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Incendies en Gironde : Sébastien Lecornu annonce un vaste plan de reconstruction et de soutien depuis Mérignac

17 août 2026 · Actualités · Politique · Société

Le Premier ministre Sébastien Lecornu était en Gironde ce lundi 17 août, accompagné de cinq ministres, pour faire le point sur les conséquences des violents incendies qui ont frappé le département et présenter les premières mesures de reconstruction et de soutien. À Bordeaux Technowest, à Mérignac, le chef du gouvernement a détaillé un dispositif qui doit concerner le relogement des sinistrés, les collectivités, les entreprises, le tourisme, la forêt et la prévention des futurs incendies.

Après plusieurs semaines marquées par les incendies en Gironde, le gouvernement a voulu afficher sa mobilisation sur le terrain. Sébastien Lecornu était accompagné de Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, Françoise Gatel, Annie Genevard, Vincent Jeanbrun Serge Papin et Mathieu Lefèvre.

À Bordeaux Technowest, à Mérignac, une longue réunion de travail a réuni les représentants de l’État, des collectivités et les acteurs socio-économiques de Gironde et des Landes.

Le Premier ministre a d’abord tenu à saluer l’action des services de l’État et des secours, rappelant que la priorité avait été la protection des populations, mais aussi celle des sites industriels sensibles. Il a également rendu hommage aux deux sapeurs-pompiers décédés lors des incendies.

« Cela n’a pas suffi […] pour préserver la vie de deux sapeurs-pompiers qui ont perdu la vie ici en Gironde, qui sont morts au feu. »

Sébastien Lecornu a rappelé l’ampleur de la menace qui avait pesé sur l’agglomération bordelaise : « Il y a seulement quelques semaines, nous nous posions la question d’une évacuation tout simplement de la ville de Bordeaux, en tout cas jusqu’à la Garonne. »

Une mission pour accompagner la reconstruction

Le gouvernement veut désormais passer de la gestion de crise à la reconstruction. Une mission doit accompagner l’État local, les collectivités et le gouvernement dans le redémarrage des territoires sinistrés. Le Premier ministre a également promis une transparence sur le déroulement des opérations de lutte contre les incendies, après les interrogations et polémiques apparues ces dernières semaines.

« Nous n’avons rien à cacher sur le déroulé des opérations. »

Des réunions doivent ainsi permettre de retracer précisément les événements et les décisions prises sur le terrain, jusqu’à leur chronologie « minute par minute ». Sébastien Lecornu a notamment insisté sur le caractère exceptionnel du phénomène rencontré : « D’un feu conventionnel, il est devenu convectif, avec donc un embrasement tout à fait particulier que nous n’avions pas connu jusqu’à présent. »

L’urgence du relogement

La situation des habitants ayant perdu leur logement constitue l’une des premières priorités du gouvernement. Les moyens consacrés aux solutions d’urgence doivent être renforcés. Mobil-homes, logements meublés et hébergements jusqu’alors destinés aux touristes ont notamment permis d’accueillir temporairement certaines familles. Mais le gouvernement reconnaît que ces solutions ne pourront pas durer.

« Un jour viendra l’hiver. Il faut donc trouver désormais des solutions de temps moyen et de temps long. »

Vincent Jeanbrun a indiqué que 100 % des personnes s’étant signalées auprès des centres uniques d’accompagnement disposaient actuellement d’une solution d’hébergement. Pour les situations dans lesquelles la reconstruction prendrait davantage de temps, le gouvernement prévoit également de permettre l’installation de constructions provisoires sans fondation pendant trois ans, contre un an actuellement.

Des permis de construire en un mois

Pour accélérer le retour des sinistrés chez eux, Sébastien Lecornu veut considérablement raccourcir les procédures administratives. Pour une reconstruction équivalente à l’habitation détruite, l’objectif annoncé est clair :

« Nous allons, pour les reconstructions en équivalence, faire en sorte que ces permis de construire puissent être délivrés globalement sous un délai d’un mois. »

Les dossiers plus complexes, notamment dans les secteurs soumis à des risques naturels ou aux contraintes liées à la forêt, devront faire l’objet d’une doctrine spécifique. Le gouvernement entend également utiliser le projet de loi porté par Vincent Jeanbrun pour introduire un dispositif exceptionnel inspiré de celui adopté pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

Les recours contre les projets de reconstruction devraient eux aussi être limités et leurs délais raccourcis.

