
De Blanquefort au Verdon : 133 kilomètres pour raconter la résilience du Médoc
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La crise viticole l’a conduit au bord de l’épuisement. Une épreuve personnelle qui fait écho à celle de tout un territoire : le Médoc. Aujourd’hui, Adrien Ostins veut transformer ses difficultés en un message d’espoir pour cette terre viticole en souffrance, qui cherche elle aussi à se relever et à se réinventer. Les 24 et 25 octobre, il parcourra 133 kilomètres entre Blanquefort et Le Verdon-sur-Mer. Un défi sportif et solidaire pour mettre en lumière les difficultés du monde agricole, mais aussi les hommes et les femmes qui font vivre le Médoc.
La crise viticole, jusqu’à l’épuisement
Au début de l’année 2026, Adrien Ostins traverse une période particulièrement difficile. Viticulteur et responsable technique d’une propriété viticole, il subit de plein fouet les conséquences de la crise qui frappe le vignoble médocain. Les difficultés financières, la mévente du vin et les incertitudes sur l’avenir finissent par avoir raison de son équilibre personnel.
« J’ai passé un mois très compliqué où le sommeil n’était plus là », raconte-t-il. L’appétit disparaît, les nuits deviennent difficiles et il perd beaucoup de poids. Il évoque une période proche du burn-out ou de la dépression, sans avoir reçu de diagnostic.
Pour retrouver un équilibre, cet ancien rugbyman, qui a pratiqué pendant plus de vingt ans, décide de reprendre une activité physique. Il pousse la porte d’une salle de sport familiale à Lesparre-Médoc. Les premières séances lui permettent progressivement de retrouver de l’énergie et de reprendre confiance.
« Dès les premières séances, j’ai vu du mieux, des bienfaits sur moi. »
C’est à cette période que naît l’idée d’un défi sportif. Inspiré par des vidéos d’ultra-trail, Adrien Ostins imagine une course qui donnerait un sens à ce qu’il vient de traverser.
« Je fais ça aussi un peu pour moi, parce que j’ai besoin de ce défi-là pour un renouveau, pour tourner une page. Mais aussi pour une forme de résilience dans ce monde viticole, dans ce monde agricole. »
Son histoire personnelle rejoint alors celle d’un territoire confronté à une crise profonde.
« Il y en a qui s’en sortent, mais à quel prix ? »
La situation d’Adrien Ostins est loin d’être isolée. Depuis plusieurs années, le vignoble médocain traverse une crise qui fragilise particulièrement les petites exploitations.
Lui-même a dû arracher une partie de ses vignes. Malgré les efforts engagés pour développer la commercialisation de son vin, notamment sur les réseaux sociaux, les ventes n’ont pas permis d’assurer la viabilité de son activité.
« C’est facile de placer les premières bouteilles dans la famille. Mais quand ils en ont, ils ne vont pas en racheter toutes les semaines, voire tous les mois. »
Derrière cette réalité commerciale se cachent des conséquences financières importantes. Adrien Ostins a investi une partie de ses économies dans son exploitation et doit encore rembourser des dettes.
Une situation qui l’a contraint à prendre des décisions difficiles.
« À un moment donné, il faut savoir dire stop et s’arrêter, mais pour essayer de rebondir différemment. »
Pour autant, il refuse de présenter tous les viticulteurs comme condamnés à l’échec. Certains parviennent encore à vendre leur production et à maintenir leur activité. Mais au prix de sacrifices considérables.
Les journées de travail ne se limitent plus à la vigne ou au chai. Il faut désormais multiplier les salons, les foires, les marchés et les déplacements pour trouver de nouveaux clients, sans négliger l’entretien du vignoble, les démarches administratives ou les obligations de traçabilité.
« J’en connais quelques-uns, mais ils sont non-stop sur la route. Et entre-temps, il faut aussi s’occuper de ses vignes, de tous les papiers, de toute la traçabilité. »
« Il y en a qui s’en sortent, mais à quel prix ? »
Cette question résume les difficultés d’une profession où parvenir à vendre ne signifie plus nécessairement parvenir à vivre correctement de son travail.
Des petites propriétés qui disparaissent, des emplois menacés
Au-delà des difficultés individuelles, Adrien Ostins décrit une transformation profonde de la structure même du vignoble médocain.
« Avant, dans un village, il y avait une dizaine de propriétés. Maintenant, il va y en avoir plus que deux ou trois grosses. »
La disparition progressive des petites exploitations et la concentration des surfaces entre les mains de propriétés plus importantes modifient l’équilibre économique des communes viticoles.
