
« On ne veut pas simplement être de passage » : Mérignac Rugby joue son avenir au stade Robert Brettes
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Un derby sous haute tension pour valider une saison de très haut niveau
Dimanche au stade Robert Brettes de Mérignac, l’enjeu dépassera largement le cadre d’un simple derby. Face au Stade Bordelais, pour la dernière journée de la phase régulière de Fédérale 2, le Mérignac Rugby s’apprête à disputer un rendez-vous capital, à la croisée des ambitions immédiates et du projet construit depuis plusieurs saisons. Leader de sa poule à l’approche de ce choc, le club mérignacais peut verrouiller sa place parmi les deux premiers, éviter le piège d’un barrage couperet et s’offrir les meilleures conditions possibles avant les phases finales. Un objectif fixé dès le début de saison, aujourd’hui à portée de main. « On est dans les clous pour terminer dans les deux premiers », rappelle l’entraîneur Arthur Chollon, sans triomphalisme mais avec la satisfaction d’avoir maintenu le cap malgré les obstacles. Car cette première partie de saison n’a pas été un long fleuve tranquille. Entre un démarrage parfois irrégulier, des blessures importantes, une poule particulièrement relevée et la pression constante imposée par des concurrents comme Castillon ou Lormont, Mérignac a dû construire sa solidité semaine après semaine.
Mais ce match a une saveur particulière. Parce qu’il s’agit du Stade Bordelais. Parce qu’il y a le poids de l’histoire entre deux clubs liés depuis des décennies. Parce qu’il y a ce match aller, perdu à la dernière action avant Noël, qui reste encore profondément ancré dans les esprits. Au fil des échanges, Arthur Chollon y est revenu à plusieurs reprises, preuve que cette défaite n’a jamais vraiment été digérée. « Ce match retour, oui, il y a un petit coup de revanche », reconnaît-il. Une revanche sportive, mais aussi mentale. Car dans ce type de rendez-vous, le contexte pèse autant que le rugby. Le derby ajoute du relief, de la tension, de l’orgueil. Et il arrive au moment idéal : comme une répétition générale avant les seizièmes de finale, comme un test grandeur nature pour un groupe qui veut prouver qu’il est prêt. « Le 15 de départ ressemblera beaucoup à celui du match suivant », admet le coach, signe que l’on est déjà, dans les têtes, à l’orée des phases finales. Pourtant, pas question de regarder plus loin que dimanche. À Mérignac, on veut finir fort, à domicile, devant son public, et envoyer un message clair : cette équipe ne veut pas seulement participer aux phases finales, elle veut y peser.
Un club structuré, ambitieux et construit pour durer
Ce qui frappe à Mérignac, au-delà des résultats, c’est la cohérence du projet. Rarement un discours présidentiel en Fédérale 2 aura autant insisté sur les fondations plutôt que sur les effets d’annonce. Jérôme Mercadier ne vend pas du rêve, il expose une trajectoire. Et cette trajectoire repose sur une conviction forte : « On ne veut pas simplement être de passage. » Cette phrase résume à elle seule l’ambition mérignacaise. Monter, oui. Mais monter pour s’installer. Monter avec des bases solides. Monter sans mettre en péril l’équilibre du club. Depuis quatre saisons, Mérignac est systématiquement au rendez-vous des phases finales. Chaque année a permis de franchir une étape supplémentaire. Chaque saison a renforcé la structure. Et cette continuité n’est pas le fruit du hasard.
Le travail de fond est considérable. L’équipe première n’est que la vitrine d’un ensemble beaucoup plus vaste. Derrière, il y a une école de rugby en plein essor, passée de 90 à 330 licenciés en quelques années. Il y a une génération junior performante, championne territoriale et toujours en course à haut niveau. Il y a une équipe réserve qui joue, elle aussi, un sommet face au Stade Bordelais. Il y a un centre d’entraînement labellisé, des conventions scolaires, des passerelles avec les établissements locaux, un travail sur les infrastructures, une structuration administrative renforcée, des partenariats consolidés. Et surtout, il y a cette volonté d’inscrire Mérignac dans le paysage du rugby girondin comme une place forte durable. « On veut permettre aux meilleurs jeunes de rejoindre l’UBB demain, et pour les autres, de rester chez nous et continuer à grandir », insiste Jérôme Mercadier. Là encore, le discours dit beaucoup : il ne s’agit pas de retenir à tout prix, mais de former, accompagner, faire progresser.
