
Miss Harmony : Emma Angeard et Emeline Pelloile, deux parcours, une même ambition pour la Nouvelle-Aquitaine
Après leur élection régionale, Emma Angeard et Emeline Pelloile se préparent à représenter la Nouvelle-Aquitaine lors de la finale nationale de Miss Harmony, le 3 octobre 2026 à La Bresse, dans les Vosges. Dans un entretien accordé à C6 Radio, les deux candidates reviennent sur une aventure qui dépasse largement la seule question d’une couronne. Entre confiance en soi, engagement associatif, lutte contre le harcèlement scolaire et défense des aidants, elles racontent deux trajectoires très différentes réunies par un même concours.
Le 25 avril dernier, à Saint-Christoly, Emma Angeard et Emeline Pelloile vivaient une soirée qu’elles n’avaient pas imaginée de la même manière. Quelques mois plus tard, les deux femmes se retrouvent pourtant côte à côte, avec une écharpe, une couronne ou un titre, et surtout une échéance commune : la finale nationale de Miss Harmony, prévue le 3 octobre 2026 à La Bresse, dans les Vosges.
Leurs profils sont pourtant très éloignés. Emma, 21 ans, a depuis plusieurs mois engagé une nouvelle étape professionnelle : elle possède une auto-entreprise depuis environ un an et demi et prépare désormais l’ouverture de son local commercial. Entre démarches administratives, décoration et lancement de son activité, elle continue également ses différentes passions, notamment autour de son cheval, du handball et du twirling bâton.
Emeline, 36 ans, présente quant à elle un parcours marqué par l’engagement familial. Née à Bordeaux, fille unique, elle explique être aidante depuis dix ans et avoir accompagné cinq membres différents de sa famille. À côté de cette responsabilité, elle poursuit également ses activités, notamment au sein d’une équipe de pom-pom girls.
Une rencontre que rien ne semblait annoncer
Si Miss Harmony n’avait pas croisé leurs chemins, Emma et Emeline reconnaissent qu’elles auraient probablement eu peu de chances de se rencontrer. Elles ne vivent pas dans la même ville et leurs parcours de vie sont très différents.
Le concours a donc créé bien davantage qu’une simple confrontation entre candidates. Les deux femmes parlent aujourd’hui d’une véritable amitié. Emeline décrit Emma comme son « pilier d’aventure », tandis que toutes deux insistent sur l’importance de vivre cette expérience à deux.
Cette complicité s’est construite notamment lors des deux jours de préparation précédant l’élection régionale. Malgré le stress, les répétitions et les interrogations qui accompagnent une soirée de résultats, elles disent avoir surtout retenu la richesse humaine de l’expérience. Même sans couronne, chacune estimait avoir gagné en capacités, en connaissances et en rencontres.
Le 25 avril, entre stress, fierté et émotion
À quelques instants de l’annonce des résultats, l’état d’esprit des candidates est partagé entre fatigue, tension et fierté. Toutes deux avaient conscience d’avoir déjà franchi une étape importante.
Emma, finalement sacrée Miss Harmony Nouvelle-Aquitaine 2026, raconte avoir été profondément bouleversée lorsqu’elle a entendu son numéro de candidate. Avant même l’annonce officielle, Sarah, une autre candidate, lui avait adressé ses félicitations. Lorsque son numéro a finalement été appelé, Emma s’est effondrée dans ses bras.
Elle décroche également le Prix du Public, une distinction qu’elle apprécie mais qui, à ses yeux, reste secondaire par rapport à la couronne régionale. Le prix constitue néanmoins une reconnaissance particulière puisqu’il repose sur la mobilisation des internautes à travers les likes et les partages sur les réseaux sociaux.
Emeline, elle, repart avec le titre de Révélation Miss Harmony Nouvelle-Aquitaine 2026. Une distinction nouvelle puisque le titre a été créé pour la première fois cette année et expérimenté dans plusieurs régions. Son principe permet à une deuxième candidate de représenter sa région aux côtés de la Miss lors de l’élection nationale.
