
« La recherche fonctionne : il y a vingt ans, on mourait de cancers dont on ne meurt plus aujourd’hui »
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Fondation Entreprises Bergonié : comment le mécénat accélère la lutte contre le cancer en Nouvelle-Aquitaine
Un combat collectif face à l’une des premières causes de mortalité en France
Chaque année, le cancer bouleverse la vie de centaines de milliers de Français. Derrière les statistiques se cachent des patients, des familles, des aidants, mais aussi des chercheurs qui consacrent leur vie à faire progresser les traitements. À Bordeaux, l’Institut Bergonié figure parmi les établissements de référence dans cette bataille permanente contre la maladie. Pourtant, derrière les avancées médicales et scientifiques se trouve un acteur souvent moins connu du grand public : la Fondation Entreprises Bergonié.
À sa tête depuis 2020, Maribel Bernard porte une conviction forte : la lutte contre le cancer ne concerne pas uniquement les médecins ou les chercheurs. Elle implique également le monde économique, les entreprises et l’ensemble de la société civile. « Le cancer touche tout le monde », rappelle-t-elle avec gravité. Cette réalité constitue aujourd’hui le moteur principal de l’engagement des mécènes qui soutiennent la fondation.
Donner du sens à l’entreprise à travers la recherche médicale
Créée en 2013 sous l’impulsion de Josy Reiffers, alors directeur de l’Institut Bergonié, la Fondation Entreprises Bergonié a pour mission de fédérer les entreprises souhaitant contribuer à la lutte contre le cancer.
Son rôle est simple dans son principe mais essentiel dans son impact : collecter des fonds privés auprès des entreprises puis les redistribuer à l’Institut Bergonié afin de financer des projets innovants.
Pour Maribel Bernard, l’évolution du mécénat observée ces dernières années est révélatrice d’un changement profond des mentalités. « Depuis le Covid, mais même avant, les gens cherchent du sens », explique-t-elle.
Au-delà de la performance économique, les dirigeants souhaitent désormais inscrire leur activité dans une démarche sociétale plus large. Le cancer étant une maladie qui touche les salariés, les familles, les clients ou encore les fournisseurs, soutenir la recherche apparaît comme un engagement concret et universel. Dans le cadre des politiques de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), cette mobilisation prend aujourd’hui une dimension stratégique autant qu’humaine.
Plus de 16 millions d’euros mobilisés depuis la création de la Fondation
Les chiffres illustrent l’ampleur du travail accompli. Depuis sa création, la Fondation Entreprises Bergonié a levé près de 16 millions d’euros et financé plus de 13 millions d’euros de projets directement liés à la lutte contre le cancer.
En 2024, malgré un contexte économique parfois tendu, près de 2 millions d’euros ont encore été collectés. Une somme considérable qui permettra de financer 1,7 million d’euros de nouveaux projets. « On lève depuis quelques années environ deux millions d’euros par an », précise Maribel Bernard.
Cette stabilité témoigne de la fidélité des mécènes et de la confiance accordée à la fondation Parmi les soutiens historiques figurent notamment plusieurs acteurs du secteur viticole bordelais, même si la crise traversée actuellement par la filière a eu un impact sur certains niveaux de contribution. Pour autant, la présidente reste optimiste. « Il y a encore beaucoup d’entreprises généreuses qui veulent nous accompagner. »
Recherche, technologies de pointe et accompagnement humain : les trois piliers de l’action
Contrairement aux idées reçues, les fonds collectés ne servent pas uniquement à financer des laboratoires de recherche. La Fondation Entreprises Bergonié agit sur trois axes complémentaires.
Le premier concerne la recherche appliquée : développement de nouveaux traitements, essais thérapeutiques, nouveaux protocoles médicaux.
La deuxième porte sur l’acquisition d’équipements de très haute technologie, souvent associés aujourd’hui à l’intelligence artificielle.
Enfin, le troisième axe concerne les soins de support.
Un terme que Maribel Bernard reconnaît ne pas particulièrement apprécier mais qui désigne l’ensemble des dispositifs destinés à améliorer la qualité de vie des patients et de leurs proches. « Ce sont parfois des soins qui permettent d’éviter des récidives », souligne-t-elle. Hypnose, musicothérapie, accompagnement psychologique, soutien aux aidants : ces approches font désormais partie intégrante de la prise en charge moderne du cancer.
Loin d’être anecdotiques, elles font l’objet d’évaluations scientifiques rigoureuses. « Tout ce qu’on finance est toujours basé sur une recherche », insiste la présidente.
Les aidants : les grands oubliés que la Fondation refuse d’ignorer
Parmi les sujets qui tiennent particulièrement à cœur à Maribel Bernard figure la place des aidants. Ces femmes et ces hommes qui accompagnent quotidiennement un proche malade constituent souvent le premier soutien du patient.