Cette vision s’accompagne aussi d’une lucidité économique. Le président le sait : accéder à la Fédérale 1 impliquerait un saut budgétaire significatif, estimé à 100 000 euros supplémentaires sur un budget actuel de 600 000 euros. Ce n’est pas anodin. Mais là encore, le club anticipe. Développement du partenariat, structuration commerciale, renforcement du tissu d’entreprises autour du club, soutien de la Ville : tout s’inscrit dans une logique maîtrisée. À l’heure où certains clubs historiques souffrent, décrochent ou disparaissent faute de modèle viable, Mérignac avance avec prudence et ambition. C’est précisément ce qui donne du poids à son projet.
Une identité de jeu affirmée et un collectif forgé dans l’adversité
Si Mérignac est aujourd’hui en position de jouer la montée, ce n’est pas seulement grâce à sa structure. C’est aussi parce que sportivement, l’équipe a franchi un cap. Arthur Chollon revendique un rugby complet, adaptable, exigeant. « On veut être une équipe tout terrain », explique-t-il. Derrière la formule, une réalité : Mérignac ne se résume pas à une équipe de conquête, ni à une formation uniquement portée sur le combat. Le groupe sait imposer sa puissance sur les fondamentaux, notamment sur les ballons portés où il a excellé cette saison, mais il sait aussi produire du jeu, exploiter les déséquilibres, marquer sur première main ou en contre-attaque. Cette diversité fait sa force. Et elle a été renforcée par un encadrement qui a cherché à professionnaliser certains secteurs, notamment la défense.
Cette progression n’a pourtant pas été linéaire. Elle s’est construite dans l’adversité. Les blessures ont marqué la saison. Le capitaine Jules Dazey, pièce majeure du groupe, manque à l’appel. Théophile Santenac aussi. D’autres absences ont fragilisé le collectif à certains moments, notamment lors du match aller face au Stade Bordelais, disputé dans un contexte très compliqué avec une infirmerie pleine. Mais cette adversité a aussi révélé autre chose : la profondeur de l’effectif. Mérignac a su intégrer des jeunes, faire émerger des solutions, s’appuyer sur sa formation. Ce n’est pas un hasard si le staff insiste autant sur la valeur de la réserve et sur l’importance des passerelles internes. Ici, la concurrence est pensée comme une richesse.
Et ce dimanche, tout cela convergera dans un match où chaque détail comptera. Parce qu’il y a une deuxième place à sécuriser. Parce qu’il y a un derby à gagner. Parce qu’il y a des places à prendre dans le groupe pour les phases finales. Parce qu’il y a une dynamique à entretenir avant une coupure sans match jusqu’au 10 mai. Et parce qu’au fond, ce rendez-vous est déjà un match de phase finale dans son intensité mentale.
Au stade Robert Brettes, Mérignac veut transformer l’ambition en élan populaire
Au-delà du terrain, ce rendez-vous dit aussi quelque chose de la place que le Mérignac Rugby veut reconquérir dans sa ville. C’est l’un des messages forts portés par Jérôme Mercadier : faire du club un point de ralliement, un symbole sportif mérignacais, un club que les habitants s’approprient pleinement. « On a envie que ce club reprenne vie aussi en tribune », affirme-t-il. Le stade Robert Brettes, en plein centre-ville, avec ses 3 500 places, n’est pas qu’un décor. Il doit redevenir un lieu vivant, un point d’ancrage populaire. Et ce derby peut être un accélérateur.
Car derrière l’enjeu sportif, il y a aussi une histoire. Celle d’un club centenaire, d’une identité profondément enracinée, d’une reconstruction patiente, d’un présent ambitieux. Il y a aussi ce lien particulier avec le Stade Bordelais, qui donne à ce match une dimension patrimoniale autant que sportive. Il y a enfin une conviction : Mérignac peut prétendre à devenir durablement un acteur majeur du rugby girondin derrière l’UBB. Pas dans l’ombre, mais avec son identité propre.
Dimanche, le public assistera donc à bien plus qu’un dernier match de poule. Il verra une équipe jouer sa dynamique. Un club défendre son projet. Une institution tenter de transformer une ambition en élan collectif. « On a envie de gagner », répète Jérôme Mercadier. Dans cette phrase simple se résume tout l’état d’esprit du Mérignac Rugby.
Le coup d’envoi de ce derby entre Mérignac Rugby et le Stade Bordelais sera donné dimanche 26 avril 2026 à 15h15 au stade Robert Brettes de Mérignac. Une grande fête du rugby bordelais en perspective, à vivre au stade… ou en direct sur C6 Radio, qui retransmettra intégralement la rencontre à partir de 15h15, avec aux commentaires Alain Bauderon.