
À quoi ressemblera la Gironde en 2040 ? Trois scénarios qui pourraient bouleverser nos vies
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Une Gironde décarbonée, une société dominée par la technologie ou un territoire privé de protections sociales : trois scénarios qui dessinent des avenirs très différents pour notre département à l’horizon 2040. L’écrivain de science-fiction Jean-Marc Ligny explore ces futurs possibles, mais livre aussi un avertissement sur la sixième extinction de masse, les limites du capitalisme et le risque de disparition de l’humanité. Rencontre sur C6 Radio, à l’occasion du festival Hypermondes de Mérignac.
La Gironde en 2040 : trois scénarios, trois modèles de société
Une agence de développement installée à Talence, spécialisée dans l’accompagnement des TPE et PME, a sollicité Jean-Marc Ligny pour imaginer la Gironde de 2040 à partir de travaux de prospective économique, sociale et technologique.
L’objectif : permettre aux entrepreneurs de se projeter dans différents avenirs possibles grâce à des récits de science-fiction plutôt qu’à travers des rapports traditionnels.
« Plutôt que de pondre à ces entrepreneurs des rapports qu’ils lisent pas et qui sont chiants à lire, ils le disent eux-mêmes, ils ont préféré bûcher sur trois scénarios, trois contextes possibles de la Gironde en 2040. »
Trois modèles de société ont ainsi été retenus.
Une Gironde décarbonée. Le territoire s’est engagé dans une transition écologique visant à réduire son impact environnemental, à développer sa résilience et à renforcer les solidarités.
Une Gironde dominée par la technologie. Intelligence artificielle et réseaux connectés occupent une place centrale. Jean-Marc Ligny évoque « des gens qui sont dans le système et d’autres qui sont hors du système », dessinant une société marquée par de nouvelles formes d’exclusion.
Une Gironde dérégulée. C’est le scénario le plus sombre, celui que l’auteur qualifie de « scénario du pire ». Les protections sociales ont disparu et chacun doit affronter seul les difficultés économiques ou les catastrophes.
« Il y a plus de sécu, il y a plus de chômage, il y a plus d’assurance. Si tu arrives à une catastrophe, tu as tes yeux pour pleurer et tu te démerdes. »
À partir de ces trois contextes, Jean-Marc Ligny a écrit trois histoires mettant chacune en scène un petit entrepreneur girondin. Les récits sont réunis dans l’ouvrage Trajectoire 2040.
Malgré les perspectives parfois inquiétantes, l’écrivain a souhaité préserver une place à l’espoir.
« Sans trop spoiler, je peux dire que mes trois personnages trouvent un moyen de s’en sortir. »
La science-fiction pour décrypter le présent
Auteur de plus de quarante romans, Jean-Marc Ligny explore depuis les années 2000 les conséquences du dérèglement climatique sur les sociétés humaines et les écosystèmes.
Pour lui, la science-fiction ne se limite pas à inventer des univers imaginaires. Elle permet surtout d’interroger les transformations déjà à l’œuvre.
« La science-fiction, c’était la littérature principale du XXIe siècle, parce que c’est la seule littérature qui décrypte notre présent, justement en l’extrapolant dans l’avenir. »
Sixième extinction de masse : « Je n’y crois pas, je la constate »
Depuis une quinzaine d’années, Jean-Marc Ligny observe une diminution importante du nombre d’insectes lorsqu’il se rend à la campagne. Un phénomène qu’il considère comme l’un des signes visibles de l’effondrement de la biodiversité.
« La biosphère est en train de se transformer profondément et donc il y a des espèces qui vont disparaître, d’autres qui vont proliférer. »
Si la planète a déjà traversé plusieurs extinctions majeures, l’écrivain s’inquiète particulièrement des conséquences des bouleversements actuels pour l’humanité.
« L’espèce humaine est quelque part un peu en sursis. »
Il met notamment en cause un modèle de société fondé sur une consommation croissante de ressources naturelles longtemps considérées comme illimitées.
« La Terre est une planète finie », rappelle-t-il.
Pour Jean-Marc Ligny, poursuivre cette logique constitue une impasse qui impose de repenser profondément notre manière de vivre.
« Ça passe par une rupture nette et drastique avec le capitalisme »
L’écrivain estime que les changements individuels ne suffiront pas à répondre à l’ampleur de la crise écologique. Il considère qu’une transformation radicale du système économique est inévitable.
« Ça passe par une rupture nette et drastique avec le capitalisme, voire, je dirais, par l’effondrement du capitalisme, ce qui peut générer des tensions à court terme. »
Il évoque notamment la disparition de grandes puissances au cours de l’histoire, de l’Empire romain aux dynasties chinoises, pour illustrer la fragilité de systèmes pourtant considérés comme solidement établis.
« Et là, on est clairement dans une fin de règne. Donc pour moi, ce monde va changer. »
Jean-Marc Ligny se montre également très critique envers les responsables politiques, auxquels il reproche leur manque de réaction face à l’urgence environnementale.
« Il ne se passe rien parce qu’on a des gouvernements hors-sol complètement déconnectés du monde réel. »
Cette remise en cause du modèle actuel ne signifie pas pour autant qu’il faudrait renoncer au progrès. Jean-Marc Ligny cite les technologies de production d’électricité décarbonée ou de récupération de l’eau contenue dans le brouillard comme exemples de solutions déjà disponibles.
Il défend également une utilisation plus réfléchie de l’intelligence artificielle, dont il reconnaît les possibilités dans la recherche et la médecine, tout en dénonçant les risques liés à certains usages.
« C’est pas le progrès, c’est la façon dont on l’utilise, qui l’a en main. Et qui en profite en fait ? »
Changer nos comportements avant qu’il ne soit trop tard
Face aux inquiétudes suscitées par le dérèglement climatique, Jean-Marc Ligny encourage chacun à agir plutôt qu’à subir.
« Je peux leur dire d’agir, en fait, pour essayer de réduire les dégâts ou d’empêcher que le pire arrive. »
Consommer autrement, limiter le gaspillage, retrouver un contact avec la nature ou réduire notre dépendance aux écrans font partie des changements qu’il préconise.
« Il s’agit pas de revenir en arrière d’une quelconque façon, mais plutôt je dirais de faire un pas de côté. »
Mais son avertissement dépasse les seuls comportements individuels. Sans transformation profonde de notre modèle de société, Jean-Marc Ligny redoute que les bouleversements climatiques ne finissent par menacer la survie même de l’espèce humaine.
Car si notre civilisation demeure fragile, la planète, elle, continuera d’exister.
« La nature sera toujours la plus forte. »