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« On n’est pas performant grâce à la formation, on est performant parce qu’on a ça dans le cœur » : à Bruges, Form’Aqui veut redonner du sens aux métiers du social et de la petite enfance

21 mai 2026 · Actualités · Société

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À l’heure où les métiers de l’aide à domicile, du médico-social et de la petite enfance souffrent encore de nombreux préjugés, l’organisme de formation Form’Aqui, installé à Bruges, tente de changer le regard porté sur ces professions essentielles. Derrière cette structure fondée en 2017, une conviction forte : accompagner les autres ne s’improvise pas, mais ne peut pas non plus se résumer à une suite de gestes techniques. Pour Julien Castang, directeur de Form’Aqui, et Caroline Carpentier, formatrice au sein de l’établissement, ces métiers reposent avant tout sur l’humain, l’engagement et la capacité à donner du sens à son quotidien.

« Quand on travaille auprès de la personne, ça reste une vocation »

Dès les premières minutes de l’entretien, le ton est donné. Chez Form’Aqui, on ne parle pas de “performance” au sens classique du terme. « Le mot performance ne correspond pas beaucoup à ces métiers-là. On n’est pas performant grâce à la formation, on est performant parce qu’on a ça dans le cœur », affirme Julien Castang. Travailleur social de formation, passé par le secteur de l’aide à la personne avant de devenir formateur, il explique avoir créé Form’Aqui après avoir constaté un décalage croissant entre les formations existantes et la réalité du terrain.

« On se retrouvait avec des personnes qui avaient la vocation, l’envie, mais qui manquaient de compétences concrètes. Et ce manque de compétences créait de la difficulté, puis de la rupture. » Une rupture professionnelle qui alimente aujourd’hui encore le turnover dans les crèches, les structures d’aide à domicile ou les établissements médico-sociaux.

Pour Caroline Carpentier, formatrice à Form’Aqui, cette dimension humaine reste centrale. « Quand on travaille auprès de la personne, ça reste une vocation. Ce sont des métiers humains. » Elle évoque ces liens particuliers qui se créent avec les bénéficiaires, qu’il s’agisse d’enfants, de personnes âgées ou de personnes en situation de handicap. « Parfois, un regard ou un sourire suffit. On peut être la seule personne qu’une personne âgée verra dans sa journée. Le passage d’une aide à domicile devient alors primordial. »

Des métiers éprouvants… mais profondément utiles

Loin d’idéaliser la profession, les deux intervenants reconnaissent la charge émotionnelle que peuvent représenter ces métiers. Solitude des bénéficiaires, dépendance, précarité sociale, détresse psychologique : les professionnels du secteur sont confrontés quotidiennement à des situations lourdes.

« Il est important de prendre soin de soi avant de prendre soin des autres », insiste Caroline Carpentier. À Form’Aqui, cette réalité fait pleinement partie du parcours pédagogique. La gestion du stress, de la surcharge émotionnelle et de la fatigue psychique est intégrée à la formation, au même titre que les techniques professionnelles. « Comprendre son métier, donner du sens à sa pratique et prendre du recul sont des éléments fondamentaux », ajoute Julien Castang.

Selon lui, la formation ne doit pas seulement transmettre un savoir-faire, mais aussi permettre aux futurs professionnels de retrouver de l’énergie et de la motivation. « L’idée, c’est qu’ils ressortent avec une nouvelle énergie pour exercer leur métier. »

« Ces métiers souffrent surtout d’idées reçues »

Mal payés, précaires, épuisants : les métiers du soin et de l’accompagnement traînent encore une image dégradée. Une vision que Julien Castang nuance fortement. « Oui, ces professions mériteraient une meilleure reconnaissance sociétale. Mais dire qu’il n’y a pas de CDI ou qu’on ne peut pas bien gagner sa vie est faux. »

Le directeur de Form’Aqui rappelle que les conditions de travail ont évolué ces dernières années : meilleure prise en compte des temps de trajet, sectorisation des interventions, véhicules mis à disposition, adaptation des plannings à la vie personnelle. « Aujourd’hui, quelqu’un peut très bien travailler à temps plein tout en gardant son mercredi pour ses enfants. Cette souplesse existe réellement dans le secteur. »

Il pointe surtout une méconnaissance profonde de ces métiers. « On ne voit souvent que le côté difficile, alors qu’il y a énormément d’aspects positifs. » Caroline Carpentier complète : « Aujourd’hui, les professionnels sont formés, qualifiés, et cela valorise la profession. Avant, beaucoup intervenaient sans préparation réelle. »

Des métiers d’avenir qui recrutent massivement

Dans un contexte de vieillissement de la population et de maintien à domicile de plus en plus encouragé, les besoins explosent. Les chiffres avancés sont éloquents : il manquerait déjà 60 000 aides à domicile en France, et près de 350 000 professionnels pourraient faire défaut d’ici 2030.