Elle ne s’y attendait pas particulièrement. Ce soir-là, son objectif était surtout d’avoir vécu une belle expérience et que la soirée se soit bien déroulée pour l’ensemble des candidates.
Deux titres, mais surtout deux histoires
Après l’annonce, les premiers regards se tournent naturellement vers les proches.
Pour Emma, ce sont ses parents et sa famille qui attirent immédiatement son attention. Malgré les projecteurs qui empêchent de distinguer clairement les visages, elle reconnaît les cris, les applaudissements et les sifflements de ses proches.
Emeline cherche également ses parents et son compagnon. Elle entend d’abord le meilleur ami de ce dernier, qui s’est mis à crier de joie sans même sembler réaliser immédiatement ce qui venait de se produire.
Derrière les titres, ce sont donc les liens personnels qui apparaissent comme l’un des moteurs essentiels de cette aventure.
Emma Angeard : « 2026, c’est mon année »
Lors d’une précédente rencontre, Emma avait affirmé : « 2026, c’est mon année ». Quelques mois plus tard, cette phrase prend une résonance particulière.
Pourtant, elle assure ne pas avoir eu d’information privilégiée. À l’origine, elle devait simplement intervenir comme maquilleuse pour le comité. Puis une proposition lui a été faite : pourquoi ne pas devenir candidate ? Elle accepte. Quelques mois plus tard, elle est élue et se prépare désormais à participer à la finale nationale.
Le parcours illustre à lui seul la manière dont l’aventure s’est construite : sans plan préétabli, mais avec une succession d’occasions saisies au bon moment.
Une couronne pour reprendre confiance
Pour Emma, cette expérience revêt aussi une dimension personnelle.
Lors d’une précédente interview, elle expliquait vouloir participer au concours pour gagner en confiance. Quelques mois plus tard, le bilan reste nuancé. Porter une écharpe et une couronne attire les regards et oblige à accepter une nouvelle forme de visibilité. La reconnaissance apporte donc de la confiance, mais elle impose également de supporter les commentaires et le regard des autres.
La couronne représente aussi, d’une certaine manière, une réponse à la jeune Emma de 14 ans, qui avait beaucoup de difficultés avec son corps, son physique et son rapport à elle-même. Aujourd’hui, elle affirme vouloir être fière de la femme qu’elle est devenue et considère les épreuves traversées comme une partie de sa construction personnelle.
Cette évolution donne une dimension particulière à son titre : au-delà de la compétition, il devient pour elle un symbole de chemin parcouru.
Faire de la couronne un outil contre le harcèlement
Emma entend désormais utiliser la visibilité que lui procurent son écharpe et sa couronne pour porter un message qui lui tient particulièrement à cœur : la lutte contre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement.
À l’approche de la rentrée scolaire, elle souhaite intervenir dans les établissements, d’abord dans les écoles élémentaires et les collèges, et envisage d’étendre cette démarche à l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine. Elle prévoit de travailler avec les enseignants et les directions afin d’adapter ses interventions aux différents publics.
Une démarche directement liée à son propre vécu, mais qu’elle veut transformer en action concrète. La couronne ne serait donc pas seulement un symbole : elle doit devenir un moyen supplémentaire de prendre la parole et d’aller à la rencontre des jeunes.
Emeline Pelloile : une candidature née dans une période difficile
L’histoire d’Emeline avec Miss Harmony est radicalement différente.
Elle découvre le concours alors qu’elle traverse une période particulièrement difficile. Au moment de remplir son formulaire d’inscription, elle est en plein deuil. Elle décrit une période de colère, de solitude et d’interrogations face à la maladie, à la mort et à l’isolement.
Elle décide pourtant de candidater, presque instinctivement. Son objectif n’est pas de devenir une reine de beauté. Elle voit dans cette aventure une possibilité de parler, de briser certains silences et de sensibiliser autour de réalités parfois difficiles à évoquer.
