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« Je veux que les joueurs lèvent les bras sur le terrain, parce que ce moment-là est extraordinaire »

4 juin 2026 · Actualités · Sport

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Mérignac Rugby à un pas de l’histoire : l’ambition assumée d’un club qui a grandi sans brûler les étapes

À Mérignac, l’heure n’est pas encore à la célébration. Malgré une victoire éclatante lors du match aller des huitièmes de finale de Fédérale 2 face à Pont-Long (36-15), le président du Mérignac Rugby, Jérôme Mercadier, refuse toute forme d’euphorie prématurée. Derrière l’avance de 21 points acquise à domicile, il reste un match retour à disputer et surtout un objectif à concrétiser : offrir au club une accession historique en Fédérale 1.

Pourtant, à écouter le dirigeant mérignacais, quelque chose semble avoir changé cette saison. Une maturité nouvelle, une confiance collective assumée et surtout la conviction que cette génération de joueurs est enfin prête à franchir un cap qui lui échappe depuis plusieurs années. « L’équipe a pris conscience de ses forces. Elle connaît ses qualités, qu’elles soient individuelles ou collectives. Aujourd’hui, on a vraiment un groupe », résume-t-il.

À l’approche d’un rendez-vous qui pourrait marquer durablement l’histoire du club, Mérignac avance avec une ambition claire mais sans jamais renier les principes qui ont construit sa progression.

Une démonstration au match aller qui confirme les ambitions mérignacaises

Face à Pont-Long, leader autoritaire de sa poule avec une avance conséquente sur ses concurrents, Mérignac savait qu’il lui faudrait réaliser un match presque parfait pour prendre une option sérieuse sur la qualification.  Les premières minutes ont pourtant laissé planer quelques doutes. Les Béarnais ont frappé les premiers, rappelant immédiatement pourquoi ils figuraient parmi les favoris de cette phase finale. Mais la réaction mérignacaise a été immédiate.

Portés par une conquête solide, une maîtrise du ballon remarquable et une intensité physique constante, les joueurs d’Arthur Chollon ont progressivement pris le contrôle des débats. La fin de première période a notamment marqué un tournant décisif avec une domination du paquet d’avants qui a fini par faire craquer la défense adverse.  L’homme du match s’appelle Bassékou  Diaby. Auteur d’un triplé retentissant, il a symbolisé la puissance collective d’une équipe qui semble aujourd’hui avoir trouvé sa pleine mesure. « Le huit de devant a fait un très bon match. Derrière aussi, c’était percutant à chaque ballon. Il n’y a pas grand-chose à dire. L’équipe a très bien joué », souligne Jérôme Mercadier.

Au-delà du score, c’est surtout la manière qui a marqué les observateurs. Mérignac a imposé son rythme, développé son rugby et démontré qu’il pouvait rivaliser avec les meilleures formations de la catégorie.

« Si on n’est pas au rendez-vous, ça peut être une grosse désillusion »

Malgré l’avance confortable acquise au match aller, le président refuse catégoriquement de considérer la qualification comme acquise.  L’expérience du rugby amateur, riche en scénarios improbables et en remontées spectaculaires, incite à la prudence.

« Il y a encore 80 minutes à jouer. Cette année encore, on a vu des remontées fantastiques. Aujourd’hui, il y a 21 points qui nous séparent de Pont-Long. Si on n’est pas au rendez-vous, ça peut être une grosse désillusion à la fin du match. »

Le déplacement dans les Pyrénées-Atlantiques s’annonce particulièrement intense. L’ambiance y sera bouillante, les supporters locaux attendus en nombre et Pont-Long n’a certainement pas dit son dernier mot.  Mais loin d’inquiéter les Mérignacais, ce contexte semble au contraire les stimuler.  « Les phases finales, ce sont des grands moments de rugby. Ça ne nous effraie pas du tout. Ça nous galvanise plutôt. On a hâte de vivre ce genre de moment. » Une déclaration qui traduit l’état d’esprit d’un groupe désormais convaincu qu’il appartient à ce niveau de compétition.

Les cicatrices de Cahors et Castillon comme moteur de progression

Si Mérignac affiche aujourd’hui autant de sérénité, c’est aussi parce que le club s’est construit dans l’épreuve. La déception face à Castillon il y a deux saisons reste encore vive dans les mémoires. Tout comme l’élimination frustrante contre Cahors l’an dernier, au même stade de la compétition.

Mais plutôt que de laisser ces revers devenir des traumatismes, le club a choisi d’en faire des fondations.  « C’est un match sur lequel on s’est appuyé pour construire cette saison », explique Jérôme Mercadier à propos de la confrontation contre Cahors.

