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« Les Abeilles ne disparaîtront pas »

10 juin 2026 · Actualités · Sport

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Saint-Jean-d’Illac : entre urgence financière et ambition sportive, les Abeilles Girondines refusent de renoncer

À Saint-Jean-d’Illac, le message est clair. Malgré une situation financière délicate et une décision défavorable de la Commission d’aide et de contrôle des clubs professionnels de volley-ball (CACCP), les Abeilles Girondines n’entendent ni baisser les bras ni abandonner leurs ambitions. Derrière les inquiétudes suscitées par l’annonce récente du club, son président Bernard Monblanc affiche une détermination intacte et refuse tout catastrophisme. « Le club vit une période sérieuse, mais il ne faut pas confondre sérieux et catastrophe », insiste-t-il. Plus qu’une crise, le dirigeant préfère parler d’une phase de transition destinée à préparer un avenir plus solide.

L’enjeu est pourtant considérable. Dans les prochaines semaines, le club devra convaincre les instances nationales de sa capacité à présenter un modèle économique durable afin de conserver sa place au sein du volley professionnel. Un défi majeur pour une structure qui représente depuis plusieurs décennies l’un des principaux étendards du volley-ball girondin.

Quand la réussite sportive se heurte à la réalité économique

Le paradoxe est frappant. Alors que les résultats sportifs des Abeilles Girondines figurent parmi les plus satisfaisants de ces dernières années, le club se retrouve confronté à des difficultés financières qui menacent son avenir immédiat. L’équipe masculine a terminé à la deuxième place de Ligue B et réalisé une seconde partie de saison remarquable. Le Centre de Formation a décroché le titre de vice-champion de France, confirmant la qualité du travail effectué auprès des jeunes talents. Malgré cela, la réalité comptable a rattrapé le terrain.

Selon Bernard Monblanc, la décision de la commission n’a rien d’une surprise totale. Elle résulte d’une analyse des trois dernières saisons et notamment des conséquences laissées par l’accession historique du club en Ligue A lors de la saison 2023-2024. « Monter en Ligue A a été une expérience extraordinaire pour le club. Mais sur le plan financier, cela a laissé des traces importantes », reconnaît-il.

Cette aventure au plus haut niveau du volley français a permis aux Abeilles de gagner en visibilité, mais elle a également généré des coûts particulièrement élevés. Depuis, plusieurs partenaires historiques ont réduit leur engagement financier tandis que certaines collectivités ont elles-mêmes dû faire face à des contraintes budgétaires accrues. « Nous payons encore aujourd’hui certaines conséquences de cette montée », admet le président, tout en refusant de remettre en cause le travail accompli par ses prédécesseurs. « Rien n’est à jeter. Le club a été porté au plus haut niveau grâce à un travail remarquable. Aujourd’hui, il faut simplement en tirer les enseignements. »

50 000 euros pour sécuriser l’avenir immédiat

Derrière les chiffres se cache une réalité relativement simple. Avec un budget annuel avoisinant les 800 000 euros, les Abeilles Girondines doivent encore réunir entre 40 000 et 50 000 euros pour rassurer définitivement les instances de contrôle. Une somme importante mais loin d’être insurmontable selon Bernard Monblanc. «  Si nous arrivons à collecter 40 000 à 50 000 euros supplémentaires, nous pourrons présenter une solution pérenne pour le club. »

Les premiers signaux sont encourageants. La Région Nouvelle-Aquitaine a anticipé le versement d’une aide prévue au budget. La Ville de Saint-Jean-d’Illac a également renforcé son soutien financier. « Il y a une véritable prise de conscience de l’importance du volley pour notre territoire », souligne le président. Mais cela ne suffira pas. Le club poursuit désormais un véritable sprint contre la montre. Partenaires, mécènes, supporters et sympathisants sont appelés à participer à l’effort collectif. « Le club a besoin de vous », résume Bernard Monblanc. « Mais attention, ce n’est pas un appel de détresse. Nous ne sommes pas dans une situation catastrophique. Nous sommes dans une phase où chacun peut contribuer à construire la suite de l’histoire. »

Une mobilisation générale autour d’un club emblématique

L’émotion suscitée par l’annonce des difficultés financières a provoqué une réaction rapide dans l’écosystème local. Pour Bernard Monblanc, ce soutien constitue déjà une première victoire. « Nous avons reçu des messages immédiats de partenaires qui ont voulu témoigner leur solidarité et demander comment ils pouvaient aider le club. »

Cette mobilisation prendra notamment forme lors d’une grande soirée organisée le 24 juin au Château de Rouillac à Canéjan. Partenaires, mécènes et soutiens du club seront réunis autour d’un cocktail dînatoire signé par le chef étoilé Stéphane Carrade, avant une vente aux enchères de grands crus bordelais.

