
Après les incendies : toutes les maisons ne pourront pas être reconstruites au même endroit
Après l’urgence des incendies vient désormais celle de la reconstruction. Lors de sa conférence de presse de rentrée à Bordeaux, Sophie Brocas a détaillé la méthode envisagée par l’État pour les habitations détruites en Gironde. Une cartographie en trois catégories — vert, orange et rouge — doit être discutée avec les communes. Derrière ces couleurs, une question particulièrement sensible : où sera-t-il encore possible de reconstruire ?
« On ne pourra pas faire comme si rien ne s’était passé. »
La phrase de Sophie Brocas résume à elle seule la doctrine défendue par l’État après les incendies qui ont frappé la Gironde cet été.
Pour la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, reconstruire est une priorité. Mais reconstruire ne signifie pas nécessairement rebâtir partout, de la même manière et au même endroit.
Avec la DDTM, la DREAL et la mission interministérielle, les services de l’État travaillent actuellement à une cartographie des habitations détruites. Celle-ci doit encore être présentée et discutée avec les élus des communes concernées.
Le principe repose sur trois couleurs : vert, orange et rouge.
En vert, une reconstruction rapide
Première situation : les maisons situées dans une zone déjà urbanisée.
Une habitation détruite dans un lotissement, au cœur d’un village ou plus largement à l’intérieur de l’enveloppe urbaine doit pouvoir être classée en vert.
La logique défendue par l’État est simple : les zones urbanisées sont plus facilement défendables face à un incendie que des constructions isolées au milieu du massif forestier.
Dans ces secteurs, la reconstruction doit donc être facilitée et les permis de construire délivrés rapidement. Sophie Brocas rappelle l’objectif annoncé par le Premier ministre d’une instruction pouvant être ramenée à moins d’un mois pour ces situations.
Pour ces propriétaires, le principe est donc celui d’un retour sur place.
En rouge, certaines maisons ne seraient pas reconstruites sur leur parcelle
La situation est beaucoup plus délicate pour les habitations totalement isolées dans la forêt.
Celles-ci pourraient être classées en rouge.
La préfète assume sur ce point une position particulièrement claire : certains logements ne peuvent pas être raisonnablement protégés en cas d’incendie majeur.
« On n’arrivera jamais, même s’il y avait dix fois plus de sapeurs-pompiers, dix fois plus d’avions », explique-t-elle.
Défendre chaque maison isolée nécessiterait de mobiliser des véhicules et des personnels devant chacune d’entre elles, ce que les services de secours ne peuvent matériellement garantir lors d’un incendie de très grande ampleur.
Pour les propriétaires concernés, l’objectif ne serait donc plus de reconstruire exactement au même endroit mais de trouver une solution permettant de rebâtir ailleurs.
Et c’est précisément là que la question des assurances devient déterminante.
Les maisons orange au cœur des discussions
Entre ces deux situations se trouve la catégorie probablement la plus complexe : les maisons classées en orange.
Il s’agit d’habitations que l’État estime potentiellement reconstructibles, mais à condition d’améliorer suffisamment leur protection.
Plusieurs pistes sont étudiées avec les forestiers, les agriculteurs, les services de l’État et les spécialistes de l’urbanisme.
Sophie Brocas évoque notamment la création de coupures de combustible autour des hameaux, des pare-feux entretenus dans la durée ou encore le recours à des espaces végétalisés et irrigués.
L’expérience de l’incendie a en effet montré, selon la préfète, que certaines parcelles agricoles irriguées avaient joué un rôle de coupure face à la progression des flammes.
L’objectif est donc de ne plus seulement réfléchir à la résistance d’une maison prise individuellement, mais à la protection de l’ensemble de son environnement.
Une carte qui ne sera pas figée
Cette classification vert-orange-rouge n’est toutefois pas encore définitive.
Interrogés pendant la conférence de presse, les services de l’État ont insisté sur ce point. La première cartographie réalisée par la DDTM doit servir de base de discussion avec les communes.
Les élus ont déjà participé à plusieurs ateliers avec la mission interministérielle afin de faire remonter leurs attentes, mais aussi les particularités et l’histoire de leurs territoires.
Pour les situations les plus difficiles, notamment les maisons orange ou rouge, une équipe réunissant services de l’État, pompiers, acteurs de la défense de la forêt contre les incendies et élus doit pouvoir se rendre directement sur le terrain.
L’idée est d’examiner les solutions possibles avec les propriétaires et de déterminer si des travaux ou des aménagements peuvent rendre une habitation suffisamment défendable pour permettre sa reconstruction.
