
« Je veux me prouver à moi-même que tout était possible, même dans un sport dangereux » Lou Méchiche, l’urgence de vivre chevillée au corps
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Installée sur un banc du parc du Presbytère, au Taillan-Médoc, Lou Méchiche parle avec une énergie rare. À ses côtés, PITA, son chien guide, veille calmement. À seulement 20 ans, la jeune femme cumule déjà les titres et les engagements : triple championne du monde de para-surf, conférencière, entrepreneure et désormais élue municipale en charge de la jeunesse et de l’inclusion. Pourtant, derrière ce parcours impressionnant, il y a surtout une histoire de combat, de reconstruction et d’envie irrépressible de vivre pleinement.
Très tôt, la vie de Lou bascule. À deux ans et demi, une tumeur cérébrale est diagnostiquée. Pendant cinq années, elle enchaîne les traitements lourds et 120 séances de chimiothérapie. La maladie laisse des séquelles importantes sur sa vision. Aujourd’hui encore, elle décrit son quotidien avec une formule qui résume tout : « Ma vie est une devinette. » Son œil gauche ne distingue que la lumière et son œil droit lui offre une vision extrêmement réduite. Mais là où certains auraient vu une limite définitive, Lou y a trouvé un moteur.
Le surf comme symbole de liberté
Le surf s’impose rapidement comme une évidence. Un choix presque paradoxal pour une jeune femme malvoyante, dans un sport où l’océan peut devenir dangereux en quelques secondes. Pourtant, c’est précisément ce défi qui l’attire. « Je voulais me prouver à moi-même que tout était possible », confie-t-elle. Après des années de traitements, elle ressent un besoin immense de liberté et d’adrénaline.
Dans l’eau, rien n’est laissé au hasard. Un guide évolue à quelques mètres d’elle pour lui décrire les vagues, les courants et les conditions. Mais Lou s’appuie surtout sur ce qu’elle appelle ses autres repères : le bruit des vagues, le vent, la chaleur du soleil ou encore les sensations sous la planche. « On est à fond dans toutes les sensations », explique-t-elle. Une approche instinctive du surf qui impressionne même les surfeurs valides avec qui elle échange régulièrement.
Son ascension est fulgurante. À seulement 13 ans, elle intègre l’équipe de France de para-surf. Quelques années plus tard, elle décroche plusieurs titres mondiaux en Californie, devenue au fil du temps un lieu incontournable de sa carrière sportive. Mais au-delà des médailles, Lou insiste surtout sur ce que le surf lui apporte intérieurement : « Il y a vraiment cette urgence de vivre. On veut profiter de chaque instant. »
PITA, le chien qui a changé son quotidien
Dans le récit de Lou, impossible de ne pas parler de PITA. Son chien guide occupe une place centrale dans sa vie et dans sa reconstruction personnelle. Avant son arrivée, elle se déplaçait avec une canne blanche et vivait très difficilement le regard des autres. « J’étais invisible », raconte-t-elle. Non pas parce qu’on ne la voyait pas, mais parce que les gens n’osaient pas venir vers elle, par peur de mal faire ou de déranger.
Avec PITA, tout change. Le chien devient un lien avec les autres. Les discussions commencent naturellement, souvent autour de lui avant de glisser vers le handicap. « La canne mettait des barrières, PITA a créé des ponts », explique Lou. Une présence qui lui a aussi permis de retrouver confiance après des années compliquées à l’école, marquées par le harcèlement et le sentiment d’être différente.
Aujourd’hui, elle parle de son handicap avec beaucoup de recul et d’humour. « Il faut appeler un chat un chat », dit-elle sans détour, refusant les précautions excessives autour du mot handicap. Pour elle, la différence ne doit jamais être synonyme de faiblesse.
« Ma tumeur, c’est ma co-détenue »
Parmi les phrases les plus marquantes de l’entretien, il y a cette manière très particulière qu’a Lou de parler de sa maladie. Sa tumeur est toujours présente, stable, mais elle vit avec au quotidien. Et pour désamorcer la peur, elle lui a trouvé un surnom inattendu : « ma co-détenue ».
« On n’a pas le choix d’être ensemble », lance-t-elle avec un sourire. Une façon de parler de cette présence permanente sans dramatiser. Lou refuse de vivre dans l’angoisse d’une rechute. « Que j’y pense ou pas, elle est là », explique-t-elle simplement. Alors elle a choisi de transformer cette réalité en force. Pour elle, cette épreuve a profondément construit la personne qu’elle est devenue aujourd’hui. « Sans ça, je ne serais pas celle que je suis », affirme-t-elle.
Derrière l’humour, il y a surtout une philosophie de vie très forte. Lou parle souvent de « combats positifs ». Après avoir traversé la maladie, elle ne veut plus perdre son énergie dans la colère ou les regrets. Elle préfère avancer, transmettre et inspirer.
Une voix qui dépasse largement le cadre du sport
Au-delà du surf, Lou Méchiche est devenue une véritable figure de sensibilisation autour du handicap, de la résilience et du dépassement de soi. Elle intervient désormais dans des écoles, des associations et des entreprises pour partager son expérience. Dans ses conférences, elle parle autant du sport que de confiance en soi, de regard des autres ou encore de santé mentale.
Elle insiste aussi sur l’importance de l’inclusion et de la différence dans la société. « Les différences sont une force », répète-t-elle régulièrement. Un discours qu’elle porte aujourd’hui jusque dans son engagement politique au Taillan-Médoc, où elle souhaite agir auprès des jeunes pour éviter que d’autres vivent les mêmes difficultés qu’elle.
Et malgré un emploi du temps déjà bien rempli, Lou continue de viser de nouveaux objectifs sportifs. Les prochains championnats du monde sont déjà dans un coin de sa tête. Avec la même détermination qu’au premier jour. Celle d’une jeune femme qui refuse catégoriquement que la peur ou le handicap décident à sa place.