L’objectif est double : renforcer les liens avec les acteurs économiques locaux et récolter les fonds nécessaires pour franchir ce cap délicat. Dans l’esprit du président, cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir économique du sport. « Aujourd’hui, les clubs doivent apprendre à diversifier leurs ressources. Les subventions seules ne suffisent plus. »


Un modèle à repenser pour le volley français

Au-delà du cas des Abeilles Girondines, Bernard Monblanc voit dans les difficultés actuelles le symptôme d’un problème plus profond qui touche de nombreux clubs sportifs français. La baisse des financements publics, les contraintes budgétaires des collectivités et les difficultés économiques rencontrées par certaines entreprises partenaires créent un effet domino dont les associations sportives subissent directement les conséquences. « Les habitudes d’hier ne fonctionneront plus demain », estime-t-il.

Le président regrette notamment le manque de visibilité dont souffre le volley-ball français malgré les succès retentissants de l’équipe de France, double championne olympique en 2021 puis en 2024. « Le volley manque encore de visibilité médiatique. Pourtant, c’est un sport qui fait rêver et qui produit des résultats exceptionnels au niveau international. » Selon lui, la professionnalisation du modèle économique constitue désormais une nécessité pour l’ensemble des clubs souhaitant évoluer durablement à haut niveau.

Des choix sportifs assumés pour préserver l’essentiel

Face à cette situation, les dirigeants des Abeilles Girondines ont déjà commencé à prendre des mesures structurelles. La principale décision concerne l’équipe féminine. Engagées cette saison en Élite, les joueuses évolueront à l’échelon inférieur lors du prochain exercice.

Une décision difficile mais jugée indispensable pour préserver l’équilibre global du club. « Ce n’est absolument pas un sacrifice du sport féminin », insiste Bernard Monblanc. « C’est une décision de gestion. Nous préférons construire quelque chose de solide plutôt que maintenir artificiellement un niveau qui ne correspond plus à nos moyens actuels. »

Le Centre de Formation, en revanche, demeure une priorité absolue. Vice-champion de France cette saison, il représente l’un des principaux motifs de fierté du club. « C’est un outil indispensable. Il permet d’alimenter l’équipe première et démontre chaque année la qualité du travail réalisé. »

Chez les garçons, les ambitions restent intactes. Malgré plusieurs départs de joueurs performants, l’objectif demeure de figurer parmi les meilleures équipes de Ligue B. « Le top 4 reste notre objectif », affirme le président. « Quand on entre sur un terrain, c’est pour gagner. Sinon, on reste à la maison. »

Une nouvelle identité pour élargir l’horizon

La restructuration engagée par le club ne se limite pas aux finances ou à l’organisation sportive. Elle concerne également son identité. Le changement de nom vers « Abeilles Girondines » répond à une stratégie clairement assumée : dépasser le cadre strict de Saint-Jean-d’Illac pour rayonner sur l’ensemble du territoire girondin. « Nous voulons étendre notre territoire d’influence à toute la Gironde, à la métropole bordelaise et au Bassin d’Arcachon », explique Bernard Monblanc.

L’objectif est de renforcer l’attractivité du club auprès des partenaires économiques tout en consolidant son ancrage territorial. Dans une région où la concurrence est forte avec des institutions sportives majeures comme l’UBB, les Girondins ou les Boxers de Bordeaux, les Abeilles veulent continuer à exister et à grandir.

« Les feux sont passés du rouge à l’orange »

À l’approche de l’échéance décisive de la fin juin, Bernard Monblanc reste prudent mais résolument optimiste. « Je suis conscient que le match n’est pas gagné. Mais un match se joue jusqu’à la dernière minute. »

Le dirigeant estime que la sincérité du discours porté par le club a déjà commencé à produire ses effets. « Nous avons joué la transparence. Les gens comprennent que ce club est un patrimoine sportif du territoire. »

Fondées il y a plus de cinquante ans, les Abeilles Girondines constituent en effet l’une des références historiques du volley-ball régional. Et malgré les difficultés du moment, leur président refuse toute idée de disparition. « Les feux sont passés du rouge à l’orange. Et demain, ils passeront au vert », assure-t-il.

Une conviction résumée par une phrase devenue aujourd’hui le symbole de la mobilisation en cours : Les Abeilles ne disparaîtront pas.

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