
Incendies en Gironde : « Les entreprises vont avoir besoin d’un véritable soutien économique », alerte Jérôme Lauvernay
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Alors que l’incendie qui touche le nord-ouest de la Gironde continue de mobiliser d’importants moyens de secours, les conséquences ne concernent pas uniquement les habitants évacués. Invité de C6 Radio, Jérôme Lauvernay, président du groupe Detexial, implanté à Saint-Jean-d’Illac, tire la sonnette d’alarme sur les difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises. Si son site a été préservé jusqu’à présent, il estime que la crise économique qui suivra l’incendie pourrait fragiliser durablement le tissu entrepreneurial local.
Une entreprise évacuée mais toujours sous surveillance
À la tête de Detexial, société spécialisée dans la sécurité électronique et le stockage de véhicules et de biens, Jérôme Lauvernay explique que l’entreprise a dû être évacuée comme l’ensemble de la zone de Saint-Jean-d’Illac.
Grâce aux systèmes de vidéosurveillance installés sur le site, il peut toutefois suivre l’évolution de la situation à distance. « Nous avons vu le feu au loin, la fumée et les retombées de cendres, mais heureusement les agriculteurs ont réalisé des pare-feux et laissé fonctionner leurs systèmes d’arrosage pendant plusieurs jours. Il y a eu une véritable solidarité sur le terrain. »
Le dirigeant souligne également la mobilisation de nombreux acteurs locaux qui ont contribué à protéger les entreprises voisines.
Des clients inquiets pour leurs biens
L’évacuation a suscité de nombreuses réactions parmi les clients de l’entreprise, notamment ceux qui stockent des camping-cars, caravanes ou véhicules.
Certains, très inquiets, ont souhaité récupérer leurs biens malgré les restrictions d’accès. « Les gens étaient en panique. Ils voulaient récupérer leurs véhicules parce qu’ils avaient peur de tout perdre. »
Face à cette situation exceptionnelle, l’entreprise a dû gérer à la fois l’urgence sécuritaire et les inquiétudes de ses clients.
Une activité maintenue à distance
Si le site de Saint-Jean-d’Illac est inaccessible, Detexial peut poursuivre une partie de son activité grâce à son second siège administratif situé en Dordogne.
Les équipes répondent aux clients à distance, en leur transmettant notamment des images des caméras de surveillance pour les rassurer sur l’état de leurs biens.
Mais cette organisation ne permet pas de maintenir l’ensemble de l’activité. « Nous avons des collaborateurs qui ne peuvent plus se déplacer ou qui ont été évacués. Nous nous demandons comment gérer les prochains jours : chômage technique, congés forcés… Aujourd’hui, nous n’avons pas encore de réponses. »
La perte d’exploitation, une inquiétude majeure
Pour Jérôme Lauvernay, l’un des principaux problèmes concerne l’absence de couverture contre les pertes d’exploitation. Il rappelle que cette garantie reste souvent inaccessible pour de nombreuses petites et moyennes entreprises en raison de son coût.
« Beaucoup d’entrepreneurs ne sont pas assurés contre la perte d’exploitation parce que cette assurance coûte beaucoup trop cher. »
Pendant ce temps, les charges continuent de courir alors que les salariés ne peuvent pas toujours reprendre leur activité. « Les salaires, les charges sociales, tout continue. Nous attendons de savoir quelles mesures seront mises en place. »
« Beaucoup d’entreprises n’ont plus de trésorerie »
Le président de Detexial estime que cette catastrophe intervient après plusieurs années déjà très difficiles pour les entreprises.
Selon lui, une prolongation de la situation pourrait entraîner de nombreuses défaillances. « Beaucoup de TPE sont déjà en difficulté de trésorerie. Si la situation perdure, nous risquons de voir se multiplier les redressements judiciaires. »
Il rappelle que, derrière les entreprises, ce sont également des emplois qui sont directement menacés. « Les entreprises ont besoin qu’on s’occupe d’elles. On parle d’argent, mais derrière il y a des salariés et des familles. »
Un appel à une véritable solidarité économique
Pour Jérôme Lauvernay, la solidarité observée depuis le début des incendies est remarquable, mais elle devra rapidement être complétée par des mesures financières concrètes.
« Nous avons vécu une véritable guerre régionale contre un incendie exceptionnel. Une guerre régionale nécessitera forcément des moyens financiers extérieurs. L’État devra mettre la main au portefeuille, sinon beaucoup d’entreprises s’écrouleront. »
S’il ne réclame pas systématiquement des aides directes, il estime qu’il faut permettre aux entreprises de reprendre leur activité le plus rapidement possible. « Il faut avant tout donner la possibilité aux salariés de retravailler rapidement. »
Trois urgences pour les semaines à venir
Au-delà de la lutte contre les flammes, Jérôme Lauvernay identifie déjà trois priorités qui devront être traitées une fois la crise immédiate passée : le relogement des personnes sinistrées, la reconstruction du tissu économique et la préservation de l’environnement.
« Il y aura une urgence sur le logement, une urgence économique et une urgence écologique. Ces trois enjeux devront être traités intelligemment et rapidement. »
Chef d’entreprise depuis une trentaine d’années, il affirme avoir traversé plusieurs crises, mais considère que celle-ci nécessitera des réponses rapides et adaptées à la réalité du terrain. « Je fais confiance aux institutions, mais elles devront s’appuyer sur ce que vivent réellement les entrepreneurs. Les artisans et les petites entreprises auront particulièrement besoin d’être accompagnés. »