L’enseignement principal a été psychologique. Les joueurs ont compris qu’ils avaient le niveau pour rivaliser avec les meilleures équipes du championnat. « Pour la première fois, on a des joueurs qui ont compris que c’étaient de bons joueurs de rugby. Et que si on jouait ensemble, on pouvait être au rendez-vous de ces phases finales et aller un peu plus loin. »

Cette prise de conscience collective a profondément transformé le groupe. « Cahors nous a appris qu’on était à la hauteur. Aujourd’hui, on prouve qu’on est à la hauteur. »

Une montée historique pour une génération qui grandit ensemble depuis cinq ans

Pour Jérôme Mercadier, l’enjeu dépasse largement le cadre sportif. Cette possible accession en Fédérale 1 représente l’aboutissement d’un cycle entamé il y a plusieurs années autour d’un projet de formation et de fidélisation. « On est sur un schéma qu’on a depuis trois ou quatre ans avec les mêmes joueurs. Des jeunes qui étaient au centre de formation, qui sont montés, des jeunes qui sont arrivés par ailleurs. Tous ces gars-là jouent ensemble depuis quatre ou cinq ans. »

Certains ont connu la montée en Fédérale 3. D’autres évoluent au club depuis une décennie alors qu’ils n’ont que vingt-cinq ans. Une fidélité rare dans le rugby moderne. « C’est le moment de se payer », lâche le président avec émotion. L’expression revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans son discours. Comme une forme de récompense attendue après des années de travail, de frustrations et de progression constante.

Une réussite qui dépasse largement l’équipe première

Si l’équipe fanion attire aujourd’hui la lumière, Jérôme Mercadier insiste sur une réalité souvent oubliée : la transformation du club est globale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il y a six ans, l’école de rugby comptait 85 enfants. Aujourd’hui, elle en accueille 356, devenant la plus importante de Gironde. « L’évolution du club est énorme sur ces cinq ou six dernières années. »

Avec plus de 600 licenciés, une école de rugby en plein essor, des infrastructures en développement et une structuration renforcée, Mérignac Rugby s’est progressivement imposé comme l’un des acteurs majeurs du rugby girondin. « La progression n’est pas seulement sur le volet sportif senior. Elle concerne l’ensemble du club. » Cette croissance s’appuie également sur un fort ancrage territorial, avec un réseau dense de partenaires locaux et un soutien constant des collectivités. « On a besoin de continuer sur cette dynamique pour attirer des partenaires qui ont envie de s’afficher autour d’une équipe qui fonctionne et qui porte des valeurs de territoire et de formation. »

La Fédérale 1, un rêve maîtrisé financièrement

Contrairement à certains clubs qui ont parfois brûlé les étapes, Mérignac refuse toute fuite en avant. Le président connaît parfaitement les exigences financières du niveau supérieur.

Selon ses estimations, une montée nécessiterait environ 100 000 euros supplémentaires de budget, faisant passer les ressources du club d’environ 600 000 à 700 000 euros. Un montant qui resterait malgré tout parmi les plus modestes de Fédérale 1.

« Mon rôle, ce n’est pas seulement de gagner des matchs. Mon rôle, c’est d’établir un budget, de le tenir et d’assurer la pérennité du club. » Un discours de gestionnaire assumé. « Il y a trop d’exemples aujourd’hui de clubs qui s’emballent et qui partent à la dérive. » Pour lui, l’essentiel est ailleurs. Préserver les centaines d’enfants qui composent l’école de rugby, garantir l’avenir du club et éviter qu’une montée ne se transforme en danger à moyen terme.

« Je veux créer du souvenir »

Au fond, ce qui anime Jérôme Mercadier dépasse largement les considérations budgétaires ou même sportives. Sa vision du rugby est profondément humaine. L’an dernier, Mérignac avait la possibilité d’accéder à la Fédérale 1 sur tapis vert. Le club avait refusé. Une décision révélatrice de sa philosophie. « Je veux que les joueurs sur le terrain lèvent les bras parce que ce moment-là est extraordinaire. »

Pour lui, les montées administratives ne remplacent jamais les émotions vécues sur une pelouse. « Je veux créer du souvenir. On est là pour créer du souvenir, pour se retrouver dans trente ans et se dire : c’était extraordinaire, on y était, c’est nous qui l’avons fait. »

Dimanche, plusieurs centaines de supporters mérignacais feront le déplacement à Pont-Long. Un bus a même été organisé pour accompagner l’équipe. Quelle que soit l’issue de cette saison, quelque chose est déjà en train de se construire autour du Mérignac Rugby. Mais le président ne compte pas s’arrêter là. Car si la montée en Fédérale 1 représente un objectif majeur, elle n’est finalement qu’une étape. « Quand vous êtes à quatre matchs d’un titre de champion de France, vous y pensez forcément. Depuis le début de la saison, j’ai toujours dit qu’on y allait pour être champion de France. » Une ambition assumée. Et une preuve supplémentaire que Mérignac n’a plus peur de regarder vers les sommets.

« On vise les étoiles. Et on verra où on atterrit. »

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