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« Nos hôtels ne sont pas des dortoirs, ce sont des lieux de vie » : le groupe Gaulin cultive son ADN familial et prépare l’avenir

2 avril 2026 · Actualités · Économie

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Par C6 Radio – Grand entretien

Dans un secteur hôtelier en pleine mutation, entre incertitudes économiques et nouvelles attentes des clients, le groupe Gaulin (Hôtel Mercure Aéroport, Hôtel Mercure Bordeaux Lac, Ibis Budget Mérignac, Ibis Styles Mérignac et Hippopotamus Bordeaux Lac) avance avec une boussole claire : ses valeurs familiales. À la tête de cette entreprise ancrée à Mérignac et Bordeaux, Victoria Gaulin, directrice générale, et Théo Ternoir, commercial, ont livré une vision à la fois lucide et ambitieuse lors d’un entretien approfondi. Retour sur une histoire singulière et un avenir en construction.

Une entreprise née d’un parcours hors norme

Derrière le groupe Gaulin, il y a d’abord une trajectoire personnelle. Celle de Marc Gaulin, père de Victoria, dont l’histoire imprègne encore aujourd’hui la culture de l’entreprise.

Issu d’un milieu ouvrier à Argenteuil, fils d’un résistant communiste, il construit son parcours à la force du travail et de la persévérance. Diplômé en droit, il fonde un cabinet d’huissier qui deviendra l’un des plus importants de France, notamment grâce à une innovation majeure : la mise en place du recouvrement téléphonique.

« Le combat, la persévérance… ce sont des valeurs qui viennent de lui et qui structurent encore notre quotidien », souligne Victoria Gaulin.

C’est cette réussite entrepreneuriale qui lui permet, au début des années 1990, d’investir dans un projet audacieux : construire un hôtel dans une zone encore peu développée, à proximité de l’aéroport de Bordeaux.

De terrains vagues à un groupe structuré

Lorsque le premier établissement ouvre en 1991, le paysage de Mérignac est bien différent d’aujourd’hui. Peu d’infrastructures, une activité limitée… mais une intuition forte.

Le succès est immédiat. L’établissement devient rapidement une référence, notamment grâce à des partenariats avec les compagnies aériennes et une offre complète mêlant hébergement, restauration et séminaires.

Aujourd’hui, le groupe Gaulin regroupe cinq établissements majeurs :

  • Hôtel Mercure Bordeaux Aéroport
  • Hôtel Mercure Bordeaux Lac
  • Hôtel Ibis Budget Mérignac Aéroport
  • Hôtel Ibis Styles Mérignac Aéroport
  • Restaurant Hippopotamus Bordeaux Lac

Avec près de 450 chambres et des espaces de réception importants, le groupe s’est imposé comme un acteur clé de l’hôtellerie bordelaise, notamment sur le segment affaires.

« Le côté familial, c’est le cœur de tout »

Plus qu’un simple argument, la dimension familiale est revendiquée comme un pilier stratégique.

« Je ne serais pas là si ce n’était pas familial. Mais au-delà de ça, ce sont des valeurs qu’on vit au quotidien », affirme Victoria Gaulin.

Un ressenti partagé par Théo Ternoir, pourtant extérieur à la famille :
« On s’y sent comme dans une famille. Même en étant arrivé il y a un an et demi, c’est quelque chose de très présent. »

Cette culture interne se traduit par une forte attention portée aux équipes. Le groupe compte environ 200 collaborateurs, et l’accompagnement humain est devenu central.

« Aujourd’hui, 70 % de mon travail, c’est de l’humain », insiste la dirigeante. « On prend le temps d’écouter, d’accompagner. C’est essentiel pour fidéliser. »

La transmission, entre légitimité et transformation

Arrivée progressivement à la tête du groupe, Victoria Gaulin a dû trouver sa place. Loin de s’imposer brutalement, elle choisit d’observer, d’apprendre et de faire ses preuves.

« Je me suis laissée six mois pour comprendre, comme tout le monde. Il fallait gagner en crédibilité. Alors j’ai travaillé. »

Son objectif n’est pas de rompre avec l’héritage, mais de le structurer et de l’adapter :
« Il ne s’agit pas de tout changer, mais de stabiliser, structurer et comprendre le monde dans lequel on évolue. »

Le choc du Covid et ses conséquences durables

Comme l’ensemble du secteur, le groupe Gaulin a été durement touché par la crise sanitaire.

Fermeture totale des établissements, chute brutale du chiffre d’affaires, recours aux prêts garantis par l’État…
« On s’en souviendra toute notre vie. Il a fallu fermer du jour au lendemain, sans visibilité. »

Si l’activité a repris, les effets se font encore sentir, notamment à travers le remboursement des PGE et une transformation durable du marché.


2026 : transformer l’hôtel en lieu de vie

Face à ces mutations, le groupe opère un repositionnement stratégique clair : faire de ses établissements des espaces ouverts, vivants et connectés au territoire.

« Nos hôtels ne sont pas des dortoirs, ce sont des lieux de vie », affirme Théo Ternoir.

Afterworks, événements professionnels, rencontres locales… les initiatives se multiplient pour attirer une clientèle nouvelle, notamment locale.

L’objectif est double :

  • faire découvrir les établissements autrement
  • créer du lien entre les acteurs économiques

« On veut que les gens viennent aussi pour boire un verre, dîner, rencontrer du monde. »

Miser sur l’ancrage local et les circuits courts

Autre axe fort : le développement de partenariats locaux.

« On peut travailler avec tout le monde, du petit producteur à la grande entreprise. C’est notre bataille pour 2026 », explique Victoria Gaulin.

Cette stratégie vise à renforcer l’identité territoriale du groupe tout en créant des expériences différenciantes pour les clients.

Un marché sous tension et une visibilité réduite

Malgré ces ambitions, les incertitudes restent fortes.
Baisse du pouvoir d’achat, évolution des habitudes de voyage, concurrence accrue…

« Aujourd’hui, on navigue à vue. Avant, on avait une visibilité à un mois ou plus. Maintenant, les réservations se font à la dernière minute. »

Le week-end, notamment, reste un défi pour les hôtels de zone aéroportuaire. Le groupe mise donc sur des offres loisirs et des expériences personnalisées pour attirer une nouvelle clientèle.

S’adapter sans perdre son identité

Entre transformation du marché et fidélité à ses racines, le groupe Gaulin avance sur une ligne de crête.

Développement maîtrisé, ancrage territorial, innovation dans les usages… mais sans dispersion.

« Si on se développe, ce sera toujours avec notre ancrage local. C’est une force, il ne faut pas la perdre. »

Une ambition claire : devenir « the place to be »

Au-delà des défis, une vision se dessine : faire des établissements du groupe des lieux incontournables du territoire.

« Peu importe le format : afterwork, séminaire, mariage… on veut pouvoir tout faire, sur mesure », résume Théo Ternoir.

Une ambition assumée, portée par une nouvelle génération… mais solidement enracinée dans une histoire familiale.

Entre héritage et innovation, le groupe Gaulin incarne une certaine idée de l’hôtellerie : humaine, locale et vivante. Un modèle qui, à l’heure des incertitudes, pourrait bien faire la différence.

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