← Retour aux actualités

« Le latin, ce n’est pas une langue morte : on l’utilise tous les jours »

29 avril 2026 · Actualités · Société

🎙 Podcast audio

Un voyage au cœur de l’Antiquité, bien au-delà des manuels

Au collège Aliénor d’Aquitaine de Martignas-sur-Jalle, la salle de classe de Lucile Gazeau s’est récemment ouverte sur bien plus vaste qu’un tableau noir. Du 19 au 25 avril, l’enseignante de latin a emmené ses élèves à Rome, une immersion grandeur nature dans l’Antiquité. « C’est très important d’aller les amener vers les vrais monuments », explique-t-elle. Une conviction confirmée par les élèves. Jade se souvient d’un choc visuel : « C’était surtout plus grand que ce qu’on pouvait imaginer en photo ». Même constat pour Lila, impressionnée par « les mosaïques, les statues » de la basilique Saint-Pierre. Sur place, les ruines ne sont plus de simples images : elles deviennent un témoignage vivant. « C’est impressionnant de se dire qu’il y a des gens avant, ils vivaient là », confie Jade, confrontée à la réalité concrète d’un monde étudié en classe.

L’immensité romaine, entre fascination et prise de conscience

Du port antique d’Ostie à la Villa Adriana, « le Versailles romain », les élèves ont été marqués par la démesure des constructions. « On a du mal à s’imaginer », souligne Lucile Gazeau. Cette confrontation directe permet aussi de mieux comprendre les réalités historiques : derrière la grandeur de l’Empire se cache l’esclavage, indispensable à ces réalisations monumentales. « Pour construire un complexe comme les thermes de Caracalla en cinq ans, il fallait une main-d’œuvre immense », rappelle l’enseignante. Les élèves, eux, prennent conscience du temps et des moyens nécessaires : « Ils ont dû prendre beaucoup de temps », observe Jade, avant de découvrir que cinq ans était en réalité un délai très court pour l’époque. Le voyage devient alors une perspective sur le monde contemporain.

Apprendre autrement : entre autonomie, découvertes et moments partagés

Au-delà des visites, le séjour a aussi permis de révéler une autre facette des élèves. « On découvre les élèves autrement », note Lucile Gazeau. Entre quartiers libres, soirées jeux et un « apéro romain » mêlant saveurs antiques et costumes, l’apprentissage s’est fait autrement. « C’était drôle », racontent les élèves en évoquant leurs professeurs déguisés. Certaines expériences marquent durablement, comme la visite des catacombes ou encore un geste spontané : offrir un repas à un sans-abri. « C’est eux qui ont souhaité lui donner », précise l’enseignante. Le voyage devient ainsi un espace d’autonomie, de solidarité et de cohésion. « Ils apprennent à se débrouiller », souligne-t-elle, loin du cadre strict de la classe.

Défendre le latin : une langue vivante et formatrice

Face aux idées reçues, Lucile Gazeau revendique une vision ouverte du latin. « Il est ouvert à tous, il n’y a pas de critères de réussite scolaire », insiste-t-elle. Si la grammaire peut rebuter « les déclinaisons », reconnaissent les élèves, l’intérêt pour la civilisation reste un moteur puissant. Loin d’être une langue figée, le latin irrigue encore le quotidien : « Toute notre langue est irriguée par ces langues anciennes ». Une conviction forte, qu’elle résume sans détour : « On ne peut pas dire que le latin est une langue morte ». Une phrase qui prend tout son sens après une semaine à Rome, où les élèves ont découvert que derrière chaque mot, chaque monument, se cache un héritage toujours bien vivant.

Partager sur Facebook ↗ ·