Pour Julien Castang, le constat est sans appel : « Quoi qu’il arrive, ce sont des métiers qui vont recruter. » Et cette tension sur l’emploi profite directement aux apprenants. « Quand quelqu’un entre en formation avec un projet professionnel cohérent, il trouve quasiment toujours un emploi, parfois même avant la fin de son parcours. »

Form’Aqui propose plusieurs cursus liés à la petite enfance et au médico-social : CAP Accompagnant Éducatif Petite Enfance, Assistant de Vie aux Familles, Accompagnant Éducatif et Social, secrétaire assistant médico-administratif ou encore formations en secourisme. Les formations sont dispensées à Bruges, La Teste-de-Buch et Libourne.

« Aimer les enfants ne suffit pas »

L’un des combats de Form’Aqui consiste aussi à déconstruire certains clichés persistants. « J’ai des frères et sœurs, donc je sais m’occuper des enfants », ou encore « Je m’occupe de ma grand-mère, donc je peux devenir auxiliaire de vie » : ces raisonnements sont fréquents, mais insuffisants.

« C’est justement là qu’il peut y avoir des ruptures », explique Julien Castang. « Passer d’une expérience personnelle à une posture professionnelle, ce n’est pas du tout la même chose. »

Pour éviter les erreurs d’orientation, Form’Aqui accorde une grande importance à la validation du projet professionnel. L’établissement travaille notamment avec France Travail, les Missions Locales et différents partenaires territoriaux afin de mieux informer les candidats sur la réalité des métiers.

Une pédagogie immersive au plus proche du terrain

Chez Form’Aqui, la formation passe avant tout par la pratique. Les locaux ont été pensés pour reproduire les situations réelles rencontrées sur le terrain : appartements pédagogiques, espaces spécialisés Alzheimer, cuisine adaptée, matériel professionnel et outils immersifs.

L’un des équipements les plus marquants reste le simulateur de vieillissement. « Il permet aux stagiaires de ressentir physiquement les limitations d’une personne âgée », explique Caroline Carpentier. « Nous avons aussi des équipements qui simulent les douleurs et contraintes physiques des intervenants eux-mêmes. »

Les mises en situation occupent une place centrale dans l’apprentissage. Les formateurs incarnent parfois des personnages fictifs pour confronter les alternants à des situations complexes. « On joue souvent Madame Duchemolle », plaisante Caroline Carpentier. « Et parfois, elle pousse volontairement les stagiaires à faire des erreurs pour ensuite travailler dessus avec eux. »

« Si la formation est au rabais, le métier devient au rabais »

Au-delà du contenu pédagogique, Julien Castang insiste sur ce qu’il appelle « le contenant de la formation ». Pour lui, l’environnement dans lequel évoluent les apprenants influence directement leur perception du métier.

« Si le centre de formation est pourri, alors le métier semblera pourri. » Form’Aqui mise donc sur des locaux modernes, un accueil soigné et des services concrets, comme le petit-déjeuner offert le matin ou la gratuité complète des formations selon les dispositifs de financement.

Le lien avec les employeurs est également au cœur du fonctionnement de l’établissement. « Les employeurs participent pleinement au parcours de formation. Ils nous font des retours, positifs comme négatifs, et cela nous permet d’ajuster en permanence nos pratiques. »

Un ancrage territorial revendiqué

Form’Aqui revendique aussi un fort ancrage local. « Ce sont des métiers non délocalisables », rappelle Julien Castang. « Former quelqu’un pour qu’il travaille autour de chez lui est indispensable. »

L’établissement travaille en réseau avec les structures du territoire, les employeurs, les collectivités et les acteurs de l’emploi. Une logique de proximité qui, selon lui, ne peut être remplacée par des formations entièrement en ligne. « On ne forme pas des professionnels de l’humain derrière un écran uniquement. »

Des événements pour créer du lien autrement

Au-delà de la formation, Form’Aqui organise régulièrement des événements fédérateurs. Parmi eux, “Bougeons Ensemble”, dont la sixième édition se tiendra le 9 juin. Cette manifestation rassemble bénéficiaires, alternants et professionnels autour d’animations conviviales imaginées par les apprenants eux-mêmes.

Cette année, le thème choisi s’inspire du Festival de Cannes : tapis rouge, créations de masques, animations festives et ateliers rythmeront l’après-midi. « L’objectif est de valoriser à la fois les bénéficiaires et les stagiaires », souligne Caroline Carpentier.

Autre initiative : une journée autour du golf organisée avec plusieurs structures d’aide à domicile. Une parenthèse pensée pour permettre aux professionnels de souffler loin des problématiques de plannings, de financement ou de gestion des ressources humaines.

« Ce sont des métiers que l’intelligence artificielle ne remplacera jamais »

Alors que l’intelligence artificielle et la robotisation progressent dans de nombreux secteurs, Julien Castang reste convaincu que les métiers du lien humain conserveront une place irremplaçable.

« Un robot pourra peut-être aider à transférer une personne d’un lit à un fauteuil. Mais il ne répondra jamais au besoin de réassurance, d’écoute active ou d’empathie. »

Car au fond, c’est peut-être là que réside toute la singularité de ces professions. Dans cette capacité à créer du lien, à rassurer, à accompagner. Et dans cette conviction, portée par les équipes de Form’Aqui, qu’« un métier qui prend soin des autres restera toujours un métier d’avenir ».

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