Ce n’était donc pas un rêve d’enfant. C’était une opportunité saisie dans un moment de fragilité.
Son entourage, d’abord surpris, ne comprend d’ailleurs pas immédiatement sa décision. Emeline doit expliquer ce qu’est Miss Harmony et ce que représente réellement cette aventure. Aujourd’hui, ses proches sont devenus ses premiers soutiens : certains affichent même le QR code permettant de voter pour elle sur leur voiture.
Défendre les aidants : le combat d’Emeline
Si Emma veut utiliser sa visibilité pour parler du harcèlement, Emeline souhaite mettre la lumière sur une autre réalité souvent méconnue : l’aidance.
Depuis dix ans, elle accompagne des membres de sa famille confrontés notamment au cancer, au handicap ou à différentes maladies. Elle explique avoir notamment accompagné son père dans sa fin de vie et estime que les aidants sont souvent confrontés à une profonde solitude et à un manque de lisibilité dans les dispositifs qui existent.
Son ambition est de contribuer à faire connaître cette réalité, mais aussi de rappeler que l’aidant ne doit pas disparaître derrière la personne qu’il accompagne.
Emeline insiste notamment sur le droit de conserver sa propre vie, de poser des limites et de reconnaître son statut d’aidant. Elle souligne également que de nombreuses personnes ne prennent pas immédiatement conscience qu’elles sont elles-mêmes aidantes.
Pour elle, l’écharpe doit donc devenir un outil de sensibilisation : montrer que l’aidance concerne potentiellement chacun d’entre nous et qu’il est possible d’accompagner un proche tout en continuant à exister pour soi-même.
Loin du cliché de la « Miss » uniquement physique
L’un des thèmes forts de l’entretien concerne justement l’image encore attachée aux concours de Miss.
Emma et Emeline constatent que les préjugés restent nombreux. Dans l’imaginaire collectif, une Miss devrait encore correspondre à des critères physiques précis, notamment une certaine taille ou une apparence standardisée. Emeline rappelle avec humour qu’elle mesure une quinzaine de centimètres de moins que le fameux mètre soixante-dix souvent associé à cet univers.
Pour les deux candidates, le concours va pourtant bien au-delà de l’apparence. Elles évoquent l’élégance, la capacité à s’exprimer, le travail nécessaire pour défiler et l’investissement personnel que suppose une telle aventure.
Emma relève d’ailleurs que, lorsqu’elle démarche des partenaires, certaines réactions restent centrées sur son physique. Selon elle, le défi consiste justement à montrer que derrière une couronne se trouvent aussi des valeurs, des engagements et des responsabilités.
Le principe de Miss Harmony, tel qu’elles le décrivent, repose précisément sur cette diversité. Lors de la sélection régionale, les candidates avaient des âges, des parcours et des histoires différents. Pour Emma, cette diversité est précisément l’une des raisons qui l’ont convaincue de participer au concours.
« Plus de solidarité que de compétition »
Autre particularité mise en avant par les deux candidates : l’ambiance entre participantes.
Les réseaux sociaux ne sont pas présentés uniquement comme un espace de comparaison. Ils constituent aussi un moyen de faire connaître les candidates et le comité, mais surtout de créer des liens entre les participantes.
Emeline raconte notamment avoir reçu l’aide de plusieurs candidates lorsqu’elle rencontrait des difficultés pour trouver une pièce de l’une des tenues imposées. Les autres lui ont immédiatement transmis des références et des idées. Pour elle, cette expérience démontre qu’il existe davantage de solidarité que de compétition.
Cette solidarité dépasse d’ailleurs le simple groupe régional. Les candidates échangent régulièrement et se soutiennent, y compris lorsqu’elles ne se sont pas encore toutes rencontrées.
Emma et Emeline, un binôme qui fonctionne
Lorsqu’elles parlent l’une de l’autre, les deux femmes ne manquent pas de bienveillance.
