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« J’ai une dette envers l’armée » : la vie hors norme de Mauricette Boisseau

9 avril 2026 · Actualités · Politique · Société

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À Mérignac, Mauricette Boisseau est partout, mais refuse d’être une figure. Elle préfère le contact direct, les regards, les échanges simples. « J’adore les gens. Et c’est tellement facile d’aimer les gens », dit-elle avec une spontanéité qui résume toute son existence. Arrivée en 1969, elle s’est construite dans l’action, sans calcul, portée par un besoin presque vital d’aller vers les autres. Son parcours démarre de manière anodine : en 1981, elle accompagne son fils à la piscine… et finit par diriger la section natation du club, sans même savoir nager. Une anecdote qui dit tout de son tempérament : elle plonge dans les choses sans attendre d’en maîtriser tous les codes, mais avec une énergie totale.

Son entrée en politique, en 2008, doit beaucoup à Michel Sainte-Marie, qui vient la chercher. Elle doute, refuse d’abord, persuadée de ne pas être à la hauteur. Mais lui insiste. Elle accepte finalement, et trouve dans la vie municipale une extension naturelle de ce qu’elle a toujours fait : être au service des autres. Le terrain devient son espace. Le porte-à-porte, son terrain d’expression favori. « Quand les gens ouvrent leur porte, je leur fais un tel sourire que… ils m’invitent à rentrer », raconte-t-elle. Derrière l’anecdote, une vérité plus profonde : pour elle, la politique n’est pas une stratégie, c’est une relation.

Aujourd’hui, déléguée aux relations publiques et aux affaires militaires, elle incarne ces fonctions avec une implication totale. Elle ne compte ni son temps ni son énergie. « Je ne sais pas ce que ça veut dire, vacances », affirme-t-elle. Mais c’est dans sa mission liée au monde militaire que son engagement prend une dimension plus intime. À Mérignac, où les bases aériennes structurent une part essentielle du territoire, elle organise, coordonne, accompagne, crée du lien entre les armées et la population. Pourtant, ce rôle trouve son origine dans une histoire personnelle bouleversante.

Son fils aîné, militaire, revient après de nombreuses opérations extérieures profondément marqué par un traumatisme psychologique. Le silence, l’isolement, la lente reconstruction deviennent le quotidien. « Un militaire ne parle jamais de ce qu’il a vécu », explique-t-elle. Face à cette épreuve, elle aurait pu se détourner de l’institution militaire. Elle fait le choix inverse. « J’aurais pu en vouloir à l’armée… mais moi, je ne suis pas comme ça. L’armée s’est bien occupée de lui. J’ai une dette envers elle. » Cette phrase, qui donne son titre à cet article, éclaire tout son engagement. Elle transforme une douleur intime en action publique, en reconnaissance active, en présence constante aux côtés de ceux qui servent.

Cette volonté de transmettre se prolonge dans son travail avec les jeunes, notamment les classes défense. Elle les emmène sur les lieux de mémoire, organise des rencontres, fait vivre l’histoire. Pour elle, c’est une nécessité absolue. « Nos jeunes doivent savoir ce qui s’est passé. Pour ne pas le refaire », martèle-t-elle. Elle refuse l’oubli, convaincue que la mémoire est une condition de la liberté. « Si on coupe nos racines, on meurt », ajoute-t-elle avec gravité.

Dans ce combat pour la mémoire, une figure occupe une place à part : Caroline Aigle. Une femme exceptionnelle qu’elle n’a rencontrée qu’une seule fois, mais qui l’a profondément marquée. Pilote de chasse, polytechnicienne, sportive de haut niveau, première femme affectée à un escadron de combat en 1999, Caroline Aigle incarnait l’excellence et la détermination. Elle rêvait d’aller encore plus loin, jusqu’à devenir astronaute. Mais son destin bascule lorsqu’un cancer lui est diagnostiqué pendant sa grossesse. Elle choisit de privilégier la vie de son enfant, lui donne vie , puis meurt à 32 ans quelques jours après. Un choix bouleversant, qui fait d’elle une figure à la fois héroïque et profondément humaine.

Pour Mauricette Boisseau, il ne s’agit pas seulement d’admirer, mais d’agir. Elle se bat pour que le nom de Caroline Aigle soit inscrit dans l’espace public, obtient la création d’une rue, puis le baptême de la base aérienne 204 (une première pour une femme) . Elle rassemble ses objets, crée un espace de mémoire, transmet son histoire. « Je dois le faire. C’est une obligation », affirme-t-elle. Ce n’est pas une posture, mais une nécessité intérieure. Elle se sent dépositaire d’un héritage qu’elle refuse de voir disparaître.

Au fil des années, Mauricette Boisseau s’est imposée comme une figure singulière, non pas par ambition, mais par constance. Elle agit sans relâche, remplace ses collègues, organise, aide, accompagne. Elle ne cherche ni reconnaissance ni lumière. Elle avance, simplement, guidée par une conviction profonde : « Moi, c’est ma vie. » Une vie tournée vers les autres, nourrie par les épreuves, portée par l’amour des gens et le sens du devoir. Une vie qui, sans bruit, laisse une empreinte durable.

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