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300 000 livres audio gratuits : les jeunes « dys » aussi séduits par les Donneurs de Voix

8 octobre 2026 · Actualités · Société

🎙 Podcast audio

Romans, polars, classiques, biographies, littérature jeunesse… Les Donneurs de Voix proposent quelque 300 000 ouvrages enregistrés, accessibles gratuitement aux personnes empêchées de lire. Un service historiquement destiné notamment aux personnes malvoyantes, mais qui touche aujourd’hui un autre public : les jeunes présentant des troubles « dys » sont de plus en plus nombreux à utiliser ces livres audio pour accompagner leur lecture et leur apprentissage.

Le livre audio ne remplace pas nécessairement la lecture, mais il peut l’accompagner. « Le jeune écoute en même temps qu’il lit », explique Sylvain Barbe, bénévole de l’association des Donneurs de Voix et invité de C6. Une manière de suivre plus facilement un texte, de travailler sur un ouvrage scolaire ou simplement de retrouver le plaisir d’un livre.

Classiques de Molière ou Racine, romans jeunesse… l’offre s’est adaptée à ce nouveau public. Et celui-ci prend désormais une place importante parmi les bénéficiaires. Sylvain Barbe constate même qu’il y a « presque plus de jeunes » parmi les utilisateurs. Une évolution notable pour un dispositif né il y a plus de cinquante ans autour du handicap visuel.

De la cassette au livre numérique

L’histoire commence en 1972, lorsqu’un ophtalmologue imagine d’enregistrer des livres pour permettre aux personnes qui ne voient plus, ou qui n’ont jamais pu lire, d’accéder malgré tout à la littérature. Les premiers ouvrages sont enregistrés sur cassettes. La première bibliothèque sonore voit le jour à Lille et Bordeaux suit dès 1973.

Aujourd’hui, le réseau compte plus d’une centaine de bibliothèques sonores. En Gironde, elles sont notamment présentes à Bordeaux, Arcachon, Andernos et Libourne.

Le catalogue s’est considérablement étoffé : romans policiers, science-fiction, biographies, récits historiques, contes, littérature jeunesse, mais aussi revues et magazines. Les bénévoles choisissent les livres qu’ils souhaitent enregistrer et les demandes des audiolecteurs peuvent également conduire à ajouter de nouveaux titres.

Jusqu’à 20 heures de travail pour un livre

Derrière ces milliers d’enregistrements, les donneurs de voix travaillent principalement chez eux, avec un ordinateur, un micro et un logiciel d’enregistrement comme Audacity.

Et lire le livre n’est qu’une partie du travail.

Pour un ouvrage d’environ 250 pages représentant quatre heures et demie d’écoute, Sylvain Barbe estime qu’il faut compter 15 à 20 heures de travail. Lecture, reprises, corrections, réécoute, suppression des hésitations ou des silences : chaque enregistrement doit être retravaillé avant d’intégrer le catalogue.

Il faut aussi apprendre à poser sa voix, parler moins vite, articuler et trouver le bon rythme. Sylvain Barbe, qui reconnaît parler naturellement assez rapidement, a lui-même dû apprendre à ralentir devant son micro et à se placer du côté de celui qui écoutera.

Sans débourser un centime

Une fois inscrits, les bénéficiaires peuvent accéder gratuitement à l’ensemble du catalogue. Les livres peuvent notamment être envoyés sur CD ou, pour les jeunes, téléchargés afin d’être écoutés plus facilement.

Les dons restent possibles pour soutenir l’association, mais ils ne sont jamais une condition pour profiter du service.

« L’idée, c’est que la culture soit en accès libre et gratuite », rappelle Sylvain Barbe.

La voix humaine résiste à l’IA

Après la cassette et le numérique, les Donneurs de Voix voient désormais arriver les voix générées par intelligence artificielle. Certains audiolecteurs les utilisent lorsqu’ils ne trouvent pas un ouvrage dans le catalogue.

Mais selon les retours recueillis par l’association, lorsqu’ils ont le choix, beaucoup continuent de préférer une vraie voix, avec son rythme, ses respirations, son accent et parfois ses imperfections.

Bordeaux recherche de nouvelles voix

À Bordeaux, une quarantaine de bénévoles sont aujourd’hui actifs. L’association recherche régulièrement de nouveaux « donneurs de voix » pour enregistrer les ouvrages, mais aussi des « donneurs de temps » pour assurer le fonctionnement de la bibliothèque : secrétariat, comptabilité, préparation des expéditions ou présence dans les salons et forums.

Pas besoin d’être comédien pour se lancer. Les candidats rencontrent l’association, sont formés à l’enregistrement puis réalisent un premier essai chez eux.

Il faut en revanche être prêt à y consacrer du temps. Une heure par jour pendant plusieurs jours pour certains, davantage pour d’autres.

« C’est du temps qu’on passe, mais pour faire plaisir aux autres », résume Sylvain Barbe.

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