcèlement scolaire au cœur de Déclic
Autre sujet fort abordé par Noa : le harcèlement scolaire. Avec Déclic, le jeune réalisateur plonge dans une réalité omniprésente au collège. Le film raconte l’histoire d’un adolescent moqué parce qu’il dessine et qu’il ne correspond pas aux attentes d’un groupe qui cherche à l’humilier.
Pour Noa, le sujet est incontournable. « Tout le monde a déjà reçu des moqueries par la racaille du collège. Ça arrive tous les jours », affirme-t-il. Même s’il explique ne pas avoir lui-même été directement victime de harcèlement important, il observe attentivement les comportements qui l’entourent. « Je regardais comment ils se comportent, les gens qui font ça. »
Son regard sur la situation est lucide. Il constate également les efforts de certains établissements scolaires pour mieux écouter les élèves et prendre le problème au sérieux. « Je sens que dans mon collège, les professeurs et le personnel essaient de faire de plus en plus d’efforts pour écouter les jeunes. »
Le film, présélectionné dans un festival de la région toulousaine, témoigne déjà d’une volonté de cinéma engagé. Pour Noa, l’art doit avoir un sens. « J’essaie de faire passer des messages dans chacun de mes films. »
Une génération inquiète face au monde qui arrive
Au fil de l’entretien, un autre aspect frappe : la gravité avec laquelle Noa parle du futur. Réchauffement climatique, intelligence artificielle, guerres, instabilité mondiale… À 14 ans, il porte déjà un regard inquiet sur son époque. « Moi, j’ai peur de ce qui va se passer », confie-t-il.
L’adolescent évoque notamment l’intelligence artificielle, qu’il considère à la fois fascinante et inquiétante. « C’est bien pour le texte ou générer des images, mais quand on commence à faire des voix, des vidéos… ça me fait peur. » Même constat concernant les conflits internationaux ou la crise climatique : « On ne peut rien faire. On ne peut rien changer. »
Cette impuissance nourrit directement son travail artistique. Le cinéma devient alors un moyen d’expression, presque un exutoire. « Ça rend triste… C’est pour ça que j’essaie de faire passer des messages dans chacun de mes films. »
À travers ses courts-métrages, Noa ne cherche pas simplement à raconter des histoires. Il tente déjà de traduire les angoisses silencieuses d’une génération qui grandit dans un monde saturé d’informations, de crises et d’incertitudes.
Un univers déjà identifiable
Ce qui surprend également dans les réalisations de Noa Journolleau, c’est l’existence d’une véritable identité visuelle. Ses films reviennent toujours vers les mêmes lieux : le collège, les couloirs, les chambres d’adolescents, les souvenirs d’enfance. Des décors simples, familiers, mais utilisés comme des espaces émotionnels.
« J’écris mes scénarios dans ma chambre », explique-t-il. « Je me sers de l’univers autour de moi pour faire des fictions. »
La chambre devient même un élément central dans ses trois courts-métrages. C’est là que les personnages réfléchissent, doutent, rêvent ou trouvent des solutions. Une manière très personnelle de filmer l’adolescence de l’intérieur, loin des clichés habituels souvent racontés par des adultes.
Son cinéma se distingue aussi par une attention particulière portée à la musique, au montage et au rythme. Inspiré notamment par Christopher Nolan ou Quentin Dupieux, le jeune réalisateur cherche déjà à développer « sa patte ». « J’essaie de créer des émotions, pas juste regarder une vidéo comme ça, neutre », explique-t-il.
Angoulême, puis peut-être la Fémis
L’avenir, justement, Noa commence déjà à l’imaginer. Après le collège, il espère intégrer le lycée de l’Image et du Son d’Angoulême, réputé pour son environnement artistique et ses options audiovisuelles. « Il y a littéralement un palmier dans le couloir », raconte-t-il avec amusement.
Ensuite, il envisage peut-être l’école de cinéma 3IS à Bègles, où il a déjà effectué un stage. Et comme beaucoup de passionnés de cinéma, il rêve aussi de La Fémis, l’une des écoles les plus prestigieuses du pays. Même s’il estime manquer encore de culture cinématographique, il sait que le temps joue en sa faveur.
En attendant, il continue de tourner, d’apprendre et de développer son regard. Avec déjà un prix remporté et plusieurs sélections en festival, le jeune réalisateur avance étape par étape, porté par une passion qui semble déjà solidement ancrée.
Un nom à retenir
À seulement 14 ans, Noa Journolleau possède déjà ce que beaucoup cherchent pendant des années : une vision, une sincérité et un désir profond de raconter le monde qui l’entoure. Ses courts-métrages parlent d’orientation, de harcèlement, d’angoisses climatiques ou de rêves d’enfance avec une authenticité rare.
Loin de l’image du simple adolescent qui filme pour les réseaux sociaux, le jeune réalisateur du Haillan construit peu à peu un véritable univers de cinéma. Un univers nourri par ses inquiétudes, ses émotions et son regard sur sa génération.
Et lorsqu’on lui demande où il s’imagine dans dix ou quinze ans, la réponse arrive presque comme une évidence : « À Cannes ? » Une phrase lancée avec un sourire, mais qui ressemble déjà à une promesse.