
Dougy : du Porge aux scènes internationales, le reggae comme trait d’union
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Il y a quelques jours, Dougy mettait le feu à la scène de Lacanau. Mais cette fois, l’enjeu dépassait largement la musique. L’artiste girondin participait au concert solidaire organisé en soutien aux sinistrés du Porge, durement touchés par l’incendie de cet été. Une mobilisation qui avait pour lui une dimension très personnelle. Une partie de sa famille vit au Porge et l’artiste n’a pas hésité à utiliser ce qu’il sait faire de mieux pour participer à l’élan de solidarité.
« J’ai pas mal de famille là-bas, donc c’est naturellement que j’ai essayé d’apporter mon soutien à la communauté. Être musicien et chanteur me donne cette possibilité d’essayer d’apporter ma pierre à l’édifice. »
Reggae, dancehall, hip-hop, plus de 500 concerts dans 14 pays : derrière cette mobilisation locale se trouve un artiste au parcours plutôt atypique.
Le reggae comme espace de liberté
Difficile de ranger Dougy dans une seule case. Son univers plonge dans le reggae jamaïcain, mais se nourrit également de dancehall old school et de hip-hop.
« Je suis très influencé par le reggae jamaïcain des années 2010. C’est un reggae très énergique, avec des mélodies, mais aussi beaucoup de flow et de rythme. »
Tout commence pourtant simplement, avec une cassette appartenant à son père : Kaya de Bob Marley. Quelques années plus tard, à l’adolescence, le freestyle autour d’une guitare fait le reste.
« Ils avaient une guitare et ils freestylaient sur des skanks reggae. C’était uniquement de l’improvisation et j’ai adoré. C’était l’expression libre. »
Cette idée de liberté ne quittera plus sa musique. Pour Dougy, le reggae porte aussi une dimension sociale : « C’est une musique qui a beaucoup d’âme. Elle parle d’émancipation personnelle, de rébellion, elle incite les personnes à s’élever par elles-mêmes et à exprimer qui elles sont. »
L’Australie comme déclic
Devenir artiste professionnel n’était pourtant pas vraiment prévu.
Parti en Australie avec sa guitare, Dougy commence à jouer dans la rue pour gagner un peu d’argent. Une invitation sur scène va bouleverser la suite.
« J’ai découvert la scène et j’ai tellement aimé ça que je me suis dit : je veux refaire ça tout le temps. »
Trois mois seulement après son arrivée, il obtient une résidence dans un bar et commence à vivre de sa musique.
« Je n’ai pas compris comment c’était arrivé, mais c’est arrivé. »
L’expérience australienne devient le véritable point de départ de sa carrière. Les dates s’enchaînent ensuite en France et à l’étranger. Dougy revendique aujourd’hui plus de 500 concerts dans 14 pays, dont environ la moitié hors de France.
Une trajectoire construite avant tout en live.
« J’ai tout appris sur scène. »
Dreadlocks et reggae : les clichés ont la vie dure
La visibilité apporte aussi son lot de jugements. Avec ses dreadlocks portées depuis quatorze ans et son univers reggae, Dougy connaît bien les raccourcis.
« On me traite de SDF, de mec qui ne se lave pas, de fumeur de joints. J’ai aussi des critiques parce que je suis blanc. »
Les réseaux sociaux amplifient le phénomène, jusqu’à transformer parfois une simple vidéo musicale en affrontement entre internautes.
« Il n’y a pas d’échange, pas de discours, pas de débat. On ne se connaît pas et on juge des images. »
Avec le temps, l’artiste a choisi de ne plus laisser ces commentaires dicter son rapport à la musique : « Il y aura toujours des gens qui vont nous critiquer, qu’ils nous connaissent ou pas. J’ai réussi à vraiment me détacher de ça. »
« Être chanteur à haut niveau, c’est comme être sportif de haut niveau »
Autre cliché que Dougy bouscule : celui du reggaeman forcément associé aux excès.
Son morceau Mauvaise Vitamine prend précisément le contrepied de cette image. Et sa conception du métier est beaucoup plus proche de celle d’un athlète que de celle d’un artiste vivant sans contraintes.
« Pour moi, être chanteur à haut niveau, c’est comme être sportif de haut niveau. »
Sport régulier, attention portée à sa santé et pas d’alcool ou de cigarette avant de chanter : la scène impose une véritable discipline.
« C’est tellement difficile de vivre de son art et d’évoluer que si, en plus, on se met des freins, on est sûr de ne pas y arriver. »
Derrière la scène, une réalité beaucoup moins glamour
Car vivre de sa musique reste un combat.
Dougy estime même que sans son expérience australienne, il n’aurait probablement jamais tenté l’aventure professionnelle en France.
« Si je n’avais pas commencé à l’étranger, je n’aurais jamais essayé en France. »
Écriture, compositions, répétitions, visuels, albums : une grande partie du travail d’un artiste reste invisible et n’est pas directement rémunérée.
« Les gens ne voient pas tout le travail derrière. Avant d’être intermittent, je travaillais pour écrire mes chansons, faire mes visuels, mes albums. Tout ça, c’est du boulot. »
Sa réussite, Dougy ne la mesure d’ailleurs pas seulement en nombre de streams ou en taille de salles. Sa « médaille d’or » serait d’abord de parvenir à une stabilité permettant de faire vivre son projet et ceux qui l’accompagnent.
« Arriver à un point où je peux vivre sans me demander si je vais avoir assez d’argent pour nourrir ma fille, et que les gens autour de moi puissent être financièrement stables. »
Au Porge, la reconstruction ne fait que commencer
Derrière la musique reste enfin Le Porge.
Le feu est passé, mais ses conséquences vont accompagner la commune pendant longtemps. Aux dégâts laissés par les flammes s’ajoutent désormais les questions sur les assurances, la reconstruction des habitations, l’avenir de la forêt ou encore la manière de mieux protéger les populations.
« Les gens là-bas respirent vraiment de nouveau, mais il y a quand même ce côté un peu amer où on sait que la vie ne sera plus pareille pendant un bon moment. »
Dougy n’élude pas non plus la colère encore présente chez certains habitants, tout en reconnaissant le caractère exceptionnel de l’incendie et l’impossibilité d’une gestion parfaite face à un phénomène d’une telle ampleur.
De cette catastrophe, il retient également autre chose : la capacité d’un territoire à se mobiliser.
« Les épreuves permettent aussi de se rapprocher des autres. Cette solidarité a rappelé de belles valeurs aux gens. Ils ne vont pas être seuls là-dedans. »
C’est aussi ce qui donnait tout son sens à sa présence sur la scène de Lacanau.
De nouvelles scènes et un album en préparation
La route continue désormais pour Dougy, avec notamment une date à Saint-Jean-d’Illac, la ville où il a grandi, puis un rendez-vous à Mérignac.
Un EP dub en vinyle est également annoncé avant un nouvel album, préparé avec son label Evidence Music, attendu au printemps prochain.
Avec une ligne directrice qui n’a finalement pas beaucoup changé depuis ses premiers freestyles autour d’une guitare : utiliser la musique pour faire bouger, mais aussi pour rassembler.
« J’essaie de rassembler, de réunir et de toucher le maximum de gens possible. »