Car derrière chaque exploitation qui cesse son activité, il y a aussi des emplois, des familles et des savoir-faire.
Ouvriers viticoles, salariés agricoles et personnels travaillant dans les chais sont directement concernés. Certains doivent envisager une reconversion, parfois après avoir consacré l’essentiel de leur carrière à la vigne.
« Il y a des gens qui se retrouvent sur le carreau. Même s’ils sont passionnés par la vigne, même s’ils sont passionnés par leur métier, ça devient de plus en plus compliqué. »
La crise pose également la question de l’avenir de la profession. Comment attirer de nouveaux viticulteurs lorsque ceux qui exercent déjà peinent à vivre de leur activité ?
Adrien Ostins constate une baisse de l’intérêt pour les formations viticoles. Les difficultés économiques du secteur inquiètent aussi les familles.
« Il y a de moins en moins de monde dans ces formations-là. Même les parents mettent un frein. »
Lui qui connaît la passion nécessaire pour exercer ce métier ne cache pas son embarras lorsqu’il doit conseiller un jeune souhaitant se lancer.
« Je lui dis : réfléchis bien. Ça me fait chier, il n’y a pas d’autres mots à dire, parce qu’il en faut des jeunes qui se lancent. Mais derrière, il faut vraiment avoir les pieds ancrés, il faut être costaud. »
La passion ne suffit plus. Pour lui, la question essentielle reste celle des débouchés commerciaux et du prix de vente.
« Il faut être sûr de pouvoir vendre. Parce que les propriétés viticoles, sans vente, elles ne tournent pas. »
Et lorsque les prix proposés ne permettent plus de couvrir les coûts de production, vendre peut même aggraver les difficultés.
« Vendre, oui, ça va peut-être faire de la trésorerie. Mais quand on vend à perte, à un moment donné, c’est le chat qui se mord la queue. »
133 kilomètres pour raconter un autre Médoc
Les 24 et 25 octobre, Adrien Ostins prendra le départ de Blanquefort pour rejoindre Le Verdon-sur-Mer, au terme d’un parcours de 133 kilomètres.
Une distance considérable pour celui qui, jusqu’à présent, a surtout participé à des marathons de 42 kilomètres.
« J’ai surtout prévu de partir et on verra quand j’arrive », plaisante-t-il.
Il prévoit une progression moyenne de 5 à 6 kilomètres par heure, entrecoupée de pauses pour se ravitailler, rencontrer des habitants et réaliser des séquences vidéo. Sa mère, entraîneuse de course à pied à Pauillac, devrait également l’accompagner sur une partie du trajet.
Ce parcours à travers le Médoc doit surtout permettre de recueillir des témoignages et de montrer les différentes réalités du territoire.
Adrien Ostins souhaite rencontrer aussi bien des viticulteurs en difficulté que des professionnels ayant trouvé de nouvelles perspectives. Il veut également mettre en valeur les initiatives locales et les habitants qui contribuent à faire évoluer l’image du Médoc.
Une image qu’il juge encore trop souvent prisonnière du passé, notamment dans le regard porté sur le territoire depuis la métropole bordelaise.
« Le Médoc d’hier, c’est fini. Mais on nous fait passer encore pour le Médoc d’hier. »
Pour lui, la transformation du territoire est déjà engagée, même si elle s’accompagne de difficultés économiques et sociales.
« On est obligé de se réinventer. »
Une course solidaire et un documentaire
La traversée aura également une dimension solidaire. Marqué par les incendies qui ont frappé la Gironde durant l’été 2026, Adrien Ostins a choisi de soutenir l’Œuvre des pupilles orphelins et fonds d’entraide des sapeurs-pompiers (ODP).
Une collecte de dons accompagnera son initiative et restera ouverte jusqu’à la fin de l’année.
Le parcours sera par ailleurs filmé pour donner naissance à un documentaire consacré à la résilience personnelle d’Adrien Ostins et aux transformations du Médoc.
Une avant-première est prévue le 27 novembre au cinéma de Pauillac, avant une diffusion dès le lendemain sur ses réseaux sociaux et sa chaîne YouTube.
Le départ de ce défi de 133 kilomètres sera donné à Blanquefort le samedi 24 octobre, avec une arrivée prévue au Verdon-sur-Mer le dimanche 25 octobre. Adrien Ostins lance un appel à toutes celles et ceux qui souhaitent le soutenir, l’encourager ou l’accompagner sur une partie du parcours.