
« Le climat, lui, ne changera pas. C’est à nous de changer. »Christophe Duprat appelle à repenser la forêt et renforcer les moyens de lutte
🎙 Podcast audio
Saint-Aubin-de-Médoc le 30 juillet 2026. Après plusieurs jours d’angoisse liés au gigantesque incendie qui a frappé le Médoc, les habitants de Saint-Aubin-de-Médoc ont enfin pu regagner leur commune. Une délivrance accueillie avec émotion par le maire, Christophe Duprat, qui voit dans cette crise un tournant majeur pour la gestion des risques d’incendie en Gironde. Entre retour progressif à la normale, soutien aux commerçants, réflexion sur l’aménagement du territoire et appel à un engagement fort de l’État, l’édile esquisse les leçons d’une catastrophe qui pourrait faire date.
La nouvelle est tombée dans la journée : l’ordre d’évacuation est levé. Quelques minutes plus tard, les premiers habitants reviennent dans leur commune, retrouvant leurs maisons après plusieurs jours d’incertitude.
« Aujourd’hui, la vie reprend », se réjouit Christophe Duprat, saluant la décision de la préfecture prise en concertation avec les élus locaux. Dès le lendemain, le marché hebdomadaire pourra de nouveau accueillir commerçants et habitants, symbole fort d’un retour progressif à la normale.
Un appel à soutenir les commerces locaux
Le maire insiste immédiatement sur un enjeu qui dépasse la seule fin de l’évacuation : la relance économique locale.
Comme lors de la crise sanitaire du Covid-19, il invite les habitants à privilégier les commerces de proximité, durement touchés par six jours de fermeture.
« Les commerçants ont besoin de nous. À nous de jouer le jeu et d’aller les voir dès demain », lance-t-il, rappelant que cette solidarité est indispensable pour permettre au tissu économique local de retrouver son activité.
« Le climat, lui, ne changera pas. C’est à nous de changer. »
Au-delà de l’urgence, Christophe Duprat estime que cette catastrophe impose une réflexion de fond sur l’aménagement des territoires forestiers.
Pour lui, empêcher totalement les incendies sera probablement impossible. En revanche, il devient indispensable de mieux préparer les communes face à un climat de plus en plus propice aux feux.
L’élu évoque notamment une évolution des règles d’urbanisme avec davantage de distances entre les habitations et les massifs forestiers, un débroussaillement renforcé ainsi que la création de véritables zones de rupture capables de freiner la progression des flammes.
Selon lui, l’organisation historique de la forêt landaise doit aujourd’hui être repensée.
« Le climat, lui, ne changera pas. C’est à nous de changer la façon dont la forêt a été construite », affirme-t-il.
Il imagine ainsi davantage de coupures agricoles entre les grandes parcelles forestières afin de limiter la propagation des incendies, tout en reconnaissant que les pare-feu traditionnels montrent leurs limites face à des flammes capables de franchir plus d’un kilomètre.
Le pin maritime reste incontournable
Interrogé sur la monoculture du pin maritime, souvent pointée du doigt pour son caractère inflammable, Christophe Duprat appelle à la prudence.
La commune a déjà expérimenté plusieurs essences forestières. Les résultats montrent toutefois que le pin demeure l’espèce la mieux adaptée aux sols locaux et aux contraintes climatiques du bassin aquitain.
Le maire plaide néanmoins pour que la recherche poursuive ses travaux afin de développer des essences moins inflammables tout en restant compatibles avec les réalités économiques de la sylviculture.
Il rappelle que la forêt landaise demeure une forêt de production, essentielle pour l’économie régionale.
Fermer la forêt plus tôt lors des fortes chaleurs
Autre piste avancée : restreindre beaucoup plus rapidement l’accès aux massifs forestiers pendant les épisodes de canicule ou de vents violents.
Pour Christophe Duprat, il faut banaliser cette mesure de prévention comme cela se pratique déjà dans certains parcs publics lors des intempéries.
L’objectif est simple : limiter autant que possible le risque de départ de feu lorsque les conditions météorologiques deviennent extrêmes.
Des moyens à renforcer
Le maire rend hommage à l’ensemble des sapeurs-pompiers et souligne que sans les renforts venus d’autres départements, voire de l’étranger, le combat contre les flammes aurait été impossible.
Il estime cependant que les moyens aériens doivent être renforcés avec davantage d’avions bombardiers d’eau, le renouvellement des Canadair vieillissants, le développement des A400M adaptés à la lutte contre les incendies ainsi que la multiplication des pélicandromes permettant le ravitaillement rapide des appareils.
Il appelle également à augmenter durablement les financements du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS), dont les collectivités locales assument déjà une part importante des dépenses.
L’État attendu après la crise
Enfin, Christophe Duprat estime que l’État devra accompagner financièrement les territoires les plus touchés.
Il pense notamment aux communes forestières ayant perdu une part importante de leur patrimoine, mais aussi aux habitants ayant vu leur maison détruite.
Il rappelle que les incendies de 2022 avaient conduit l’État à investir dans de nouveaux véhicules et équipements pour les secours. Selon lui, l’ampleur des feux de 2026 justifie un engagement encore plus conséquent.
« L’État a été là après 2022. Il faut qu’il soit aussi là après 2026. C’est de plus grande ampleur, donc il faudra qu’il soit là de plus grande ampleur. »
Une catastrophe qui marque un tournant
Si le retour des habitants à Saint-Aubin-de-Médoc marque la fin de la phase d’urgence, Christophe Duprat considère que l’essentiel commence maintenant. Pour l’élu, les incendies géants ne sont plus des événements exceptionnels mais une nouvelle réalité climatique qui impose de revoir en profondeur l’aménagement des forêts, les règles d’urbanisme, la prévention et les moyens de secours.
Au moment où les premiers habitants retrouvent leur domicile, le maire adresse ainsi un message qui résonne bien au-delà des limites de sa commune : face à un climat qui évolue durablement, les territoires devront désormais apprendre à s’adapter.