← Retour aux actualités

« La circonscription de la souveraineté de la France » : quatre défis au cœur de la rentrée de la 6e circonscription

24 septembre 2026 · Actualités · Associations · Culture · Économie · Politique · Société

Recherche contre les cancers pédiatriques, crise du logement, engagement de la jeunesse et conséquences des incendies : la soirée de rentrée de la 6e circonscription de la Gironde a largement dépassé le cadre d’un traditionnel bilan parlementaire. Organisée au Kyriad Prestige de Mérignac autour de Marie Récalde, députée de la circonscription, elle a surtout donné la parole à des acteurs de terrain confrontés à quatre enjeux majeurs du territoire.

Mérignac, Saint-Médard-en-Jalles, Le Haillan, Le Taillan-Médoc, Martignas-sur-Jalle, Saint-Aubin-de-Médoc et Saint-Jean-d’Illac : derrière la notion administrative de circonscription se trouve un territoire confronté à des réalités très différentes.

En ouverture de la soirée, le maire de Mérignac Thierry Trijoulet a insisté sur la volonté de réunir des participants venus d’horizons différents autour de préoccupations communes.

Marie Récalde a ensuite dressé un bilan de son activité parlementaire et locale, évoquant plus de 800 interpellations et dossiers traités depuis juillet 2024, avec trois sujets revenant particulièrement : le logement, l’emploi et l’accès aux droits.

La députée a également insisté sur le poids économique et industriel du territoire, notamment dans l’aéronautique, la maintenance et la défense. Un tissu d’entreprises et de compétences qui lui fait qualifier la 6e de « circonscription de la souveraineté de la France », avec des milliers d’emplois non délocalisables et des possibilités de reconversion professionnelle.

Mais l’essentiel de la soirée s’est ensuite joué autour de quatre témoignages.

Cancers pédiatriques : gagner du temps entre la recherche et le traitement

Premier sujet : la recherche médicale et plus particulièrement les cancers pédiatriques.

Enseignant-chercheur à l’Université de Bordeaux au sein d’une unité travaillant notamment sur les cancers de l’enfant, Martin Hagedorn a détaillé un problème rarement visible du grand public : le temps nécessaire pour transformer une découverte scientifique en traitement réellement disponible pour les patients.

Entre l’identification d’une cible thérapeutique dans un laboratoire et son arrivée auprès des malades, le parcours peut dépasser dix ans.

La recherche fondamentale représente déjà plusieurs années de travail. Viennent ensuite la valorisation des molécules, les essais cliniques et des besoins financiers qui changent complètement d’échelle.

Pour le chercheur, l’un des enjeux consiste donc à accélérer les étapes sur lesquelles il est possible d’agir sans réduire les exigences de sécurité. Une problématique encore plus complexe en pédiatrie, où les populations de patients sont plus faibles et où les traitements destinés aux adultes ne sont pas nécessairement transposables aux enfants.

« Un enfant n’est pas un adulte en miniature », a résumé Marie Récalde au cours de l’échange.

Un débat avec la salle a notamment porté sur la comparaison avec la rapidité de développement des vaccins contre le Covid. Martin Hagedorn a rappelé les différences scientifiques entre ces situations et la nécessité, pour les cancers rares de l’enfant, de travailler à une échelle internationale afin de disposer de suffisamment de données.

Logement : « la dernière porte s’ouvre de moins en moins souvent »

La deuxième séquence a replacé la crise du logement dans une réalité beaucoup plus large que la seule hausse des prix de l’immobilier.

Uriel Thollas, directeur des opérations du Diaconat de Bordeaux, a décrit une chaîne qui se bloque progressivement, de l’hébergement d’urgence jusqu’au logement autonome.

Le Diaconat accompagne environ 5 800 personnes par an sur la métropole bordelaise et dans le Sud-Gironde. Et le profil des personnes confrontées à la précarité évolue : hommes seuls, mais également femmes avec enfants, familles, jeunes, travailleurs pauvres, personnes sortant de l’hôpital ou victimes de violences et, de plus en plus, personnes âgées.

Le problème ne se situe plus seulement à l’entrée des dispositifs d’urgence.

Des personnes accompagnées pendant plusieurs mois, ayant retrouvé des droits, stabilisé leurs ressources et parfois retrouvé un emploi, restent en hébergement faute de pouvoir accéder au parc locatif. Les places qu’elles occupent ne se libèrent donc pas pour celles qui se trouvent à la rue.

« La dernière porte, celle du logement autonome, s’ouvre de moins en moins souvent », a résumé Uriel Thollas.

Une situation qui produit des conséquences en cascade : comment chercher un emploi, suivre correctement sa santé ou permettre à des enfants d’avoir une scolarité stable lorsque la priorité quotidienne reste de savoir où dormir ?

