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« Cette année, c’est pour nous » Au SMRC, Ruben Van Der Nest et Maylis Herreyre racontent un club qui vise plus haut sans renier son âme

20 avril 2026 · Actualités · Associations · Sport

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Au SMRC, Ruben Van Der Nest et Maylis Herreyre racontent un club qui vise plus haut sans renier son âme

« Cette année, c’est pour nous »

Lorsque Ruben Van Der Nest lâche, presque instinctivement, « Cette année, c’est pour nous », il ne formule pas seulement une ambition sportive : il résume l’état d’esprit qui traverse aujourd’hui tout le Saint Médard Rugby Club. À l’heure où le SMRC attend de connaître son adversaire (Sarlat ou Courbevoie) pour lancer sa campagne en phases finales de Fédérale 1, le talonneur sud-africain, aujourd’hui blessé au ligament croisé, parle avec la conviction de ceux qui sentent qu’un groupe vit quelque chose de rare.

Ce sentiment, il le rattache à une alchimie particulière. Un groupe de 45 joueurs soudé, une identité forgée dans les efforts, les blessures, les matchs serrés, et cette impression diffuse mais puissante que le club avance vers quelque chose de plus grand. Ruben Van Der Nest, passé par Floirac, où il a connu une montée en National 2, reconnaît ici les mêmes signaux avant-coureurs. Mais il ajoute une nuance essentielle : au SMRC, il y a davantage. Une dimension familiale. Une proximité qu’il dit unique. « Je connais les bénévoles, les joueurs, l’école de rugby… tout le monde se retrouve ici. »

Ce n’est pas un discours convenu. C’est une culture. À Saint-Médard, l’équipe première ne vit pas en vase clos. Elle irrigue tout le club et s’en nourrit. Les féminines jouent ? Les seniors viennent voir. L’école de rugby organise ses stages ? Les joueurs s’impliquent. Les Espoirs avancent ? Toute la structure suit. Ce tissu collectif nourrit la performance. Et dans le regard du joueur sud-africain, cette mission dépasse le simple objectif de montée : faire grandir le club pour ceux qui l’ont porté avant, et pour ceux qui y joueront demain.

Même éloigné des terrains jusqu’en octobre, Ruben Van Der Nest incarne cette dynamique. Sa blessure ne l’a pas sorti du projet, elle l’a déplacé. Entre rééducation, encadrement des jeunes, implication dans les stages et soutien au groupe, il reste un acteur du moment. Et quand il parle d’une éventuelle montée, ce n’est jamais au « je ». C’est toujours au « nous ». Comme si, au SMRC, l’ambition n’avait de sens qu’à plusieurs.

« C’est un peu plus une famille au SMRC »

C’est le mot qui revient sans cesse. Famille. Pas comme une formule marketing, mais comme une définition presque organique du club. Ruben Van Der Nest le dit avec simplicité. Maylis Herreyre le confirme avec précision. Et c’est là que le discours prend une autre dimension : parce que chez elle, cette notion se traduit en organisation, en projets, en quotidien.

Assistante administrative du club, coordinatrice de multiples missions, impliquée aussi dans le développement et la communication, Maylis Herreyre est l’un des visages de cette mécanique invisible sans laquelle un club ambitieux ne tient pas. Gestion des déplacements, licences, coordination avec la mairie, communication, organisation des matchs, structuration des catégories jeunes… son rôle est celui d’un point d’équilibre entre terrain et institution.

Et pourtant, lorsqu’elle évoque le SMRC, ce ne sont ni les procédures ni les tableaux Excel qui émergent d’abord. Ce sont les bénévoles venus cinq jours de suite encadrer le stage des 5 Nations. Les éducateurs qui travaillent des semaines pour construire une expérience pour les enfants. Les catégories qui se croisent et se connaissent. Cette circulation permanente entre générations.

Le stage des 5 Nations, justement, illustre cette philosophie. Cinquante-sept enfants accueillis, une nation mise à l’honneur chaque jour (Fidji, Tonga, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, France) et une volonté claire : transmettre un rugby ouvert sur le monde, enraciné dans ses valeurs. Ruben Van Der Nest y a apporté sa culture sud-africaine. Maylis Herreyre son expérience internationale. Ensemble, ils ont offert bien plus qu’un stage : une ouverture.

Car le SMRC pense aussi au-delà de ses frontières. Avec Rugby Travel Agency, projet porté par Maylis Herreyre, le rugby devient passeport. Nouvelle-Zélande, Australie, Canada, États-Unis… l’idée est simple : permettre à de jeunes joueurs et joueuses de vivre le rugby autrement, à travers un PVT ou une expérience d’études. Là encore, l’idée n’est pas de partir pour fuir, mais de revenir enrichi.

