
« On ne peut pas rester sans soigner nos enfants qui sont notre avenir » : Marie Récalde porte son combat jusqu’à l’Assemblée
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Au cœur du parc du Vivier à Mérignac, la députée de la 6e circonscription de la Gironde revient sur trois grands défis qui marquent son engagement : la lutte contre les cancers pédiatriques, l’urgence climatique et la proportionnelle.
Sous les arbres du parc du Vivier, à Mérignac, l’ombre est précieuse. Alors que la chaleur s’installe durablement sur la métropole bordelaise, Marie Récalde prend le temps d’évoquer les combats qui rythment aujourd’hui son mandat de députée de la 6e circonscription de la Gironde. Un échange à la fois politique, humain et profondément ancré dans les préoccupations du territoire. Au premier rang de ses priorités figure un texte qu’elle défend depuis plusieurs années : une proposition de loi destinée à accélérer la recherche et surtout la mise sur le marché de médicaments spécifiquement conçus pour les enfants atteints de cancer.
Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale il y a quelques jours, ce texte représente pour l’élue socialiste bien davantage qu’une victoire parlementaire. « C’est un long combat », résume-t-elle. Un combat mené aux côtés des associations de parents, des médecins, des chercheurs et des familles confrontées à une réalité souvent méconnue du grand public.
Cancers pédiatriques : le combat contre une injustice médicale et économique
Derrière les avancées médicales régulièrement mises en avant dans la lutte contre le cancer, une réalité demeure : les cancers pédiatriques restent les parents pauvres de l’innovation pharmaceutique. Une situation que Marie Récalde juge désormais inacceptable.
Aujourd’hui encore, de nombreux enfants atteints de cancers sont soignés avec des traitements développés à l’origine pour les adultes. Si ces protocoles permettent de sauver des vies, ils entraînent souvent des conséquences lourdes à long terme. « Les enfants qui survivent à la maladie auront toute leur vie des séquelles médicales importantes, allant jusqu’à l’infertilité, des crises d’épilepsie ou d’autres pathologies très lourdes », rappelle-t-elle.
Le problème n’est pas tant celui de la recherche fondamentale. Les chercheurs travaillent. Les découvertes existent. Les laboratoires hospitaliers français, notamment à Bordeaux ou à Gustave-Roussy, figurent parmi les plus performants au monde. La difficulté apparaît lorsque ces innovations doivent franchir l’étape décisive des essais cliniques et de l’industrialisation.
« Chaque fois que des chercheurs présentent leurs projets à des investisseurs et qu’ils prononcent le mot pédiatrique, l’intérêt s’arrête. Le retour sur investissement est considéré comme insuffisant », déplore la députée.
La raison est simple : les cancers pédiatriques concernent un nombre limité de patients. Les cohortes sont plus petites, les marchés moins rentables, et les investisseurs privés hésitent à financer des programmes dont la rentabilité économique apparaît faible. Pourtant, rappelle-t-elle, ces maladies constituent toujours la deuxième cause de mortalité chez les enfants après les accidents de la vie.
« On ne peut pas être insensible et rester sans soigner nos enfants qui sont notre avenir », insiste-t-elle.
Un fonds public pour transformer les découvertes en traitements
Pour répondre à cette impasse, la proposition de loi défendue par Marie Récalde prévoit la création d’un mécanisme de financement inédit. Son objectif : permettre aux innovations françaises de franchir le cap critique qui sépare la découverte scientifique de la mise sur le marché.
Le dispositif reposerait sur une contribution de 0,1 % du chiffre d’affaires des grands laboratoires pharmaceutiques réalisé sur les médicaments remboursés. Cette contribution alimenterait un fonds public d’investissement capable d’accompagner les projets les plus prometteurs pendant les longues années nécessaires à leur développement. « Ce n’est pas une taxation supplémentaire pour le principe. C’est un investissement sur l’avenir », explique-t-elle.
Selon les estimations avancées lors des débats parlementaires, ce mécanisme pourrait générer environ 50 millions d’euros par an. Une somme susceptible de déclencher un effet de levier et d’attirer d’autres investisseurs publics ou privés autour de projets innovants. La députée assume pleinement ce choix, malgré les réticences exprimées par certains acteurs du secteur pharmaceutique. « Nous sommes au-delà de la taxation. Nous sommes dans une contribution pour l’avenir de nos enfants, pour l’avenir de notre pays et pour notre souveraineté. »
La souveraineté sanitaire au cœur de la bataille
Pour Marie Récalde, le sujet dépasse largement la seule question des cancers pédiatriques. Il touche à la souveraineté sanitaire française. Elle cite notamment l’exemple d’un médicament développé en France contre une maladie neurodégénérative. Faute de financements suffisants pour franchir l’étape industrielle, le projet a finalement été repris à l’étranger avant de revenir sur le marché français à un coût devenu exorbitant. « Une dose coûte aujourd’hui un million d’euros. Qui peut se permettre de payer un tel prix ? »
L’épisode illustre selon elle les faiblesses d’un système incapable de conserver sur son territoire les innovations qu’il a lui-même contribué à faire naître. La crise sanitaire liée au Covid-19 a d’ailleurs renforcé cette conviction. Les difficultés d’approvisionnement en médicaments ou en composants pharmaceutiques ont mis en lumière une dépendance que beaucoup jugeaient jusque-là théorique. « On a beaucoup parlé de souveraineté pendant le Covid. Cette question est aujourd’hui majeure. »
Derrière les chiffres, le visage des enfants malades
Au-delà des mécanismes financiers et des débats législatifs, ce sont surtout les rencontres qui nourrissent la détermination de la députée. Au fil de ses déplacements dans les services spécialisés, elle a découvert le quotidien des enfants hospitalisés et de leurs familles. Des traitements lourds, des effets secondaires difficiles à supporter, mais aussi des innovations qui peinent encore à trouver les financements nécessaires.
