
« Je ne sais plus s’il faut souhaiter qu’on reparte de zéro ou qu’on reparte en National » : Alexandre Gougnard alerte sur l’avenir des Girondins
Invité de C6 Radio, Alexandre Gougnard, président du District de la Gironde de Football et membre du Comité exécutif de la Fédération française de football, a livré un regard particulièrement lucide sur la situation des Girondins de Bordeaux. Entre inquiétude pour le club emblématique du football girondin, incertitudes autour de son avenir et conséquences déjà visibles sur la formation des jeunes, le dirigeant n’a pas caché ses craintes. À ses côtés, Samir Zolota, co-président du Football Club de Saint-Médard-en-Jalles, a également souligné les difficultés rencontrées par le football régional.
La question des Girondins de Bordeaux dépasse désormais largement le seul cadre de leur équipe première. Pour Alexandre Gougnard, leur situation fragilise tout un écosystème régional, à commencer par la formation des jeunes joueurs.
Le constat dressé au micro de C6 Radio est sans détour : alors que la formation doit plus que jamais retrouver une place centrale dans le modèle des clubs, la Nouvelle-Aquitaine souffre aujourd’hui d’un manque criant de structures capables d’accompagner les meilleurs jeunes vers le haut niveau.
« Il faudra devenir très factuel et, à un moment donné, l’argent ne sera plus là. Donc il faudra bien compter sur la formation et la jeunesse », explique Alexandre Gougnard. Pour le président du District de la Gironde, cette évolution n’est pas seulement une nécessité économique : elle constitue également une véritable stratégie de développement pour les clubs.
La formation, une nécessité pour les clubs
Cette philosophie rejoint celle défendue au sein du District de la Gironde, qui entend placer les jeunes au cœur de son projet.
« C’est un petit peu la volonté du District de Gironde aussi : mettre vraiment les jeunes de la formation au centre de tout », rappelle Alexandre Gougnard.
Le Football Club de Saint-Médard-en-Jalles s’inscrit précisément dans cette logique. Son co-président, Samir Zolota, fait partie de ces dirigeants qui considèrent la formation comme un élément essentiel de la construction d’un club, dans un contexte où les moyens financiers ne permettent plus de rivaliser avec les structures les plus puissantes.
La disparition progressive des centres de formation de haut niveau dans la région constitue toutefois un problème majeur. Et sur ce point, le cas des Girondins est devenu particulièrement symbolique.
Les Girondins, un « phare » qui n’éclaire plus comme avant
Pendant des décennies, le centre de formation des Girondins de Bordeaux a constitué un point d’attraction pour les jeunes talents de Gironde et, plus largement, de Nouvelle-Aquitaine. La situation actuelle du club a profondément modifié cette dynamique.
« Aujourd’hui, la conséquence qu’il peut y avoir, c’est sur le niveau globalement de notre football : il n’y a plus de centre de formation. Donc ça veut dire que potentiellement nos meilleurs jeunes quittent notre territoire pour aller ailleurs », constate Alexandre Gougnard.
Le dirigeant pointe ainsi un effet domino : lorsque les jeunes les plus prometteurs ne disposent plus, à proximité, d’une structure d’élite capable de les accompagner, ils sont naturellement amenés à regarder au-delà du territoire régional.
« À l’époque, les Girondins pouvaient potentiellement jouer ce rôle de les récupérer. Et aujourd’hui, ce n’est pas du tout le cas. Donc forcément, il y a ce phare qui n’est plus là par rapport à ça. »
Une situation que Samir Zolota et Alexandre Gougnard considèrent comme préoccupante pour l’ensemble du football régional. La question n’est donc plus uniquement de savoir quel sera l’avenir sportif des Girondins, mais aussi quelles conséquences leur déclassement peut avoir sur plusieurs générations de jeunes joueurs.
« J’ai très peur » : Alexandre Gougnard ne cache plus son inquiétude
Interrogé directement sur la situation des Girondins et sur la perspective de les voir affronter Saint-Médard-en-Jalles en championnat, Alexandre Gougnard reconnaît vivre cette période avec une réelle douleur.
« Moi, ça me fait très mal, mais il y a tellement longtemps que j’ai mal que j’ai l’impression que je ne sais plus aujourd’hui s’il faut que je souhaite qu’on reparte de zéro ou qu’on reparte en National. »
Une déclaration particulièrement forte de la part d’un dirigeant qui connaît intimement le football girondin et qui siège par ailleurs au COMEX de la Fédération française de football.