Au fond, ce que raconte cette « famille SMRC », c’est une modernité rare dans le rugby amateur ambitieux : être un club performant sans devenir impersonnel.

« Le sport, c’est une religion »

Quand Ruben Van Der Nest évoque l’Afrique du Sud, le ton change. Il ne parle plus seulement de rugby, mais d’un système de vie. D’une culture. D’un rapport au sport profondément structurant. « Le sport, c’est une religion », dit-il. Et cette phrase éclaire autant son parcours que ce qu’il apporte aujourd’hui au SMRC.

En Afrique du Sud, le rugby commence tôt, très tôt, et s’inscrit dans le cadre scolaire. Jusqu’à 18 ans, on joue pour son lycée. Le sport rythme les journées, structure les ambitions, forge les caractères. Entraînements quotidiens, préparation physique, culture de l’exigence : Ruben Van Der Nest décrit un univers où le rugby n’est pas une activité périphérique, mais un centre.

Son arrivée en France fut donc un choc. Culturel, linguistique, sportif. « Les six premiers mois étaient difficiles », reconnaît-il. Mais dans l’adaptation, il a trouvé un terrain fertile. Non pas identique à ce qu’il connaissait, mais capable d’accueillir une autre vision.

Cette rencontre entre cultures, c’est aussi ce qui enrichit le SMRC. Le regard sud-africain sur la formation. L’expérience néo-zélandaise racontée par Maylis Herreyre. La comparaison avec des systèmes où le sport est une matière obligatoire. Tous deux disent au fond la même chose : le rugby français a une richesse immense, mais peut encore s’inspirer.

Et cela se retrouve dans leur rapport aux jeunes. Ruben Van Der Nest entraîne les M12, intervient avec les plus petits, accompagne aussi une équipe régionale. Il parle des enfants avec la même intensité que des phases finales. Il voit leur progression, leur énergie, leur présence au bord du terrain comme une responsabilité. « C’est important pour nous, l’équipe première, de cadrer nos valeurs. »

Ce lien vertical entre seniors et école de rugby est sans doute l’un des marqueurs les plus forts du SMRC. Il donne une profondeur au projet sportif. Une montée ne serait pas seulement un exploit d’équipe première. Elle deviendrait une projection pour toute une filière.

« C’est une mission, ce n’est pas une pression »

Voilà peut-être la phrase qui résume le mieux le moment que traverse Saint-Médard. Une mission. Pas une pression.

Le mot est fort, parce qu’il dit une ambition assumée sans peur paralysante. Malgré les blessures. Malgré les matchs usants en fin de saison. Malgré l’incertitude des phases finales. Ruben Van Der Nest refuse de parler de poids. Il parle de motivation.

Et ce positionnement n’est pas anodin. Dans beaucoup de clubs à l’approche des grands rendez-vous, la tension peut devenir fardeau. Ici, elle semble transformée en moteur. Parce que le groupe se vit comme dépositaire d’une histoire. Parce que la possible montée ne concerne pas seulement ceux qui jouent, mais ceux qui ont construit le club et ceux qui le rejoindront demain.

Cette notion de mission se lit aussi dans le travail de fond évoqué par Maylis Herreyre sur les licenciés. Le succès du SMRC attire. Les demandes affluent. Certaines catégories sont presque pleines. Mais le club refuse de céder à la logique du volume au détriment de la qualité. Encadrement, infrastructures, temps de jeu, cohérence pédagogique : le développement est pensé, pas subi.

C’est un autre enjeu stratégique du club. Grandir sans se diluer.

Et puis il y a l’histoire plus intime de Ruben Van Der Nest, qui donne à cette mission une profondeur humaine. Sa blessure grave, sa rééducation, l’accompagnement reçu du club, les appels des coéquipiers, des bénévoles, des supporters. « Mon téléphone n’a pas arrêté de sonner », raconte-t-il. Ce soutien, il le vit comme une preuve. D’être au bon endroit.

Dans ce témoignage, il y a sans doute une définition involontaire de ce qu’est le SMRC aujourd’hui : un club ambitieux, structuré, attractif, mais qui conserve ce supplément d’âme qui transforme un collectif en communauté.

À l’approche des phases finales, le terrain dira si « cette année est la bonne ». Mais une chose ressort déjà avec force de cet échange : le Saint Médard Rugby Club ne se construit pas seulement autour d’une possible montée.

Il construit quelque chose de plus durable.

Et c’est peut-être, au fond, ce qui le rend déjà victorieux.

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