
Qui a le pouvoir ? Trois élus face aux bouleversements de notre époque
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Le pouvoir politique, celui de l’intelligence artificielle, de la nature, de l’économie… et même les super-pouvoirs. Thierry Trijoulet, maire de Mérignac, Marie Récalde, députée de la 6ᵉ circonscription de la Gironde, et Arnaud Arfeuille, conseiller départemental, explorent les différentes facettes du pouvoir, ses limites, ses possibilités et ce qu’il dit de notre époque et de notre avenir. C’était en direct sur C6 Radio depuis le festival Hypermondes à Mérignac, qui avait choisi cette année pour thème : « Pouvoirs ».
Le pouvoir politique et ses limites
« Il faut d’abord en connaître toute la fragilité. » Pour Thierry Trijoulet, le pouvoir politique commence par la conscience de ses propres limites.
Le maire de Mérignac pointe notamment le risque du « sentiment de toute-puissance » chez certains responsables politiques. Être élu donne une légitimité pour agir, mais le pouvoir reste temporaire. « On n’est que le dépositaire du pouvoir », précise même Arnaud Arfeuille.
Mais la démocratie est loin d’être la règle dans le monde. Arnaud Arfeuille rappelle que les pays démocratiques sont peu nombreux à l’échelle de la planète et qu’une grande partie de la population mondiale vit sous d’autres formes de régimes politiques.
Thierry Trijoulet évoque, lui, le retour des « empires » et la concentration du pouvoir dans des régimes très autoritaires. Il invite toutefois à relativiser :
« On a tendance à dramatiser des fois les situations parce que c’est notre vécu, c’est notre présent. »
Thierry Trijoulet revendique ainsi un « catastrophisme éclairé » : ne pas nier les dangers, sans pour autant perdre le recul nécessaire.
Marie Récalde place, elle, une limite claire : l’État de droit.
« À aucun moment il ne faut remettre en question l’État de droit. C’est ce qui fait le fondement de notre démocratie, de notre République. »
Députée mais aussi avocate, elle rappelle le rôle du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel, du pouvoir judiciaire et de la séparation des pouvoirs.
Arnaud Arfeuille souligne lui aussi l’importance des contre-pouvoirs : « Le risque d’abus existe », mais il est, selon lui, encadré juridiquement.
L’IA, un nouveau pouvoir ?
Avec l’intelligence artificielle apparaît un pouvoir beaucoup plus difficile à mesurer.
Marie Récalde refuse d’en faire uniquement une menace.
« L’IA a d’énormes possibilités, notamment dans le domaine médical, dans le domaine militaire, dans d’autres domaines. Tout est question de maîtrise. »
Pour Marie Récalde, il ne s’agit pas de freiner le progrès, mais de l’encadrer.
Arnaud Arfeuille fait le parallèle avec l’arrivée de l’imprimerie, qui avait elle aussi bouleversé la diffusion du savoir. À l’époque, certains auraient préféré, ironise-t-il, que « les moines copistes restent à la manœuvre ».
Avec l’IA, une différence majeure :
« La puissance de l’intelligence artificielle n’est pas mesurée puisque précisément elle se construit continuellement. »
Marie Récalde insiste aussi sur l’esprit critique face à la puissance des images et à la rapidité de circulation des fausses informations.
« Chaque fois qu’une image vous donne de l’émotion, vous fait vibrer, interrogez-vous sur ce qu’il y a derrière. »
Une vigilance qui passe aussi par l’éducation. Arnaud Arfeuille insiste sur la place de l’école pour développer la connaissance, le raisonnement et l’esprit critique, afin de conserver la capacité de questionner les informations produites ou diffusées par l’intelligence artificielle.
Une IA nourrie de fausses informations peut aussi les reproduire et les diffuser à grande vitesse.
Le pouvoir de la nature
Les incendies qui ont frappé la Gironde pendant l’été donnent une résonance particulière aux mots de Thierry Trijoulet sur « la place de l’homme dans la nature ».
Pour le maire de Mérignac, le changement climatique n’a pas été suffisamment pris en compte à l’échelle mondiale. Il rappelle que les conséquences des émissions de carbone étaient déjà étudiées à la fin du XIXᵉ siècle.
La question climatique ramène aussi aux choix économiques.
« C’est plutôt le pouvoir des pétroliers qui a dominé dans le développement de notre monde moderne », estime Thierry Trijoulet, évoquant un pétrole qui s’est imposé comme carburant de nos sociétés.
Faut-il alors sortir du capitalisme pour répondre à la crise climatique ? Thierry Trijoulet distingue capitalisme et économie de marché. Pour lui, la question n’est pas de supprimer le marché, mais de savoir quelles règles lui imposer et jusqu’où le politique doit intervenir pour en limiter les excès. Le pouvoir politique doit rester en capacité de fixer le cadre dans lequel fonctionne l’économie.
2027 : à qui le pouvoir ?
À l’approche de la présidentielle de 2027, Thierry Trijoulet se dit inquiet : « Je ne vais pas vous le dissimuler. »
Il revendique un engagement lié à « l’humanisme », au social et au respect du fonctionnement démocratique. Mais se méfie des scénarios électoraux écrits plusieurs mois avant le scrutin : les sondages donnent une photographie à un moment donné, pas le résultat final.
Arnaud Arfeuille refuse lui aussi une présidentielle déjà réduite à l’affrontement de deux camps.
« Il y aura au printemps prochain une offre politique, un spectre politique avec des candidats ou des candidates qui défendront une vision du monde, une vision de l’avenir. »
À l’Assemblée nationale, Marie Récalde ne croit plus au retour des majorités écrasantes d’autrefois. La diversité des groupes reflète, selon elle, celle exprimée par les électeurs.
Elle conteste surtout l’image d’une Assemblée réduite aux affrontements. Les séquences les plus tendues sont aussi les plus visibles, mais ne résument pas le travail réalisé en commission. Des parlementaires de groupes différents peuvent modifier ensemble des textes et parfois parvenir à l’unanimité.
« Le compromis, ce n’est pas la compromission. »
L’absence de majorité massive oblige à travailler autrement, texte par texte. Pour Arnaud Arfeuille, des positions très éloignées au départ n’empêchent pas de chercher un terrain commun.
Et s’ils avaient un super-pouvoir ?
Passionné de football, Thierry Trijoulet aurait rêvé, enfant, de gagner tous les matchs qu’il jouait. Aujourd’hui, il choisit « le pouvoir de donner un maximum de bonheur à mes concitoyens ».
Marie Récalde préfère la téléportation, « comme dans Star Trek ». Plutôt pratique entre Bordeaux et l’Assemblée nationale.
Arnaud Arfeuille, lui, aimerait maîtriser le temps pour abolir les distances, quitte à s’interroger sur son infinie sécabilité et ce qui peut bien se cacher entre deux instants.
Mais ça, c’est un autre débat.