
« Le rugby, c’était là que j’arrivais à me dépasser » : Johanna Bigot, l’âme de Melting Drop qui fait rayonner le rugby féminin girondin
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À seulement quelques années de ses débuts dans le rugby, Johanna Bigot s’impose aujourd’hui comme l’un des visages les plus inspirants du rugby amateur féminin en Gironde. Récemment sacrée « Étoile du rugby amateur 2026 », la jeune capitaine de l’équipe féminine de Melting Drop incarne bien plus qu’une réussite sportive. Derrière cette distinction individuelle se cache une trajectoire profondément humaine, faite de dépassement de soi, de confiance retrouvée et d’un engagement collectif rare dans le paysage amateur.
Dans sa voix posée, dans sa manière de toujours replacer le collectif avant elle-même, Johanna Bigot donne immédiatement le ton. « Cette année, on a trouvé une belle cohésion, et je pense que ce trophée-là n’aurait jamais été entre mes mains si je n’avais pas eu une si bonne équipe avec moi », confie-t-elle avec sincérité. Une déclaration qui résume parfaitement celle qui, depuis trois saisons, guide les Melting Drop avec une maturité impressionnante.
D’une adolescente timide du Pays Basque à capitaine respectée en Gironde
Rien ne destinait pourtant Johanna Bigot à devenir une figure du rugby féminin régional. Originaire du Pays Basque, elle découvre ce sport relativement tard, au lycée, alors qu’elle est en classe de seconde. À l’époque, elle intègre simplement une petite section rugby scolaire et ne pratique qu’une fois par semaine, dans le cadre de l’UNSS. Mais très vite, une dynamique collective se crée autour de plusieurs jeunes filles passionnées. Sous l’impulsion d’un entraîneur convaincu du potentiel du groupe, une première section féminine voit alors le jour au club de Nafarroa.
Dans un environnement encore largement masculin il y a quelques années, cette création représente déjà une petite révolution. Pourtant, Johanna garde le souvenir d’un accueil naturel et bienveillant. « On a été bien accueillies à la fois par les garçons, par les dirigeants et par les supporters aussi du club », raconte-t-elle. Une expérience fondatrice pour celle qui découvre alors bien plus qu’un simple sport.
Car derrière les plaquages et les entraînements physiques, Johanna trouve surtout un moyen d’exister autrement. « J’étais quelqu’un de très timide. Et en fait, sur le terrain, cette timidité disparaissait un petit peu. Je me sentais en confiance, je me sentais moi et je me sentais capable. » Dans une époque où le rugby féminin continue de lutter contre de nombreux clichés, cette phrase résonne comme un manifeste. Pour elle, le rugby n’a jamais été une question d’image ou de brutalité. Il est devenu un espace de liberté.
« Le rugby me manquait totalement » : la renaissance bordelaise
Après le lycée, direction Bordeaux pour poursuivre des études supérieures en psychomotricité. Une transition importante qui l’éloigne temporairement des terrains. Pendant deux ans, Johanna met le rugby de côté afin de se consacrer pleinement à ses études et à son adaptation dans une nouvelle ville, dans un contexte post-Covid encore compliqué.
Mais l’éloignement finit par créer un vide. « Le rugby a commencé à bien me manquer. Ah oui, totalement », explique-t-elle sans hésitation. Cette absence agit alors comme une révélation. Ce sport, qu’elle avait découvert presque par hasard quelques années plus tôt, faisait désormais partie intégrante de son équilibre personnel.
Le destin prend alors une tournure inattendue lorsqu’une psychomotricienne membre de Melting Drop diffuse un message de recrutement dans son école. Johanna tente un entraînement, puis un second. Et très vite, l’évidence s’impose. « Je me suis sentie tellement à ma place que je n’ai même pas été testée ailleurs. »
Aujourd’hui diplômée et devenue psychomotricienne, elle poursuit cette double exigence qui la caractérise : construire sa vie professionnelle tout en portant haut les couleurs de son club.
Une compétitrice qui refuse les limites
Sur le terrain, Johanna Bigot ne triche pas. Malgré un gabarit qui suscite parfois des remarques, elle a toujours refusé de se laisser enfermer dans les préjugés. « Quand je disais que je voulais faire du rugby, les gens me demandaient : “Tu es sûre ? Avec ton gabarit, tu vas te faire mal.” Mais justement, c’était un moyen de renforcer mon corps et mon mental aussi. »
Le rugby devient alors une école du dépassement permanent. Une manière de repousser ses propres barrières, physiques comme mentales. « Moi, j’aime bien repousser un petit peu mes limites et aller au combat », affirme-t-elle avec calme.