Les assurances directement interpellées

Le sujet des assurances a occupé une place importante dans les échanges avec les sinistrés. Sébastien Lecornu n’a pas caché les difficultés qui lui ont été rapportées sur le terrain.

« Je pense même pouvoir dire que nous nous sommes faits engueuler à la place des assureurs. »

L’État veut désormais jouer un rôle d’interface entre les victimes et leurs compagnies d’assurance, sans pour autant se substituer à celles-ci.

Le Premier ministre a adressé un avertissement très clair au secteur :

« Celles et ceux qui joueront le jeu, on dira lesquelles, et celles et ceux qui ne joueront pas le jeu, on dira lesquelles aussi. »

12 millions d’euros pour les collectivités de Gironde et des Landes

Les communes touchées vont devoir réparer des voiries, des réseaux et différents équipements, tout en poursuivant leurs projets pour les prochaines années. Le gouvernement annonce donc 12 millions d’euros pour les collectivités de Gironde et des Landes. Cette enveloppe doit être mise à disposition rapidement et pilotée localement sous l’autorité de la préfète de région.

« Moins on gère depuis Paris, plus on redonne des capacités aux acteurs locaux, mieux ce sera. »

Françoise Gatel a également annoncé la mise en place d’une fonction de coordinateur auprès des préfets. L’objectif est de donner aux collectivités un interlocuteur identifié pour faciliter les autorisations, les travaux et la reconstruction des équipements.

Entreprises : exonérations et non simples reports

Le gouvernement veut également éviter que l’incendie ne provoque une deuxième catastrophe, cette fois économique. Les entreprises directement sinistrées ou situées dans les zones ayant dû être évacuées doivent bénéficier d’un dispositif spécifique.

Sébastien Lecornu a notamment annoncé une exonération de cotisations sociales sur une période de trois mois, et non un simple report de paiement. Le dispositif de chômage partiel a, selon le Premier ministre, déjà été engagé.

Le gouvernement prévoit également une intervention sur la fiscalité, notamment la taxe foncière, l’État devant prendre en charge cette taxe à la place des entreprises concernées au bénéfice des collectivités. Ces dispositions doivent être intégrées au projet de loi de finances pour 2027.

Le Premier ministre assume le coût de ces mesures, particulièrement nécessaires pour les activités saisonnières :

« L’hiver ne leur permettra pas de récupérer ce qu’ils ont perdu l’été. »

Le risque est notamment de voir disparaître des restaurants, des loueurs de matériel et d’autres entreprises dépendant fortement de la fréquentation touristique estivale.

Un fonds de garantie de 30 millions d’euros

Serge Papin a complété les annonces économiques avec la constitution d’un fonds de garantie associant Bpifrance, l’État et la Région. Le dispositif doit représenter à ce stade un effet de levier de 30 millions d’euros et pourrait être renforcé si nécessaire. Un mécanisme dans lequel, selon Serge Papin, « quand la région met 1 euro, la BPI met 2 euros ».

Deux millions d’euros pour faire revenir les touristes

La Gironde et les Landes ont également subi un important préjudice d’image avec la diffusion nationale et internationale des images des incendies. Un plan de communication touristique doté de 2 millions d’euros doit donc être engagé avec les acteurs privés, les organismes touristiques, la Région et l’État.

Atout France doit parallèlement intervenir à l’étranger, particulièrement auprès des clientèles britannique, néerlandaise et allemande. Serge Papin a résumé l’objectif : « Les convaincre qu’ils peuvent maintenant revenir. »

Un partage d’expérience international doit par ailleurs être organisé sous l’égide d’ONU Tourisme avec plusieurs pays confrontés aux grands incendies, parmi lesquels le Portugal, l’Espagne, la Grèce et le Canada.

Reconstruire aussi la forêt

La reconstruction du massif forestier constitue un autre chantier majeur. Le gouvernement a pris un arrêté reconnaissant le sinistre comme un feu de grande ampleur au sens du Code forestier. Cela doit permettre d’effectuer rapidement certaines coupes d’arbres dépérissants.

Une aide au broyage des jeunes peuplements devenus sans intérêt sylvicole est également prévue.

À plus long terme, Mathieu Lefèvre a confirmé que les moyens consacrés au renouvellement forestier devraient augmenter dans le prochain projet de loi de finances.

Le ministre a cependant prévenu :

« Il n’y a aucune forêt qui est pyrorésistante. »

Le gouvernement veut donc renforcer la prévention, notamment autour des obligations légales de débroussaillement (OLD). Sébastien Lecornu s’est montré particulièrement critique sur leur application : « On ne peut pas dire que ce fut très respecté. »

Selon le Premier ministre, les retours des pompiers montrent que l’état d’entretien des parcelles a directement influencé leurs possibilités d’intervention.

