
Marie Récalde sur C6 Radio : une interview exceptionnelle au cœur de la crise des incendies en Gironde
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Marie Récalde : interview exclusive sur les incendies en Gironde
Dans un contexte marqué par l’un des plus importants incendies jamais connus en France, Marie Récalde, députée de la 6ᵉ circonscription de la Gironde et secrétaire de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées, a accordé une interview exceptionnelle à C6 Radio.
Alors que plusieurs communes de sa circonscription sont concernées par des évacuations préventives en raison des fumées toxiques et de la progression du feu, la députée est revenue pendant près de 30 minutes sur la situation des secours, la protection des sites stratégiques, les conséquences environnementales, économiques et sanitaires ainsi que les enseignements que la France devra tirer de cette catastrophe.
Une priorité absolue : soutenir les sapeurs-pompiers
Dès le début de l’entretien, Marie Récalde tient à rendre hommage aux femmes et aux hommes mobilisés contre les flammes.
Elle décrit des sapeurs-pompiers « exceptionnels », engagés sans relâche jour et nuit face à un incendie qualifié d’« incontrôlable ».
Selon elle, les soldats du feu disposent de très peu de temps de récupération.
Une base arrière a notamment été installée à Mérignac afin de permettre leur repos, mais les rotations sont extrêmement rapides tant l’intensité de l’incendie nécessite une mobilisation permanente.
Pour la députée, les pompiers font preuve d’un courage remarquable face à un feu qui change constamment de direction sous l’effet d’un vent instable.
« Ils luttent contre cette hydre de feu. »
Une situation extrêmement évolutive sur la 6ᵉ circonscription
Au moment de l’interview, plusieurs foyers actifs menacent directement le territoire de la 6ᵉ circonscription.
Le changement de direction du vent a profondément modifié la progression de l’incendie.
Marie Récalde évoque notamment :
- un foyer évoluant vers Saint-Jean-d’Illac ;
- une menace sur Martignas-sur-Jalle ;
- une progression inquiétante autour du camp de Souge.
Afin de contenir les flammes, le génie militaire intervient pour créer de très larges pare-feu destinés à ralentir la progression de l’incendie.
Des sites stratégiques placés sous haute protection
La circonscription comprend plusieurs installations sensibles pour la défense nationale.
La députée rappelle que ces infrastructures bénéficient déjà de dispositifs de sécurité renforcés.
Parmi les sites particulièrement surveillés figurent :
- ArianeGroup ;
- la DGA Essais de missiles ;
- le camp de Souge ;
- les industries de défense implantées autour de Mérignac ;
- les installations de Roxel à Saint-Médard-en-Jalles.
Marie Récalde explique que la protection de ces sites constitue une priorité absolue pour les services de l’État dans la stratégie de lutte contre le feu.
« Une forme de guerre »
Interrogée sur l’ampleur du sinistre, la députée n’hésite pas à employer un vocabulaire particulièrement fort.
Elle compare la lutte contre les incendies à un véritable conflit.
Selon elle :
- les populations évacuées deviennent des « réfugiés climatiques » ;
- le changement climatique transforme profondément la nature des catastrophes ;
- la France fait face à une situation jamais observée auparavant.
Elle rappelle que les incendies de 2022 étaient déjà exceptionnels mais estime que ceux-ci dépassent encore ce précédent.
Tout en reconnaissant l’extrême difficulté de la situation, elle conclut néanmoins avec une note d’espoir :
« David a gagné contre Goliath. »
Changement climatique : repenser totalement notre rapport à la forêt
Marie Récalde considère que ces incendies imposent une remise en question profonde.
Selon elle, il ne suffit plus uniquement d’améliorer les moyens de lutte.
Elle estime qu’il faut revoir :
L’organisation des espaces forestiers
Elle estime que les vastes monocultures de pins peuvent favoriser la propagation rapide des incendies et appelle à repenser l’aménagement des massifs forestiers
Elle défend une meilleure diversité des paysages grâce à :
- davantage d’espaces agricoles ;
- une alternance entre cultures et forêt ;
- une meilleure gestion foncière.
Les obligations de débroussaillement
La députée juge que les obligations légales existent mais restent insuffisamment appliquées.
Elle souhaite :
- élargir les zones débroussaillées ;
- renforcer leur contrôle ;
- créer davantage de coupures naturelles contre le feu.
Adapter l’urbanisme
Elle estime également que l’urbanisation devra évoluer afin de mieux prendre en compte le risque incendie.
Les moyens de lutte doivent encore évoluer
Marie Récalde refuse toute polémique sur les moyens engagés pendant la crise.
Elle rappelle que :
- les investissements de l’État ont déjà augmenté ;
- davantage de véhicules terrestres ont été financés ;
- la flotte aérienne s’est renforcée.
Cependant, selon elle, cela ne suffira pas.
Elle insiste notamment sur plusieurs priorités.
Une base permanente d’avions bombardiers d’eau dans le Sud-Ouest
Elle rappelle que la création d’une base permanente à Mont-de-Marsan avait été annoncée après les incendies de 2022.