Emma décrit Emeline comme quelqu’un de très drôle, une partenaire avec laquelle elle partage de nombreux moments de complicité. Emeline, de son côté, retient avant tout la bonté d’Emma, qu’elle associe à sa bienveillance, son sourire et sa capacité à apporter une forme de fraîcheur.
Elles expliquent également être souvent sur la même longueur d’onde, au point de faire parfois les mêmes choses presque simultanément sans même s’être concertées. Lorsqu’un désaccord apparaît, elles disent être suffisamment matures pour en parler et rétablir rapidement l’équilibre.
Une complicité qui pourrait être précieuse à l’approche de la finale nationale.
Le 3 octobre, la Nouvelle-Aquitaine veut jouer sa carte
La prochaine étape est désormais clairement identifiée : le 3 octobre 2026 à La Bresse, dans les Vosges, pour l’élection nationale de Miss Harmony. Et le clin d’œil est plutôt amusant : ni Emma ni Emeline ne savent skier. La destination, connue pour ses sports d’hiver, ne les impressionne donc pas particulièrement pour cette raison.
Sur le plan sportif, en revanche, les ambitions sont bien réelles.
Emma, déjà titrée au niveau régional, entend aller jusqu’au bout. Elle revendique son tempérament de compétitrice et affirme vouloir viser la couronne nationale.
Emeline affiche une ambition légèrement différente. Consciente que le rôle d’une Miss nationale demande une grande disponibilité, alors qu’elle mène déjà une vie très chargée, elle garde les pieds sur terre. Son objectif minimal est néanmoins clair : réaliser un doublé dans le top 5 pour la Nouvelle-Aquitaine.
Réussir, ce ne sera pas seulement gagner
À l’approche de la finale, les deux candidates partagent finalement une définition plus large de la réussite.
Lorsqu’on leur demande ce qui leur permettrait de rentrer en Nouvelle-Aquitaine en se disant « j’ai réussi », la réponse dépasse le classement. Il s’agit d’abord d’aller au bout de l’aventure, de donner le maximum et de pouvoir regarder le parcours accompli avec satisfaction.
Cette philosophie résume assez bien leur parcours.
Emma est entrée dans l’aventure avec le désir de gagner en confiance et se retrouve aujourd’hui à la tête d’un titre régional, avec une volonté affirmée de défendre une cause qui lui est personnelle.
Emeline, elle, a rempli un formulaire presque sur un coup de tête, dans une période de deuil et de questionnement. Elle repart aujourd’hui avec un titre de Révélation et l’intention de parler d’une réalité qui accompagne sa vie depuis une décennie : celle des aidants.
Deux femmes, deux combats, une même scène
Le 3 octobre, Emma Angeard et Emeline Pelloile monteront donc sur la même scène pour représenter la Nouvelle-Aquitaine. Mais elles n’y arriveront pas avec la même histoire.
Emma portera son expérience du harcèlement et son ambition de transformer sa visibilité en actions auprès des jeunes. Emeline portera son expérience d’aidante et son envie de donner une voix à celles et ceux qui accompagnent un proche dans la maladie, le handicap ou la dépendance.
Toutes deux reconnaissent que l’écharpe et la couronne donnent de la visibilité, mais aussi une responsabilité : représenter un comité, ses valeurs et les engagements associés à leur titre. Pour elles, il ne s’agit donc pas simplement de « paillettes », mais d’un rôle à tenir pendant toute leur année de règne.
Avant de monter sur scène à La Bresse, il restera pourtant un dernier face-à-face : celui avec leur propre reflet.
Emma aimerait pouvoir se dire qu’elle est une battante et qu’elle a réussi. Emeline, fidèle à son tempérament de pom-pom girl, préfère une formule plus directe : se rappeler qu’elle est une « bête de scène » et qu’il faut y aller.
Deux phrases différentes, à l’image de deux personnalités différentes. Mais derrière elles, une même volonté : aller jusqu’au bout, profiter de l’aventure et faire de cette visibilité quelque chose qui dépasse largement une couronne.