
Incendies en Gironde : « On n’est plus les mêmes »… Ce qui a changé et ce qu’il faut changer
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Quelques semaines après les incendies de juillet en Gironde, les hommages aux pompiers se poursuivent dans les communes touchées. À Martignas-sur-Jalle, Marie Récalde, députée de la 6e circonscription, Édouard Quintano, maire de Saint-Jean-d’Illac, et Martial Zaninetti, maire du Porge, sont revenus au micro de C6 RADIO sur la catastrophe et ses conséquences.
Au-delà des hommages, leurs témoignages racontent ce que les incendies ont changé et les leçons qu’il faut désormais en tirer : reconstruction, prévention, aménagement des territoires forestiers et, déjà, inquiétudes pour cet hiver.
Après les hommages, les blessures restent
Dans les communes touchées, les cérémonies rendent hommage aux pompiers et à tous ceux qui se sont mobilisés pendant les incendies.
À Saint-Jean-d’Illac, plus de 200 bénévoles se sont relayés aux côtés des pompiers, de la DFCI, de la réserve communale, des services municipaux et des élus. Édouard Quintano résume les priorités : « sécuriser les personnes », « sécuriser les biens » et « rassurer la population ».
Au Porge, avec plus de 180 maisons détruites, les stigmates sont toujours là. Martial Zaninetti évoque des rues qui ressemblent encore à des « théâtres de guerre », entre carcasses de voitures et bâtiments brûlés. Les terrains ne sont pas encore tous nettoyés et le maire redoute un paysage encore plus lourd à vivre avec l’arrivée de l’hiver.
« On ne tourne pas la page », insiste-t-il. Selon les psychologues qui accompagnent la population, il faudra parfois deux à trois ans pour surmonter les conséquences de la catastrophe, notamment chez les enfants. Troubles du sommeil et suivis médicaux ou psychologiques font encore partie du quotidien de certains habitants.
« On n’est plus les mêmes »
Les incendies ont aussi changé les relations entre habitants.
« On n’est plus les mêmes », résume Martial Zaninetti. Au Porge, le maire décrit davantage d’échanges entre voisins et une implication nouvelle dans la vie locale. « C’est le regard. L’autre, c’est cette union, c’est la fraternité, c’est le fait de ne pas mettre de mur avec ses voisins, c’est le fait d’échanger. »
Des habitants ont depuis rejoint des associations, la DFCI ou la réserve communale.
Marie Récalde retient elle aussi cette solidarité. « On a besoin d’être ensemble », souligne la députée. « Personne ne se disait : qu’est-ce que je peux en retirer ? Tout le monde se disait : qu’est-ce que je peux apporter, comment je peux aider ? »
Prévention : ce qu’il faut désormais changer
Pare-feu, débroussaillement, entretien des parcelles ou urbanisation au contact de la forêt : les incendies ont remis au premier plan la protection des communes forestières.
À Saint-Jean-d’Illac, où environ 8 000 des 12 000 hectares de la commune sont constitués de forêts et de zones agricoles, Édouard Quintano pose directement la question : « Comment protéger les gens quand on a des forêts de pins qui sont au ras des lotissements ? »
La commune avait déjà aménagé des circuits pour faciliter l’intervention des pompiers. Pour le maire, il faut désormais aller plus loin sur les pare-feu et les obligations légales de débroussaillement. « On est tellement fiers de notre forêt à Saint-Jean-d’Illac, mais on veut la protéger et on veut se protéger. »
Au Porge, la reconstruction pose aussi la question de l’aménagement futur. Certaines zones pourraient être difficiles à défendre face à un nouvel incendie, obligeant à repenser les conditions de reconstruction à proximité de la forêt.
Pour Marie Récalde, juillet doit servir d’avertissement : « La mémoire des catastrophes est courte et il ne faut pas oublier. » Et désormais, ajoute-t-elle, « on ne peut plus dire : on n’a jamais vu ».
Reconstruire aujourd’hui, anticiper demain
Au Porge, l’urgence est maintenant financière et administrative. Assurances, permis, nettoyage des terrains, restes à charge : le temps de la reconstruction s’annonce long.
« On rentre dans une phase douloureuse, parce que c’est une phase administrative », explique Martial Zaninetti, qui juge certaines réponses trop lentes : « La temporalité, sur certains sujets, ne peut pas être celle de la réponse de l’État. »
Les besoins ont également changé. Après les vêtements, le matériel et les dons reçus depuis juillet, le maire lance un message clair : « Maintenant, ce qui manque, c’est l’argent. »
Il appelle aussi à soutenir la reprise économique et touristique : « Au printemps, revenez nous voir, revenez sur nos plages, revenez consommer dans nos commerces. »
Mais alors que la reconstruction commence à peine, un autre risque inquiète déjà. Marie Récalde rappelle qu’un pin peut absorber « 150 à 200 litres d’eau par jour ». Avec la disparition des arbres dans les secteurs brûlés, la députée redoute désormais le risque d’inondations lors des fortes pluies cet hiver.