À ce jour, elle regrette qu’elle ne soit toujours pas opérationnelle.
Le rôle de l’A400M
La députée salue la première utilisation mondiale d’un A400M dans la lutte contre les incendies.
Elle rappelle néanmoins que cet appareil reste complémentaire des Canadair.
Elle souligne notamment que :
- l’A400M largue environ 20 tonnes de retardant ;
- deux Canadair peuvent déverser près de 200 tonnes d’eau sur une journée.
Selon elle, aucune solution unique ne permettra de faire face à ces nouveaux mégafeux.
« Il faudra une véritable armée contre le feu »
Marie Récalde estime que les incendies deviennent désormais un risque permanent.
Elle considère que la France devra probablement :
- renforcer les effectifs ;
- adapter le modèle de sécurité civile ;
- réfléchir à une véritable stratégie nationale de lutte contre les mégafeux.
Elle souligne également l’épuisement des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires.
Une solidarité exceptionnelle à tous les niveaux
La députée salue l’immense mobilisation observée pendant cette crise.
La solidarité locale
Elle évoque :
- les associations ;
- les collectivités ;
- les bénévoles ;
- les habitants venant spontanément proposer leur aide.
Elle cite notamment des initiatives venues d’autres communes qui ont organisé des collectes de matériel au profit des sinistrés.
La solidarité nationale
Des renforts venus de toute la France rejoignent quotidiennement la Gironde.
Pour Marie Récalde, cette mobilisation démontre la capacité du pays à faire nation dans les moments les plus difficiles.
La solidarité européenne
Elle insiste également sur le rôle essentiel du mécanisme européen de protection civile.
Des appareils venus notamment :
- du Portugal ;
- de Croatie,
renforcent les moyens français.
Selon elle, cette coopération démontre que les défis climatiques dépassent désormais les frontières nationales.
Un désastre écologique majeur
Marie Récalde parle d’une catastrophe écologique sans précédent.
Elle évoque :
- la destruction des massifs forestiers ;
- la disparition d’une partie importante de la faune sauvage ;
- les animaux domestiques évacués grâce aux réseaux associatifs ;
- les nombreuses années nécessaires à la reconstruction.
Elle estime également que les futurs reboisements devront probablement utiliser des essences mieux adaptées au changement climatique.
Les fumées : un risque sanitaire majeur
La députée insiste fortement sur la toxicité des fumées.
Elle invite les habitants à :
- rester confinés autant que possible ;
- fermer les fenêtres ;
- limiter les sorties ;
- porter un masque FFP2 lorsqu’ils doivent sortir.
Elle rappelle que les évacuations décidées par la préfecture répondent avant tout à un impératif sanitaire.
Distribution des masques FFP2
Concernant les protections respiratoires, Marie Récalde indique que :
- 2,5 millions de masques FFP2 doivent être livrés ;
- leur répartition sera coordonnée par Bordeaux Métropole ;
- les pharmacies des secteurs concernés participeront également à leur distribution ;
- les personnes souffrant de pathologies respiratoires seront prioritaires.
Une inquiétude économique grandissante
L’incendie ne menace pas uniquement les habitations.
La députée souligne les conséquences économiques immédiates.
Parmi les difficultés :
- fermeture des entreprises situées dans les zones évacuées ;
- généralisation du télétravail lorsque cela est possible ;
- recours au chômage partiel ;
- interruption de nombreuses activités.
Elle indique avoir demandé la création d’une cellule de crise économique.
Tourisme : une saison profondément fragilisée
Marie Récalde évoque également les conséquences sur :
- le Bassin d’Arcachon ;
- le Médoc ;
- l’économie touristique girondine.
Elle estime que certaines entreprises risquent de ne jamais se relever des pertes subies.
Toutefois, elle refuse toute spéculation sur la fin de saison, considérant que l’urgence reste la maîtrise de l’incendie.
Le rôle d’un député en période de catastrophe
Interrogée sur sa mission dans ce contexte exceptionnel, Marie Récalde explique que son rôle consiste principalement à :
- assurer le lien avec les services de l’État ;
- accompagner les maires ;
- relayer les difficultés du terrain ;
- rassurer les habitants ;
- signaler les éventuels dysfonctionnements.
Elle annonce également avoir demandé, avec plusieurs parlementaires girondins, la mise en place de points quotidiens entre les élus locaux et les services de l’État afin d’améliorer la circulation des informations.
Une conclusion tournée vers la reconstruction
Tout au long de cet entretien, Marie Récalde adopte un ton mêlant gravité, reconnaissance envers les secours et volonté d’anticiper les crises futures.
Son intervention dépasse largement le simple suivi de l’incendie.
Elle appelle à une réflexion globale sur :
- le changement climatique ;
- l’organisation des forêts françaises ;
- les moyens de sécurité civile ;
- la coopération européenne ;
- l’aménagement du territoire.
Son message final reste néanmoins centré sur une priorité immédiate : éteindre les incendies, protéger les populations et préparer, dès que la situation le permettra, la reconstruction de la Gironde.