
Christelle Dabos : « ChatGPT n’avait pas compris la fin de La Passe-miroir »
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Plus de 1,6 million d’exemplaires vendus : La Passe-miroir est un immense succès. Et pourtant… Christelle Dabos n’a commencé à écrire qu’à 21 ans et, après trois tomes, ne savait toujours pas comment sa saga allait se terminer. Une fin qui a même déconcerté ChatGPT. Quant à son prochain roman, l’autrice attend toujours « la météorite ». Marraine d’Hypermondes 2026, le festival de l’imaginaire organisé à Mérignac, Christelle Dabos s’est confiée à C6 Radio, présente au cœur de l’événement durant les deux jours. Une rencontre pleine de surprises.
« L’imagination, c’était mon super pouvoir »
« Pouvoirs », c’était le thème choisi pour cette 6e édition d’Hypermondes. Le super-pouvoir de Christelle Dabos ? Son imagination.
Au collège, elle subit du harcèlement. Après les cours, elle se réfugie dans un autre monde, « beaucoup plus beau, beaucoup plus coloré », dans lequel elle possède elle-même des super-pouvoirs. Les univers du Club Dorothée et de Dragon Ball Z nourrissent aussi cette réalité qu’elle se construit.
Cette période de sa vie ressurgira bien des années plus tard dans Ici et seulement ici, un récit qu’elle qualifie d’« autobiographique, très transformé ».
Son adolescence est aussi marquée par de fortes angoisses.
« Je faisais des rêves apocalyptiques toutes les nuits. »
Guerres nucléaires, raz-de-marée, catastrophes…
« Toutes les nuits, une fin du monde différente. »
À 21 ans, l’écriture arrive presque par hasard
Pourtant, Christelle Dabos ne commence à écrire qu’à 21 ans.
« Le déclic a été tardif. J’ai toujours été très imaginative, très rêveuse, mais l’idée d’écrire ne me serait pas venue. »
C’est sa meilleure amie de l’époque, persuadée qu’elle est faite pour cela, qui la pousse à essayer. Cela commence presque comme un jeu : elle lui donne des titres et c’est à Christelle d’inventer les histoires.
Elle écrit d’abord pour l’amuser. Puis vient le thème du Palais magique. Cette fois, un univers commence à prendre forme.
Quelques années plus tard, elle rejoint Plume d’Argent, un site où des auteurs amateurs publient leurs textes et échangent critiques et conseils. Ces regards extérieurs vont beaucoup compter.
« Mes plus gros progrès dans l’écriture, c’est à ce moment-là que je les ai faits. »
Au point d’affirmer :
« Je n’aurais jamais été publiée s’il n’y avait pas eu Plume d’Argent. »
Après trois tomes, elle ne connaissait toujours pas la fin
Quelques années plus tard vient La Passe-miroir. Mais avant la saga que connaissent aujourd’hui ses lecteurs, il en existe une première version, très différente.
Christelle Dabos décide de tout reprendre.
« Je n’ai rien gardé de la version d’origine. »
Elle n’en possède même plus d’exemplaire.
« Je ne suis pas du tout sentimentale avec mes textes. »
Son frère aurait toutefois conservé une copie de cette première version, qu’elle préfère laisser « dans les tiroirs ».
Et après trois tomes, Christelle Dabos ne sait toujours pas précisément comment sa saga va se terminer.
« L’écriture est un matériau très vivant. »
Elle fait bien des plans, mais reconnaît qu’ils lui apportent surtout « l’illusion du contrôle et de la sécurité ». L’histoire peut toujours l’emmener ailleurs.
La fin se construit finalement dans le quatrième et dernier tome. Quelques années plus tard, Christelle Dabos décide de la confronter à ChatGPT.
« ChatGPT était complètement à côté de la plaque »
Christelle Dabos ne se sert pas d’outils comme ChatGPT pour écrire. C’est son neveu qui lui fait découvrir l’intelligence artificielle. Elle décide alors de l’interroger sur un sujet qu’elle connaît mieux que personne : la fin de La Passe-miroir.
« ChatGPT n’avait pas compris la fin de La Passe-miroir. Il était complètement à côté de la plaque. »
Et elle précise :
« Hors sujet complet. »
L’expérience conforte aussi son regard critique sur l’intelligence artificielle.
« Je trouve que l’IA est très complaisante. »
Elle estime que l’outil a tendance à aller dans le sens de la personne qui l’interroge. Tout l’inverse des critiques d’autres auteurs auxquelles elle attribue une grande partie de ses progrès dans l’écriture.
Ne pas tout maîtriser, accepter aussi ce qui arrive : cette façon d’aborder l’écriture se retrouve aussi dans sa manière d’envisager l’avenir.
« Je peux me projeter sur deux, trois mois »
En 2008, alors qu’elle commence à écrire La Passe-miroir, un problème de santé change profondément sa manière de se projeter.
Avant cela, Christelle Dabos avait tendance à beaucoup « scénariser » sa vie. Depuis, elle ne regarde plus aussi loin.
« Je peux me projeter sur deux, trois mois. Le reste, je n’y pense pas. »
Elle ne le vit pourtant pas comme quelque chose d’angoissant.
« C’est juste très calme, de dire : on verra bien. »
Un lâcher-prise qui lui vaut même quelques plaisanteries :
« Parfois on me taquine en me disant Bouddha. »
Elle attend maintenant « la météorite »
Ce « on verra bien » vaut aussi pour son prochain livre. Après La Passe-miroir, Ici et seulement ici et Nous, Christelle Dabos ne sait pas encore ce qu’elle écrira.
Chez elle, les nouvelles histoires surgissent sans prévenir.
« À chaque fois, c’est une météorite qui m’est tombée sur la tête. Je n’étais pas du tout en train de travailler là-dessus. Et l’idée arrive, elle est tellement évidente que je me dis : “OK, c’est ça, c’est ça mon prochain roman.” »
Pour l’instant, rien n’est encore tombé.
« Moi, je l’attends, je la guette. »
Et lorsqu’on lui demande si elle accepterait d’échanger ce super-pouvoir contre un autre, elle n’hésite pas longtemps.
« Non, je pense que j’ai encore des choses à faire avec celui-ci. Je n’ai pas dit mon dernier mot. »