Les couleurs doivent donc pouvoir évoluer en fonction des solutions trouvées.
Les assurances restent « un point noir absolu »
Mais pour les sinistrés, une autre bataille se joue parallèlement : celle de l’indemnisation.
Sophie Brocas n’a pas cherché à minimiser les difficultés et qualifie les assurances de « point noir absolu » pour un certain nombre de propriétaires.
L’une des principales discussions engagées avec France Assureurs concerne précisément les habitants qui ne pourront pas rebâtir leur maison sur la parcelle où elle se trouvait.
L’État souhaite que les compagnies acceptent le principe d’une « reconstruction équivalente » plutôt qu’une reconstruction strictement à l’identique.
Autrement dit, un propriétaire dont la parcelle serait désormais considérée comme trop exposée au risque incendie ne devrait pas perdre son droit à une indemnisation lui permettant de reconstruire ailleurs.
La préfecture annonce un accompagnement individualisé pour ces situations.
Accélérer également les expertises et le déblaiement
Plusieurs autres demandes ont été adressées aux assureurs.
Les services de l’État souhaitent notamment accélérer l’enlèvement des gravats sans attendre systématiquement de longues expertises contradictoires, lorsque des photographies permettent de conserver les éléments nécessaires au dossier.
La durée de prise en charge du relogement constitue également un enjeu majeur. Elle doit, selon Sophie Brocas, être compatible avec le temps réel nécessaire pour reconstruire et ne pas s’arrêter automatiquement alors que les travaux ne sont pas terminés.
Des discussions doivent se poursuivre avec la présidente de France Assureurs.
La préfète cite également les chiffres transmis par AXA : en Gironde, 91 % des expertises concernant la compagnie avaient été réalisées au moment de la conférence et 65 % des personnes concernées avaient reçu un acompte. Selon les informations communiquées par l’assureur à la préfecture, aucune expertise contradictoire n’était demandée pour les dommages inférieurs à 50 000 euros.
Des matériaux plus résistants au feu
Reconstruire autrement passera aussi par les bâtiments eux-mêmes.
Un référentiel destiné aux maires et aux architectes doit présenter les matériaux et aménagements permettant de mieux résister à un incendie.
La préfète donne plusieurs exemples très concrets : privilégier certains matériaux plutôt que des gouttières en plastique, choisir des revêtements offrant une meilleure résistance au feu ou encore adapter la végétation autour des habitations.
Des protections plus techniques sont également étudiées, notamment autour des systèmes de ventilation, afin de limiter la pénétration de brandons à l’intérieur des maisons.
Interrogée sur le caractère obligatoire de ces recommandations, Sophie Brocas indique qu’à ce stade, le dispositif devrait surtout avoir une vocation incitative plutôt que réglementaire.
Les assureurs pourraient toutefois, à terme, intégrer certaines prescriptions dans leurs propres conditions.
Repenser aussi le débroussaillement
Autre chantier : les obligations légales de débroussaillement.
Pour Sophie Brocas, le dispositif actuel est trop complexe et doit être simplifié pour devenir réellement efficace.
La préfète évoque notamment la possibilité de confier davantage cette compétence aux intercommunalités, afin d’assurer une mise en œuvre plus homogène.
Car la stratégie défendue après les incendies ne repose plus uniquement sur la maison elle-même.
Les services de l’État parlent désormais de plusieurs niveaux de « défendabilité » : celle de l’habitation, celle des communes ou des hameaux, mais également celle de la forêt.
Pare-feux, débroussaillement, espaces agricoles, pistes forestières, points d’eau, choix des matériaux et organisation de l’urbanisation doivent ainsi être pensés ensemble.
Reconstruire, mais surtout pouvoir défendre
Pour les propriétaires sinistrés, la cartographie définitive sera évidemment très attendue.
Derrière une couleur verte, orange ou rouge se joue quelque chose de très concret : la possibilité de reconstruire sa maison là où elle se trouvait avant l’incendie.
L’État assure vouloir examiner les situations avec les communes et, pour les cas les plus complexes, directement avec les propriétaires.
Mais la ligne fixée par Sophie Brocas est désormais posée : le droit à reconstruire devra être confronté au niveau de risque et à la capacité réelle des secours à protéger les habitations lors d’un prochain incendie majeur.
Après l’urgence de cet été, c’est probablement l’un des débats les plus sensibles de l’après-incendie qui commence.