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« La révolution de l’IA va être un vrai tsunami dans notre société »

1 octobre 2026 · Société · Actualités · Associations

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Pour Pascal Chind, coprésident de l’association Fabrication Humaine, l’intelligence artificielle générative pose une question fondamentale : quelle place restera-t-il demain à la création humaine ? Son association défend un label permettant aux artistes de revendiquer une création humaine et au public de savoir ce qu’il regarde, lit ou écoute. Rencontre sur C6 à l’occasion du festival Hypermondes, à Mérignac.

L’affaire Thélyson Orélien a récemment placé la question au cœur de l’actualité littéraire. Son roman C’était ça ou mourir, sélectionné pour le prix Goncourt avant d’en être retiré, a été soupçonné d’avoir été écrit en partie avec l’intelligence artificielle, ce que l’auteur conteste.

Comment savoir, désormais, si une œuvre a réellement été créée par un être humain ? C’est précisément à cette question que tente de répondre Fabrication Humaine. Créée en 2024 et coprésidée par Pascal Chind, l’association propose un label permettant d’identifier une œuvre réalisée sans recours à l’intelligence artificielle générative dans l’acte de création.

Un label fondé sur la confiance

Le principe est simple : le label est déclaratif. L’artiste choisit lui-même de l’apposer et s’engage à respecter la charte de l’association.

« Notre mission, c’est d’informer la population », explique Pascal Chind. Aucun logiciel n’est chargé de déterminer si l’œuvre a été produite par une IA : « L’artiste prend la responsabilité morale d’utiliser ou non le label. »

Le label n’interdit pas pour autant l’utilisation de l’intelligence artificielle comme outil technique, notamment pour des recherches ou des corrections. La limite se situe dans l’acte de création lui-même.

« Pour la première fois, il y a des histoires mortes »

Pascal Chind refuse l’idée selon laquelle l’origine d’une œuvre deviendrait secondaire dès lors qu’elle réussit à provoquer une émotion.

Depuis toujours, explique-t-il, les êtres humains se construisent en racontant des histoires issues de leurs expériences, de leurs sensibilités et de leurs souvenirs. Avec l’intelligence artificielle générative apparaît selon lui quelque chose de profondément différent.

« Pour la première fois, dans nos histoires collectives, il y a des histoires mortes. »

Il oppose ces productions « mathématiques » et « algorithmiques » aux œuvres issues de l’expérience humaine : « On ne peut faire de l’humain que si on est humain, sinon on ne fait que de la copie. »

Une différence que Fabrication Humaine veut rendre visible, même si Pascal Chind mesure la difficulté de la tâche : « J’ai l’impression d’escalader l’Everest en tongs. »

« Je ne veux pas que mon fils se nourrisse de culture algorithmique »

Au-delà de la création, Pascal Chind s’inquiète de voir l’être humain déléguer progressivement une partie de sa réflexion à la machine. Une crainte qui devient très personnelle lorsqu’il évoque son fils, âgé de neuf ans et demi.

« On joue l’humanité comme on la connaît aujourd’hui. C’est cette humanité qu’on risque de perdre. Moi, je ne veux pas me retrouver plus tard — et quand je dis plus tard, aujourd’hui ça va vite : un an, cinq ans, dix ans — face uniquement à de la culture algorithmique. Et je ne veux pas que mon fils de neuf ans et demi se nourrisse de culture algorithmique. Je n’ai pas envie de ça, je trouve ça catastrophique. »

Son inquiétude dépasse d’ailleurs le seul domaine culturel.

« La révolution de l’IA va être un vrai tsunami dans notre société. Tout va être bouleversé. »

Pour Pascal Chind, il devient nécessaire de réfléchir dès maintenant à la place que la société souhaite accorder à ces technologies : « Il faut reprendre les choses en main, il faut redessiner un nouveau paradigme. »

Des artistes qui deviendraient « des objets de luxe »

La culture reste néanmoins au cœur de son engagement. Pascal Chind redoute que les œuvres humaines deviennent progressivement minoritaires face à la multiplication des productions générées artificiellement.

« Si on ne se réveille pas maintenant, qu’on ne fait pas quelque chose, la culture telle qu’on la connaît aujourd’hui va disparaître », prévient-il, allant jusqu’à imaginer les artistes, autrices et auteurs devenir « des objets de luxe ».

Il évoque également la manière dont les intelligences artificielles sont alimentées, affirmant que des entreprises du secteur ont acheté de vieux ouvrages, parfois rares, afin de les numériser avant de les envoyer au pilon.

« Il y a des tonnes et des tonnes de livres qui disparaissent simplement pour nourrir la bête. Il faut le savoir, ça aussi. »

De 650 adhérents à « des centaines de milliers »

Fabrication Humaine ne s’adresse pas seulement aux créateurs. « Notre association s’adresse à la population d’abord », insiste Pascal Chind. L’adhésion est gratuite et il n’est pas nécessaire d’être artiste ni de signer la charte pour devenir membre.

Présente également au Québec, en Suisse et en Belgique, l’association compte, selon Pascal Chind, environ 650 adhérents. Un nombre encore très éloigné de son objectif :

« On a besoin d’être des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes pour peser, réfléchir et proposer. »

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