
« Le cycle d’un garçon, c’est 24 heures. Celui d’une fille, c’est 28 jours » : Emma Francastel interpelle sur les réalités du sport féminin
🎙 Podcast audio
Capitaine de l’équipe féminine de l’Abeille Girondine de Saint-Jean-d’Illac, Emma Francastel incarne une saison paradoxale : des résultats sportifs en difficulté, mais une force collective intacte. Entre engagement total, contraintes du sport amateur de haut niveau et regard critique sur la place du sport féminin, la passeuse livre une analyse lucide et engagée.
Formée relativement tard au volleyball malgré un environnement familial acquis à la discipline, elle s’impose rapidement. « Je me suis mise au volley en cinquième », raconte-t-elle, avant d’intégrer en seulement trois ans le pôle espoir de Montpellier. Une progression rapide qui la mène ensuite à Béziers puis dans plusieurs clubs, jusqu’à son rôle actuel de capitaine en Élite féminine.
Passeur de formation, un poste stratégique où « on mène un peu la danse », Emma Francastel s’affirme comme une joueuse clé. Mais sur le plan collectif, la saison 2025 est particulièrement compliquée. Avec une seule victoire, le maintien semble compromis. « Si je devais résumer cette saison, ce serait le mot résilience », explique-t-elle.
Les blessures à répétition ont empêché toute stabilité. « On n’a quasiment jamais pu aligner la même équipe », regrette-t-elle. Résultat : une difficulté à construire du jeu et surtout un manque d’efficacité offensive. « On défend beaucoup, mais il faut marquer les points. »
Pourtant, le groupe ne lâche rien. « On a peut-être gagné un seul match, mais aucune d’entre nous n’abandonne », insiste la capitaine. Une solidarité forte, entretenue aussi en dehors du terrain, qui permet à l’équipe de continuer à se battre malgré les résultats.
Cette détermination s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’un sport de haut niveau… sans statut professionnel. Comme ses coéquipières, Emma Francastel cumule son engagement sportif avec une activité professionnelle. Professeure des écoles, elle enchaîne journées de classe, entraînements et déplacements. « Des fois, on me demande quand je dors », confie-t-elle.
Un quotidien exigeant, révélateur des inégalités persistantes avec certaines équipes concurrentes, voire avec les équipes masculines du même club. « On n’est pas encore sur un même pied d’égalité », constate-t-elle, évoquant un combat plus global pour la reconnaissance du sport féminin.
Au-delà des moyens, Emma Francastel soulève aussi une problématique rarement abordée : l’adaptation de l’entraînement aux spécificités du corps féminin. « Le cycle d’un garçon, c’est 24 heures. Celui d’une fille, c’est 28 jours », explique-t-elle. Un élément physiologique fondamental, selon elle, encore insuffisamment pris en compte dans la préparation sportive.
« On forme encore majoritairement les entraîneurs sur un modèle masculin », analyse-t-elle. Résultat : des programmes d’entraînement parfois inadaptés, qui ne tiennent pas compte des variations physiques liées au cycle menstruel. « Ce n’est pas une question de fragilité, mais de compréhension et de compétences », insiste la joueuse, appelant à faire évoluer les mentalités et les formations.
Cette réflexion s’étend également au regard porté sur le sport féminin. « Il faut casser les stéréotypes », affirme-t-elle. « Le sport féminin est spectaculaire, c’est du haut niveau. » Un plaidoyer pour une reconnaissance plus juste, tant du public que des institutions.
À trois matchs de la fin de saison, l’objectif reste simple : gagner. « On veut aller chercher des points », affirme la capitaine, sans se focaliser sur la menace de relégation. « Ce serait une déception, mais aussi le reflet de la réalité. »
Emma Francastel pourrait vivre ses dernières semaines sur les terrains. « J’ai besoin de plus de spontanéité dans ma vie », confie-t-elle. Mais une chose est certaine : l’intensité du sport collectif laissera une empreinte durable. « Ce sont des émotions qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. »
Samedi, face à Saint-Cloud, les Abeilles joueront un match crucial. Et pour leur capitaine, peut-être bien l’un des derniers combats d’une carrière menée avec exigence et conviction.