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Née sous X « L’Etat Français est hypocrite »

12 juin 2026 · Actualités · Société

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Née sous X, elle a mis treize ans à retrouver sa mère biologique et milite aujourd’hui pour une réforme de l’accouchement sous X en France

Domitilla Courtinat : un parcours marqué par la quête de vérité

Née le 28 février 1982 à la maternité de la Pitié-Salpêtrière à Paris, Domitilla Courtinat a grandi au sein d’une famille adoptive aimante, où l’adoption était une histoire de famille depuis plusieurs générations. Pourtant, derrière cet environnement protecteur, une blessure profonde l’accompagne depuis l’enfance. « J’ai toujours eu ce qu’on appelle la blessure primitive », confie-t-elle. Comme de nombreux enfants nés sous X, elle grandit avec des questions sans réponse : qui est sa mère biologique, à qui ressemble-t-elle, d’où viennent ses racines ? Un vide identitaire qu’elle décrit comme « un néant devant la glace » et qui nourrit un sentiment permanent d’illégitimité. Pendant des années, elle porte également une culpabilité silencieuse : « Je me suis dit que j’étais sûrement le bébé le plus moche de la maternité, que je n’avais pas la valeur d’un autre bébé. » Une souffrance invisible qui impacte l’estime de soi, la scolarité et la construction personnelle.

Treize années d’enquête pour retrouver sa mère

À l’adolescence, la colère prend le dessus. À 15 ans, Domitilla fugue et tente déjà d’accéder à son dossier administratif. Il lui faudra pourtant attendre sa majorité pour entamer officiellement ses recherches. Ce qui devait être une simple consultation de dossier se transforme alors en un véritable parcours du combattant. Entre refus administratifs, documents incomplets et informations contradictoires, la jeune femme découvre peu à peu les failles d’un système qu’elle juge opaque. « Ça a pris treize ans », résume-t-elle. Un détective privé finira par lui permettre de remonter la piste de sa mère biologique. La révélation est bouleversante : contrairement à ce qui figurait dans son dossier, sa mère n’avait jamais demandé l’anonymat. Victime d’un viol et d’un déni de grossesse, elle avait laissé une enveloppe contenant son identité afin que sa fille puisse la retrouver à sa majorité. Cette enveloppe n’a jamais été transmise. Lorsque les deux femmes se rencontrent enfin en 2015, l’émotion est immédiate. « Elle m’a prise dans ses bras en pleurant et m’a dit : “Ma fille”. » Un instant qui met fin à des années d’interrogations et confirme l’intuition que Domitilla portait depuis toujours : sa mère n’avait pas choisi de l’abandonner.

Un combat devenu collectif pour les droits des personnes nées sous X

Si la rencontre avec sa mère biologique a apaisé une partie de ses blessures, elle n’a pas mis fin à son engagement. Aujourd’hui membre du collectif des Nés sous X d’ici et d’ailleurs, Domitilla Courtinat milite pour une évolution de la législation française. Elle défend notamment la transformation de l’accouchement sous X en accouchement dans le secret, à l’image de dispositifs déjà en vigueur dans plusieurs pays européens. Selon elle, le droit aux origines doit primer et permettre à chaque enfant devenu adulte d’accéder à son histoire, à son identité et à ses antécédents médicaux. « On m’a spolié mon arbre généalogique », affirme-t-elle. Elle dénonce également les conséquences sanitaires de cette absence d’informations, notamment pour les personnes confrontées à des maladies héréditaires. Malgré les obstacles, Domitilla estime avoir eu une chance que beaucoup n’ont pas : celle de retrouver sa mère et de reconstruire un lien avec elle. « La fin est heureuse, mais le combat continue », rappelle-t-elle. Un combat mené au nom de tous ceux qui cherchent encore des réponses sur leurs origines.

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