« Je suis très franc avec vous parce que je n’ai pas pour habitude de pratiquer la langue de bois, mais à un moment donné, j’ai mal. J’ai mal parce que c’est le club, les Girondins, et j’ai très peur. »
La situation est d’autant plus sensible que le dossier devait alors faire l’objet de nouvelles décisions au niveau fédéral.
Alexandre Gougnard explique qu’il s’attend à ce que le Comité national olympique et sportif français renvoie le dossier devant la commission d’appel de la Direction nationale du contrôle de gestion. Mais avant cela, le COMEX de la FFF devait se prononcer sur la possibilité de permettre aux Girondins de repasser devant la DNCG.
« Il va falloir qu’avant tout le COMEX donne la validation de repasser les Girondins devant la DNCG », détaille-t-il.
Le président du District de la Gironde précise toutefois qu’il ne prendra pas part au vote, en raison de sa fonction de Président du District du club résident.
Une décision qui pourrait déterminer l’avenir du club
L’enjeu est considérable. Selon Alexandre Gougnard, deux scénarios se dessinent alors : permettre aux Girondins de poursuivre leur procédure devant la DNCG, ou ne pas leur accorder cette possibilité.
Dans le second cas, les conséquences seraient immédiates pour l’avenir du club au plus haut niveau.
« Ou on la donne pas, et là, c’est terminé pour le haut niveau des Girondins de Bordeaux, jusqu’au moment où ils remonteront, parce qu’un grand club ne meurt jamais. »
Une phrase qui résume à elle seule l’état d’esprit du dirigeant : inquiet sur le court terme, mais toujours attaché à l’idée d’un retour des Girondins.
Car derrière la situation administrative et financière du club se joue également une question d’identité pour le football régional. La disparition d’une structure d’élite ne se mesure pas uniquement à un classement ou à une division. Elle se traduit aussi par la perte d’un débouché pour les jeunes, par le départ des meilleurs éléments vers d’autres territoires et par l’affaiblissement de toute une pyramide sportive.
« Il faut y croire » malgré un paysage régional très affaibli
Alexandre Gougnard ne se montre pas pour autant résigné. Il estime que le football néo-aquitain doit désormais travailler à reconstruire ce qui a été perdu.
« On met très longtemps, mais il faut y croire, il faut travailler, il faut essayer de les faire revenir au plus haut niveau », affirme-t-il.
Le dirigeant cite notamment Pau, qui travaille à la création de son propre centre de formation, comme un signe d’espoir dans une région particulièrement démunie en structures de haut niveau.
Mais le constat reste sévère. Les jeunes talents girondins et néo-aquitains sont aujourd’hui nombreux à partir vers d’autres régions pour poursuivre leur progression.
« Toutes nos pépites girondines et néo-aquitaines sont parties ailleurs. »
Et la faiblesse du niveau régional ne se limite pas aux seules structures de formation. Alexandre Gougnard déplore également le manque de clubs capables de porter le football régional vers le haut niveau, évoquant une situation particulièrement difficile en National 2 en Nouvelle-Aquitaine.
Les Girondins, bien plus qu’un club
À travers cet entretien, le dossier des Girondins apparaît donc comme un problème dépassant largement les frontières du Haillan ou du football professionnel bordelais.
Pour le District de la Gironde, leur situation pose une question essentielle : comment reconstruire une filière de haut niveau permettant aux jeunes du territoire de rester, de progresser et, demain, d’alimenter les équipes régionales et nationales ?
La réponse pourrait passer par un retour à des fondamentaux : la formation, le travail dans les clubs amateurs, la structuration des équipes et la capacité à faire émerger de nouveaux projets.
Mais pour Alexandre Gougnard, le préalable reste aujourd’hui de savoir si les Girondins pourront encore disposer d’une chance de poursuivre leur reconstruction.
Lui-même ne cache plus son hésitation entre deux options douloureuses : repartir de zéro ou tenter de préserver ce qui peut encore l’être.
Une incertitude qui résume l’état du football bordelais à cet instant : les Girondins sont au bord d’un nouveau départ, mais personne ne sait encore à quel niveau et dans quelles conditions il pourra s’écrire.