Pourtant, leur rôle demeure encore insuffisamment reconnu. « L’aidant n’a jamais de répit », rappelle-t-elle. Confrontés à l’épuisement physique et psychologique, ces proches doivent eux aussi bénéficier d’un accompagnement adapté. Pour la Fondation, prendre soin des aidants revient indirectement à prendre soin des patients eux-mêmes. « Il faut un aidant qui soit bien dans sa tête, bien dans sa vie, s’il est là pour accompagner le malade dans des parcours parfois terribles et extrêmement violents. »
L’Institut Bergonié, un centre d’excellence au rayonnement national
Si les Bordelais connaissent bien l’Institut Bergonié, son rôle dépasse largement les frontières de la métropole. L’établissement fait partie du cercle très fermé des centres français exclusivement dédiés à la lutte contre le cancer.
Unique centre de ce type en Nouvelle-Aquitaine, il constitue une référence régionale pour les situations les plus complexes. « Vous connaissez Gustave-Roussy ou Curie à Paris ? Bergonié, c’est l’équivalent ici », explique Maribel Bernard. Les dossiers les plus difficiles, les diagnostics rares ou les protocoles complexes sont régulièrement orientés vers l’institut.
Une excellence reconnue à l’échelle nationale tant pour la qualité des soins que pour ses activités de recherche et d’enseignement. Autre particularité majeure : l’absence totale de reste à charge pour les patients. « Quand vous êtes soigné à l’Institut Bergonié, cela ne vous coûte rien. » Une spécificité qui illustre l’engagement profond de l’établissement en faveur de l’égalité d’accès aux soins.
L’intelligence artificielle, nouveau levier de la lutte contre le cancer
Parmi les sujets qui suscitent aujourd’hui le plus d’espoir figure l’intelligence artificielle. Pour Maribel Bernard, les premiers résultats sont déjà visibles. L’IA ne remplacera jamais les chercheurs ni les médecins, mais elle leur permettra d’aller plus vite et plus loin.
La Fondation a notamment participé au financement d’un scanner de lames destiné à accélérer l’analyse des cellules cancéreuses. L’objectif est ambitieux : permettre à l’algorithme d’apprendre à reconnaître différents types de cancers à partir d’une immense base de données. « Cela permet d’aller vite et de faire un premier tri », explique-t-elle. Cette révolution technologique pourrait considérablement réduire les délais de diagnostic et améliorer la précision des analyses. « L’intelligence artificielle va être un booster important pour la recherche. »
Derrière chaque découverte, des années de patience et d’humilité
Au contact quotidien des chercheurs, Maribel Bernard a développé une profonde admiration pour leur travail. Un monde souvent méconnu du grand public. « C’est une patience infinie », confie-t-elle. La recherche avance rarement en ligne droite. Elle repose sur des hypothèses, des essais, des erreurs et parfois des années d’efforts avant qu’une découverte n’émerge. « Il faut accepter que l’hypothèse ne soit pas la bonne. C’est le jeu aussi. »
Cette humilité scientifique constitue selon elle l’une des plus grandes qualités des chercheurs. Des femmes et des hommes qui cumulent souvent activités de soins, enseignement et recherche. « Je pense qu’ils ont des journées qui durent trente-six heures. »
Peut-on espérer vaincre un jour le cancer ?
C’est sans doute la question que chacun se pose. La réponse de Maribel Bernard se veut à la fois prudente et porteuse d’espoir. Les chercheurs refusent les promesses simplistes. Mais les progrès réalisés ces vingt dernières années sont incontestables. « La recherche fonctionne. »
Et d’ajouter : « Il y a vingt ans, on mourait de cancers dont on ne meurt plus aujourd’hui. » Pour certains cancers, les taux de guérison ont considérablement augmenté.
D’autres restent encore particulièrement agressifs, comme certains sarcomes ou certains cancers du pancréas. Mais l’objectif est désormais clair. « Faire que le cancer, ou certains cancers, deviennent une maladie rare. » Une ambition qui nécessitera encore du temps, des moyens financiers et une mobilisation collective durable.
Le lien précieux entre mécènes et chercheurs
Au-delà des chiffres, Maribel Bernard évoque avec émotion les moments où les mécènes rencontrent directement les chercheurs qu’ils soutiennent. Pour elle, ces échanges représentent l’essence même de la Fondation. « C’est le meilleur moment. »
Les entreprises découvrent concrètement l’utilisation de leurs dons, tandis que les scientifiques peuvent partager leurs avancées et leurs espoirs. Une rencontre entre le monde économique et le monde médical qui donne un visage humain aux financements accordés. « Il y a vraiment quelque chose de concret à ce moment-là. »
Une mobilisation indispensable pour préparer les victoires de demain
Face à un défi de santé publique aussi majeur, Maribel Bernard est convaincue que l’engagement des entreprises demeure essentiel. Les financements publics, à eux seuls, ne suffisent plus à répondre à l’ensemble des besoins de la recherche. Chaque contribution peut permettre d’accélérer une découverte, de financer un équipement innovant ou d’améliorer le parcours de soins des patients.
Et derrière chaque projet soutenu se dessine une même ambition : transformer progressivement le cancer d’une maladie souvent redoutée en une pathologie de mieux en mieux maîtrisée. « Ce n’est pas en vain. » Une phrase simple mais qui résume parfaitement le sens de l’engagement porté par la Fondation Entreprises Bergonié.