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Stéphane Delpeyrat : « Nous ne jugerons plus l’État au nombre de visites ministérielles »

17 août 2026 · Actualités · Politique · Société

Face à la venue de Sébastien Lecornu en Gironde, le maire de Saint-Médard-en-Jalles affiche une position ferme, sans vouloir verser dans la polémique. Après les incendies de 2022 et ceux de 2026, Stéphane Delpeyrat estime que l’heure n’est plus aux annonces, mais à un changement profond de doctrine de l’État face au risque climatique.

La venue du Premier ministre en Gironde est, pour Stéphane Delpeyrat, parfaitement légitime. Mais elle ne suffit plus. Dans un communiqué publié à l’occasion de la visite de Sébastien Lecornu, le maire de Saint-Médard-en-Jalles dit clairement ne rien attendre, « à ce stade », de cette nouvelle séquence politique.

Une position qu’il prend soin de présenter non comme une posture polémique, mais comme le résultat d’une expérience déjà vécue. « En 2022, après les incendies historiques de Gironde, les responsables nationaux sont venus », rappelle-t-il. À l’époque, il avait été question de catastrophe exceptionnelle, de leçons à tirer et de nouveaux moyens. Quatre ans plus tard, la Gironde vient de connaître un épisode d’une ampleur encore supérieure.

Le maire cite notamment les 42 000 hectares brûlés dans le seul grand incendie parti de Saumos, les près de 200 habitations détruites au Porge et les quelque 220 000 personnes contraintes d’évacuer selon les premiers bilans. Saint-Médard-en-Jalles, qui compte environ 33 000 habitants, a elle-même été évacuée préventivement.

« L’exceptionnel est en train de devenir notre nouvelle condition climatique »

C’est précisément cette répétition des catastrophes qui nourrit l’état d’esprit du maire. Pour lui, il n’est désormais plus possible de considérer chaque incendie comme un événement exceptionnel et isolé.

« Nous ne pouvons donc plus nous raconter que nous faisons face à une succession d’événements exceptionnels. L’exceptionnel est en train de devenir notre nouvelle condition climatique », écrit-il.

Dans ce contexte, Stéphane Delpeyrat ne réclame ni nouvelle mission, ni rapport supplémentaire, ni annonce ponctuelle de crédits. Son attente est plus profonde : « que l’État change de doctrine ».

La reconstruction des territoires sinistrés reste évidemment une priorité. Le maire demande notamment un accompagnement complet des habitants, des entreprises et des communes touchées, ainsi que des réponses rapides aux difficultés liées aux assurances, au logement et à l’activité économique.

Mais il met en garde contre une reconstruction à l’identique. « Reconstruire à l’identique serait préparer la catastrophe suivante », estime-t-il. L’enjeu doit désormais être, selon lui, de rendre les territoires capables de rester habitables dans les conditions climatiques à venir.

Prévention, sécurité civile et adaptation

Le maire appelle ainsi à « changer d’échelle » dans la prévention. Il cite la diversification des forêts, la restauration des zones humides, le travail sur les sols et la circulation de l’eau, mais aussi le renforcement des obligations de débroussaillement. Ces mesures doivent, selon lui, s’accompagner de moyens réellement accessibles aux communes, aux propriétaires forestiers, à la DFCI, à l’ONF et aux services de secours.

Stéphane Delpeyrat souhaite également renforcer durablement la sécurité civile. Les pompiers, souligne-t-il, « ne peuvent pas constituer notre seule politique d’adaptation ». Il demande des moyens humains, aériens, matériels et militaires correspondant aux risques climatiques des prochaines décennies.

Un « grand fonds » pour rendre les territoires habitables

Au-delà des moyens d’urgence, le maire défend une nouvelle conception de l’adaptation climatique. Une forêt mieux protégée contre les incendies, une zone humide restaurée, un réseau d’eau sécurisé ou encore une école adaptée aux fortes chaleurs doivent, selon lui, être considérés comme de véritables infrastructures.

Il demande donc la création d’un « grand fonds national et européen pour l’habitabilité des territoires », doté de ressources pérennes et destiné à financer sur vingt ou trente ans les investissements nécessaires dans les forêts, l’eau, les sols, la prévention des incendies et des inondations, mais aussi l’adaptation des villes et la protection des populations.

Le maire souhaite également faire évoluer le système assurantiel, afin que davantage de moyens soient consacrés à la prévention plutôt qu’à la seule reconstruction après catastrophe.

De la biodiversité à la sécurité

Saint-Médard-en-Jalles se retrouve au cœur de cette réflexion. La commune, lauréate en 2024 du concours Capitale française de la biodiversité, vient elle-même de connaître une évacuation générale. Pour Stéphane Delpeyrat, cette expérience change nécessairement le regard porté sur les politiques environnementales. « La biodiversité, l’eau, les sols et les forêts ne sont plus seulement des sujets environnementaux. Ce sont désormais des infrastructures de sécurité », affirme-t-il.

Le maire appelle enfin à une initiative européenne, estimant que les incendies, les sécheresses et les canicules dépassent les frontières nationales.

« Nous le jugerons à ce qui aura changé avant le prochain »

Derrière ce communiqué, le message de Stéphane Delpeyrat apparaît donc particulièrement ferme, mais également tourné vers le long terme. Il ne remet pas en cause la nécessité de la présence de l’État auprès des populations sinistrées. Il demande en revanche que cette présence débouche sur une transformation durable des politiques publiques.

Sa conclusion résume son état d’esprit : « Après 2022 et après 2026, nous ne jugerons plus l’État au nombre de visites ministérielles ni aux annonces faites dans les jours qui suivent l’incendie. Nous le jugerons à ce qui aura changé avant le prochain. »

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