
« J’avais prévenu que si une troisième canicule arrive, elle nous serait fatale » : Bruno Lafon alerte sur un incendie devenu « un monstre »
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INTERVIEW – Face à un incendie d’une violence exceptionnelle, Bruno Lafon, président de la Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI), ne cache pas son inquiétude. Invité en direct lors de l’émission spéciale du 24 juillet, il décrit un feu qui s’auto-alimente, progresse à une vitesse fulgurante et met les secours face à une situation inédite. Entre évacuations préventives, conditions météorologiques extrêmes et lutte acharnée des pompiers, il lance un appel à la vigilance tout en refusant de céder à la panique.
« C’est devenu un feu qui est… un monstre. »
Dès les premières minutes de l’entretien, Bruno Lafon résume l’ampleur du sinistre. Selon lui, tous les facteurs d’un incendie majeur sont réunis : une végétation desséchée par plusieurs vagues de chaleur, des températures élevées et un vent soutenu.
« Nous sommes dans une situation explosive », rappelle-t-il, évoquant la règle des « 3 x 30 » : moins de 30 % d’humidité, plus de 30 °C et des vents dépassant les 30 km/h. Un cocktail redouté par tous les spécialistes des feux de forêt.
Une progression fulgurante
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Durant la seule nuit, l’incendie a parcouru près de 4 800 hectares, avançant à un rythme compris entre 800 et 1 000 hectares par heure.
« En principe, la nuit, le vent faiblit. Là, le feu s’est auto-alimenté tout seul », explique Bruno Lafon.
Malgré la mobilisation des pompiers et des bénévoles de la DFCI, les équipes ne peuvent agir efficacement que sur les flancs de l’incendie. La tête du feu, elle, progresse trop rapidement pour être stoppée, notamment en l’absence de moyens aériens durant la nuit.
Les bénévoles confrontés à une situation exceptionnelle
Les véhicules jaunes de la DFCI, habituellement dédiés à la surveillance et à la prévention, ont dû intervenir pour protéger certains secteurs.
Mais la violence du feu a rapidement dépassé leur mission initiale.
« Nos bénévoles ne sont pas préparés pour cela. Ce sont souvent d’anciens pompiers, mais ce n’est pas leur rôle de combattre un incendie d’une telle ampleur. »
Les renforts des services départementaux d’incendie et de secours ont dû être rappelés afin de contenir une reprise spectaculaire des flammes en direction de Lacanau puis de la métropole bordelaise.
Des évacuations par précaution
Face aux inquiétudes suscitées par les ordres d’évacuation dans plusieurs communes, Bruno Lafon tient à rassurer.
« Bordeaux n’est pas en train de brûler. »
Les évacuations engagées à Martignas-sur-Jalle, Saint-Jean-d’Illac, Saint-Aubin-de-Médoc ou encore Saint-Médard-en-Jalles sont avant tout destinées à protéger les habitants des fumées et à permettre une évacuation sereine si la situation venait à se dégrader.
« Il vaut mieux partir calmement que d’avoir le feu aux trousses. Quand les gens fuient au dernier moment, c’est là qu’il y a des morts. »
Il rappelle que les fumées peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres, comme cela a déjà été observé jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Couper la forêt pour sauver des milliers d’hectares
Parmi les solutions envisagées figure la création de larges coupures dans la forêt afin de priver l’incendie de combustible.
Une stratégie déjà utilisée dans d’autres pays mais qui nécessite de nombreuses autorisations administratives.
« Il vaut mieux couper quelques hectares pour en sauver des milliers. »
Toutefois, la vitesse de propagation des flammes a rendu cette opération impossible dans plusieurs secteurs. Les engins de chantier ont dû être retirés pour garantir la sécurité des personnels.
La météo, dernier espoir
Pour Bruno Lafon, les secours feront tout leur possible, mais une partie de l’issue dépend désormais de la météo.
« La nature a besoin de nous aider. »
La baisse du vent, une diminution des températures ou quelques précipitations permettraient aux équipes d’intervenir plus efficacement.
Il rappelle que lors du gigantesque incendie de Landiras en juillet 2022, c’est un changement brutal des conditions météorologiques qui avait permis de stopper la progression des flammes.
Une journée décisive
Alors que de nouveaux renforts nationaux sont attendus, notamment des militaires, des colonnes de pompiers et les avions bombardiers d’eau, Bruno Lafon estime que les prochaines heures seront déterminantes.
« Demain sera une journée capitale en ce qui concerne les feux. »
Sans amélioration météorologique, l’évolution de l’incendie dépendra principalement du vent, principal moteur de sa propagation.
Malgré la gravité de la situation, le responsable de la DFCI appelle chacun à garder son calme tout en respectant scrupuleusement les consignes des autorités.
Car si les moyens humains sont considérables, face à un incendie d’une telle intensité, la nature reste encore le premier arbitre du combat.