Elle évoque notamment les travaux menés pour adapter les médicaments aux plus jeunes patients. Certaines équipes développent désormais des formes plus adaptées aux enfants, comme des gommes à mâcher rappelant des bonbons afin d’éviter les comprimés difficiles à avaler. « Quand on échange avec ceux qui ont subi ces traitements, ils parlent souvent de ce goût métallique dont ils gardent le souvenir toute leur vie. »
L’émotion demeure particulièrement forte lorsqu’elle évoque certaines pathologies qui continuent de tuer faute de traitements adaptés. « Ce n’est pas possible qu’on continue comme ça dans notre pays. Quand je vois ces enfants et leurs parents, je me dis qu’on n’a pas le droit de baisser les bras. »
Face au climat, « il faut du temps, de la volonté et de la pédagogie »
Au bord de la mare du parc du Vivier, difficile d’ignorer la chaleur qui s’abat sur la région. L’occasion d’aborder un autre défi majeur : le changement climatique. Pour Marie Récalde, le débat sur la réalité du réchauffement est désormais dépassé. « Personne, sauf à se ridiculiser, ne peut encore dire que le changement climatique est un leurre. »
Elle se montre néanmoins préoccupée par certaines évolutions récentes du débat public, notamment autour de l’utilisation des pesticides ou de certaines réglementations environnementales. La députée souligne également les liens étroits entre environnement et santé publique. Selon elle, les connaissances scientifiques démontrent désormais clairement les effets de certains produits phytosanitaires sur le développement de pathologies, notamment cancéreuses. Mais la transition écologique ne peut se résumer à ces seuls enjeux. Elle passe aussi par l’aménagement urbain, l’architecture, les mobilités ou encore la gestion des ressources.
Mérignac, laboratoire local de l’adaptation climatique
Marie Récalde prend l’exemple de Mérignac pour illustrer les transformations déjà à l’œuvre. À ses yeux, la commune constitue un terrain d’expérimentation concret des politiques d’adaptation climatique. Développement des îlots de fraîcheur, végétalisation des espaces publics, nouvelles normes de construction ou encore réflexion sur les matériaux utilisés : autant d’initiatives qui visent à réduire les effets des fortes chaleurs. « Regardez où nous sommes. Ici, il fait plusieurs degrés de moins qu’ailleurs. C’est exactement ce type d’aménagement qu’il faut multiplier. »
La députée cite également les nouvelles pratiques concernant les toitures, les dispositifs de rafraîchissement passifs ou encore les stratégies visant à limiter le recours à la climatisation. Pour elle, l’écologie ne doit pas être perçue comme une contrainte mais comme une transformation progressive des modes de vie. « Il faut du temps, de la volonté, de la ténacité et de l’apprentissage. »
« L’écologie, c’est la vie »
Face aux critiques récurrentes sur une prétendue « écologie punitive », Marie Récalde défend une approche plus globale. « L’écologie, c’est la vie. C’est l’étude de l’homme dans son environnement. » Elle estime que le défi principal réside désormais dans la pédagogie. Les citoyens doivent comprendre le sens des décisions prises, les objectifs poursuivis et les bénéfices attendus à long terme.
Cette conviction vaut également pour le monde économique, qu’elle juge souvent plus avancé qu’on ne l’imagine. Selon elle, les entreprises, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’aéronautique, ont largement intégré les enjeux liés à la transition écologique, à la gestion des ressources et à la réduction de leur impact environnemental. « Il y a une énorme prise de conscience et une action en faveur de l’environnement beaucoup plus forte qu’on ne le croit. »
Présidentielle 2027 : d’abord un projet, ensuite un candidat
À moins de deux ans de l’élection présidentielle, les spéculations se multiplient déjà dans les couloirs du Palais-Bourbon. Marie Récalde ne nie pas que le sujet soit présent dans toutes les discussions. « Évidemment, tout le monde y pense. »
Pour autant, elle refuse de se laisser entraîner dans les débats de personnes. À gauche notamment, où plusieurs noms circulent déjà, elle estime que l’essentiel reste ailleurs. « Le casting, c’est une chose. Mais d’abord le projet. »
L’élue plaide pour un travail collectif entre les différentes sensibilités de gauche afin de construire une plateforme commune susceptible de répondre aux attentes des Français. Elle insiste également sur la nécessité de dépasser les logiques d’affrontement permanent dans une Assemblée nationale plus fragmentée que jamais.
La proportionnelle, son prochain grand chantier politique
Après les cancers pédiatriques, Marie Récalde identifie clairement son prochain combat institutionnel : la réforme du mode de scrutin législatif. Avec plusieurs députés issus de sensibilités politiques différentes, elle défend l’introduction d’une dose de proportionnelle inspirée du modèle allemand.
L’objectif : permettre aux électeurs de continuer à choisir leur député tout en exprimant également leur préférence politique à l’échelle nationale. « Au lieu de voter contre, on s’exprime pour. »
Une réforme qui, selon elle, favoriserait davantage de dialogue, de compromis et de coopération au sein des institutions. Un thème qui résume finalement assez bien l’ensemble de son engagement politique : chercher des solutions transpartisanes sur des sujets qu’elle considère comme essentiels, qu’il s’agisse de sauver des enfants atteints de cancer, de préparer les territoires aux bouleversements climatiques ou de réinventer le fonctionnement démocratique français.
Dans le calme du parc du Vivier, entre les cris des paons et le passage régulier des avions au-dessus de Mérignac, la députée affiche en tout cas une certitude : aucun de ces combats n’est terminé.