Plusieurs témoignages dans la salle ont prolongé ce constat, notamment le cas d’une mère et de ses deux enfants scolarisés à Mérignac qui se sont retrouvés sans solution pérenne de logement.

Jeunesse : entre inquiétude et envie d’agir

Ancien professeur et proviseur, ancien référent laïcité de l’Académie de Bordeaux et ancien président du centre social La Source au Haillan, Patrick Julienne était chargé d’aborder la démocratie, le bénévolat et l’engagement des jeunes.

Son constat est moins pessimiste sur la jeunesse elle-même que sur le monde auquel elle doit faire face.

Il décrit une génération attachée aux principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, mais confrontée à l’éco-anxiété, aux difficultés de logement, à la précarité étudiante, aux réseaux sociaux et à une forte polarisation du débat public.

Patrick Julienne a également livré, au cours de son intervention, une analyse politique très engagée de la situation nationale et internationale, critiquant plusieurs personnalités et courants politiques. Des prises de position personnelles qui ont accompagné une réflexion plus large sur la place laissée aux jeunes dans le débat public.

Sur le terrain associatif, son constat est beaucoup plus concret.

Au centre social La Source, l’aide aux devoirs mobilise par exemple chaque soir de nombreux bénévoles, tandis que d’autres interviennent dans l’alphabétisation. Pour Patrick Julienne, ces engagements montrent que le bénévolat reste une ressource essentielle, mais qu’il faut parallèlement donner davantage de possibilités aux jeunes de participer directement aux décisions qui les concernent.

« Il faut leur donner ce pouvoir d’agir », a-t-il insisté, regrettant que certaines instances de représentation des jeunes disposent encore de marges de manœuvre limitées.

Une jeune participante a d’ailleurs prolongé la discussion en évoquant la perte de repères, les réseaux sociaux, le rapport à l’information et la nécessité de maintenir des échanges entre les générations.

Après les incendies, la question de « l’habitabilité »

Impossible enfin de tenir cette rentrée sans revenir sur l’événement qui a profondément marqué la Gironde cet été : les incendies.

Maire de Saint-Médard-en-Jalles, Stéphane Delpeyrat-Vincent a raconté cette période depuis un territoire directement menacé par les flammes.

À un moment de la crise, rapporte-t-il, les pompiers lui avaient demandé de se préparer à voir le feu atteindre les habitations. Une évolution météorologique a finalement stoppé sa progression à quelques kilomètres de la ville.

Pour l’élu, cet épisode doit désormais conduire à dépasser la seule gestion de crise. La question devient celle de l’adaptation des territoires à un climat qui change et, derrière elle, de leur capacité à rester habitables dans les prochaines décennies.

Incendies, sécheresses, disponibilité de l’eau, agriculture, protection des logements ou adaptation des infrastructures : Stéphane Delpeyrat-Vincent défend une approche globale et évoque un projet de loi consacré précisément à cette notion d’« habitabilité ».

Son intervention a elle aussi comporté plusieurs prises de position politiques sur l’action nationale et les réponses qu’il estime insuffisantes depuis les incendies. Mais elle a surtout mis en évidence une inquiétude désormais très concrète dans les communes touchées.

À Saint-Médard-en-Jalles, a-t-il raconté, certains enfants restent marqués par l’été au point de craindre un nouveau départ de feu.

Face à cette inquiétude, il a également retenu un autre enseignement de la catastrophe : l’ampleur de la solidarité observée pendant les incendies, entre habitants, pompiers, collectivités, associations, entreprises et bénévoles.

Des préoccupations nationales devenues très locales

Santé, logement, jeunesse, climat : les quatre thèmes choisis auraient pu donner lieu à une succession de débats nationaux. Ils ont surtout montré combien ces questions se matérialisent désormais à l’échelle locale.

La recherche contre les cancers pédiatriques se joue dans les laboratoires bordelais. La crise du logement se traduit par des familles sans solution dans les communes de la métropole. Les difficultés de la jeunesse se retrouvent dans les établissements scolaires et les centres sociaux. Et le changement climatique a pris cet été, en Gironde, la forme très concrète de communes menacées ou évacuées.

C’est sans doute le principal enseignement de cette soirée de rentrée : derrière les grands débats nationaux, ce sont leurs conséquences quotidiennes qui occupent désormais une place croissante sur le territoire.

La rencontre s’est achevée sur une invitation faite aux participants à formuler non pas des « cahiers de doléances », selon l’expression employée au cours de la soirée, mais des propositions et des solutions à faire remonter à l’Assemblée nationale.

Partager sur Facebook ↗ ·