Cette mentalité explique sans doute pourquoi son absence lors du quart de finale perdu face à Daglan cette saison a été particulièrement difficile à vivre. Blessée, elle a dû assister à la rencontre depuis le bord du terrain. Une frustration immense pour cette compétitrice assumée : « Perdre, ça ne me plaît pas. Et regarder le match de l’extérieur, c’était encore plus frustrant. »
Pour autant, son ambition reste intacte. Et contrairement à ce que pourrait laisser penser sa récente distinction individuelle, Johanna ne se projette pas ailleurs. « L’équipe cette année a montré qu’elle avait des dents et qu’elle était capable d’aller loin. J’espère que ce sera avec cette équipe-là que j’irai loin. »
Melting Drop, un club pas comme les autres
Derrière le parcours de Johanna Bigot se dessine aussi l’identité singulière de Drop de Béton, structure historique créée en 1997 autour du rugby comme outil d’éducation, d’insertion et de lien social. C’est dans cette philosophie qu’est née, en 2008, la section féminine Melting Drop.
Pour Joël Cagnard, l’objectif a toujours été clair : permettre à des femmes de s’émanciper à travers le rugby tout en leur offrant un vrai cadre compétitif. « Les jeunes filles peuvent s’émanciper en pratiquant le rugby, mais aussi avoir des objectifs de résultats. Et ça participe à l’affirmation de soi. »
Le club évolue aujourd’hui dans un équilibre subtil entre compétition et inclusion. Rugby à 10, pratique loisir sans contact, actions sociales, accompagnement des débutantes : Melting Drop refuse de choisir entre ambition sportive et mission sociale.
Cette saison encore, plusieurs joueuses du club ont participé à des actions menées en milieu carcéral, notamment à la prison de Gradignan, dans le cadre des projets sociaux portés par Drop de Béton. Une implication qui correspond pleinement aux valeurs défendues par Johanna Bigot, elle-même désireuse de s’investir davantage dans ces initiatives à l’avenir.
Le rugby féminin face à ses réalités
Comme beaucoup de clubs féminins amateurs, Melting Drop fait face à une réalité exigeante. Malgré 35 licenciées chez les seniors, réunir un effectif suffisant chaque week-end reste parfois un défi. Les déplacements longs, les études, les blessures ou les contraintes professionnelles fragilisent régulièrement l’organisation sportive.
« Cette année, on a quand même réussi à honorer tous les matchs, ce qui n’était pas le cas auparavant », souligne Joël Cagnard. Une progression encourageante qui témoigne d’une structuration progressive du club.
Le rugby pratiqué par les Melting Drop est particulièrement intense : matchs à 10 sur grand terrain, deux mi-temps de trente minutes, engagement physique constant. « À la fin d’un match, on sort rincées, mais c’est satisfaisant de se dire qu’on a tout donné », résume Johanna.
Et malgré les difficultés, les ambitions grandissent. Le club rêve désormais de renforcer ses effectifs pour, peut-être un jour, évoluer vers une équipe à XV.
Le rapprochement avec Mérignac Rugby, un tournant pour l’avenir
Depuis 2025, un rapprochement important a été engagé avec Mérignac Rugby. Une collaboration qui pourrait devenir déterminante dans le développement du rugby féminin local.
Dans cette organisation, Mérignac Rugby prend en charge les plus jeunes catégories mixtes jusqu’aux Minimettes, avant que les joueuses ne rejoignent ensuite les catégories cadettes et seniors de Melting Drop. Une passerelle stratégique qui permet de structurer une véritable filière féminine.
Pour Joël Cagnard, cette entente pourrait aller encore plus loin dans les années à venir. « On espère que ce rapprochement va nous donner davantage de visibilité et peut-être évoluer vers une entente plus profonde. »
Dans un contexte où le rugby féminin connaît une progression constante mais reste fragile dans le monde amateur, cette alliance représente une opportunité majeure pour consolider les effectifs, renforcer la visibilité du club et pérenniser le projet sportif.
Une capitaine devenue symbole
Au fil de l’entretien, une évidence s’impose : Johanna Bigot dépasse aujourd’hui largement son rôle de joueuse. Par son parcours, son discours et son engagement, elle est devenue une ambassadrice naturelle du rugby féminin.
« Le rugby, c’était là que j’arrivais à me dépasser et à me prouver que j’étais capable de plus », explique-t-elle. Une phrase qui résume parfaitement la trajectoire d’une jeune femme ayant trouvé dans ce sport bien plus qu’une passion.
Pour Melting Drop, pour ses coéquipières et pour toutes celles qui hésitent encore à franchir le pas, Johanna Bigot incarne désormais une certitude : le rugby féminin n’est plus une exception. C’est un espace d’émancipation, de confiance et d’ambition.
Et à voir l’énergie qui anime aujourd’hui la capitaine girondine, une chose paraît certaine : l’histoire ne fait que commencer.