Un risque d’inondation désormais surveillé

Autre conséquence moins immédiate des incendies : la disparition d’une partie importante de la végétation pourrait modifier l’équilibre hydrologique de certains secteurs. Sébastien Lecornu a ainsi averti :

« Une catastrophe peut en annoncer une autre. »

Le gouvernement et les services de la préfecture travaillent déjà sur un possible risque d’inondation pour l’hiver prochain. La biodiversité et les conséquences sur la faune doivent également être intégrées à la reconstruction du massif.

Le rôle des agriculteurs salué

Annie Genevard a rendu hommage aux agriculteurs mobilisés pendant les incendies, notamment avec leurs engins.

« Ils ont véritablement lutté pied à pied contre le feu et apporté une aide substantielle à nos pompiers. »

La ministre a également défendu le rôle de l’agriculture dans la prévention des incendies.

« Rien n’est plus efficace pour lutter contre le feu qu’une parcelle irriguée, qu’une prairie pâturée, qu’une viticulture entretenue. »

Selon elle, l’agriculture devra donc faire partie intégrante de la réflexion sur la reconstruction des territoires sinistrés.

La base de Sécurité civile de Mont-de-Marsan de nouveau étudiée

Interrogé sur le projet de seconde base de Sécurité civile à Mont-de-Marsan, annoncé en 2023 mais jamais concrétisé, Laurent Nunez a affirmé que le projet n’avait pas été officiellement abandonné. Le ministre de l’Intérieur a expliqué que les gouvernements successifs avaient jusqu’ici privilégié le prépositionnement des moyens aériens au plus près des zones à risque, notamment à Bordeaux-Mérignac.

Mais la question revient désormais sur la table.

« À la demande du Premier ministre, mes services vont procéder de nouveau à l’étude de cette implantation. »

Laurent Nunez a toutefois prévenu que la création d’une base permanente ne constituait pas nécessairement à elle seule la solution idéale, compte tenu notamment des contraintes opérationnelles et des coûts de maintenance.

Sébastien Lecornu répond aux critiques sur sa visite au Porge

Le déplacement du Premier ministre au Porge a également suscité des questions. La veille, Sébastien Lecornu avait choisi de rencontrer des habitants sans caméra et avec un dispositif réduit. Face à ceux qui lui reprochent de ne pas être allé directement à la rencontre des personnes qui l’attendaient publiquement, il a répondu :

« L’État ne les abandonne pas. »

Et d’assumer sa méthode :

« Soit on court après la com et on travaille mal à la fin […] soit on cherche à travailler sérieusement et, au fond, on fait un peu moins de com. »

Il a néanmoins reconnu qu’un déplacement au Porge après l’annonce des mesures aurait sans doute été préférable. Concernant la colère des personnes ayant perdu leur maison, le Premier ministre dit la comprendre, mais affirme vouloir être jugé sur les décisions prises :

« Plutôt que des grandes phrases, plutôt que de faire des tweets, plutôt que de se montrer en photo et plutôt que de se mettre en scène, je préfère mettre du concret. »

Un plan qui pourrait dépasser 100 millions d’euros

Interrogé enfin sur le montant global du plan annoncé, Sébastien Lecornu n’a pas donné de chiffre définitif. Il a cependant confirmé que l’addition des différentes mesures – aides directes, dépenses de reconstruction, exonérations sociales et pertes de recettes fiscales – pourrait représenter une somme très importante.

« On peut très vite atteindre des sommes qui peuvent aller au-delà de 100 millions d’euros. »

Une partie des moyens pourra être mobilisée dès 2026, mais une part importante du dispositif reposera sur des crédits nouveaux inscrits pour 2027.

Le Premier ministre a donc renvoyé les parlementaires à leurs responsabilités lors du prochain débat budgétaire.

Avec ce déplacement à Bordeaux Technowest, à Mérignac, le gouvernement ouvre désormais la phase de reconstruction. Relogement, reconstruction accélérée, soutien aux entreprises, aides aux collectivités, relance touristique, avenir de la forêt et renforcement de la prévention : les annonces sont nombreuses.

Reste désormais leur mise en œuvre concrète. Pour les habitants, les entreprises et les communes touchés par les incendies, c’est sur la rapidité des versements, des indemnisations et des reconstructions que l’action de l’État sera véritablement jugée.

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