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Jean-Pierre Dionnet : « On ne vit pas la fin du monde, on vit la fin d’un monde »

6 octobre 2026 · Actualités · Associations · Culture · Société

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Figure majeure de la contre-culture française, cofondateur de Métal Hurlant et des Humanoïdes Associés, Jean-Pierre Dionnet était l’un des invités du festival Hypermondes à Mérignac. Au micro de C6 Radio, il a parlé du pouvoir, de l’intelligence artificielle, de notre époque, mais aussi de ses rencontres avec Marlon Brando, René Goscinny ou Brian Aldiss. Un entretien foisonnant avec un homme qui refuse de regarder le monde uniquement dans le rétroviseur.

Le qualifier de représentant majeur de la pop culture française ? Jean-Pierre Dionnet accepte le compliment avec une réserve immédiate : « Ça me va et ça me débecte. »

Lorsqu’il débute à la fin des années 1960, explique-t-il, la culture officielle domine. Avec Métal Hurlant et toute une génération d’auteurs et de créateurs, Jean-Pierre Dionnet participe à la reconnaissance de cette « culture des marges » longtemps tenue à distance.

Aujourd’hui, Jean-Pierre Dionnet observe presque le phénomène inverse et défend aussi Balzac, Mérimée ou Léon Bloy. Pour lui, culture classique et pop culture ne devraient pas s’exclure.

« Il y a toujours quelqu’un qui veut prendre le pouvoir »

À Hypermondes, dont le thème était cette année le pouvoir, Jean-Pierre Dionnet ne pouvait évidemment pas éviter la question.

Celui qui se définit comme un « vieil anar » reconnaît pourtant ne pas croire véritablement à une société débarrassée des rapports de domination.

« Il y a toujours quelqu’un qui veut prendre le pouvoir. »

Mais son regard dépasse largement la politique. Pouvoir économique, pouvoir de la pensée, pouvoir technologique : Jean-Pierre Dionnet voit surtout une société en pleine transformation.

Et lorsque certains annoncent l’effondrement, il préfère nuancer : « On est très orgueilleux de dire qu’on vit la fin du monde. […] On vit la fin d’un monde. »

L’IA comme « compagnon de route »

Même distance face aux discours catastrophistes entourant l’intelligence artificielle.

Jean-Pierre Dionnet l’utilise lui-même et compare son arrivée à celle du chemin de fer, une révolution qui suscita d’abord de nombreuses peurs avant de s’installer dans la société.

Il ne nie pas les dérives possibles, notamment dans la création, mais refuse l’idée d’un remplacement inéluctable de l’être humain.

« Est-ce que l’IA va prendre notre place ? Je ne crois pas. Est-ce qu’elle va devenir notre compagnon de route ? Je le crois. »

Une position qui résume assez bien sa manière d’aborder l’avenir : observer les bouleversements sans nier leurs risques, mais sans céder systématiquement au catastrophisme.

De Marlon Brando à Brian Aldiss

L’entretien prend une autre dimension lorsque Jean-Pierre Dionnet ouvre la boîte à souvenirs.

Il raconte Marlon Brando, avec qui il a passé beaucoup de temps, capable selon lui de changer totalement de regard sur lui-même d’un jour à l’autre : « Le lundi, il était d’une arrogance folle. Le mardi, il disait qu’il était le dernier des cons. […] Le mercredi, il disait qu’il était le plus grand acteur de tous les temps. »

Mais l’une de ses rencontres les plus marquantes reste celle avec l’écrivain britannique Brian Aldiss. Lors d’un séjour à Trieste, celui-ci lui confie une histoire profondément personnelle qu’il n’avait, selon Jean-Pierre Dionnet, jamais racontée.

Lorsqu’il lui demande pourquoi il l’a choisi, Brian Aldiss lui répond : « Parce qu’il fallait que je le raconte à quelqu’un et que je sais qu’on ne se reverra jamais. »

Brian Aldiss mourra deux ans plus tard. Jean-Pierre Dionnet, lui, n’a jamais révélé son secret.

« Chaque désert a abouti à un jardin »

Derrière les rencontres prestigieuses et l’aventure Métal Hurlant, Jean-Pierre Dionnet ne cache pas les périodes beaucoup plus difficiles de sa carrière. Les problèmes financiers, les nuits sans sommeil, les échecs et les moments où il a fallu tout recommencer.

Avec le recul, il en tire une formule qui ressemble presque à une philosophie de vie :

« J’ai traversé des déserts, mais chaque désert a abouti à un jardin. »

Jean-Pierre Dionnet se décrit avant tout comme « extrêmement têtu », convaincu que les périodes difficiles peuvent aussi obliger à repartir vers autre chose.

Après la bande dessinée, le cinéma, la télévision ou encore plusieurs années passées entre Hong Kong et la Chine, Jean-Pierre Dionnet continue ainsi de regarder davantage vers ce qui arrive que vers ce qui a disparu.

Interrogé pour finir sur le super-pouvoir qu’il aimerait posséder aujourd’hui, sa réponse est immédiate : empêcher les gens de raconter n’importe quoi sur Internet sans réfléchir et « obliger les gens qui sont sur les médias malgré eux à dire la vérité ».

Une dernière réponse à l’image de l’entretien : provocatrice, drôle et très sérieuse à la fois.

À Mérignac, Jean-Pierre Dionnet n’est donc pas venu raconter uniquement la grande époque de Métal Hurlant. À bientôt 80 ans, il continue surtout d’interroger le monde qui vient. Et s’il ne sait pas précisément de quoi demain sera fait, une chose semble certaine : la curiosité de Jean-Pierre Dionnet n’a toujours pas pris sa retraite.

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