Une salle née en 2000, reprise en régie municipale depuis onze ans
Créée en 2000, L’Entrepôt a d’abord vu sa programmation confiée à un opérateur extérieur. Depuis onze ans, la Ville du Haillan a repris la gestion directe de la salle, développant autour d’elle un véritable projet culturel de territoire.
Dotée de 456 places, L’Entrepôt occupe une position singulière dans le paysage métropolitain. « La plus petite des grandes salles ou la plus grande des petites », résume Manuel Corneau. Une jauge intermédiaire qui impose un équilibre délicat entre exigence artistique et réalité économique : suffisamment grande pour accueillir des artistes reconnus, mais exigeante en matière de remplissage.
Située à une trentaine de minutes du centre de Bordeaux, la salle revendique son ouverture au-delà du public haillanais. À l’heure de l’étalement urbain et de la montée en puissance des mobilités, Manuel Corneau rappelle que Le Haillan est aujourd’hui pleinement connecté à la métropole, notamment grâce au tramway. Un argument assumé pour attirer des spectateurs venus de l’ensemble de l’agglomération.
Défendre une identité propre dans une offre culturelle dense
Dans un territoire riche en équipements culturels de jauge comparable, le directeur-programmateur refuse toute logique de concurrence frontale. Sa ligne est claire : défendre une proposition artistique singulière, plutôt que regarder ce que programment les salles voisines.
« Plus il y a de spectacles, mieux c’est », estime-t-il, rappelant que le spectacle vivant demeure un espace irremplaçable de rencontre, d’échange et de débat. Théâtre, humour, chanson, jazz ou cinéma participent à faire de L’Entrepôt un lieu identifié, où les habitants savent pouvoir trouver une programmation éclectique.
Cette identité s’appuie notamment sur des rendez-vous désormais bien installés, comme le festival jeune public Ratatam ou encore Le Haillan chanté, mais aussi sur une politique tarifaire accessible et un soutien affirmé aux artistes locaux.
Un projet culturel ancré dans la proximité
Depuis la reprise en régie municipale, L’Entrepôt ne se limite plus à une simple diffusion de spectacles. Le projet porté par la Ville vise à inscrire la salle au cœur de la vie quotidienne des habitants.
Concrètement, cela se traduit par une ouverture élargie du lieu, une programmation cinéma réintroduite après plusieurs années d’interruption, et un important volet d’actions culturelles : accueils scolaires, partenariats avec les écoles et le collège, collaborations avec les associations locales, ateliers artistiques et mise à disposition de la salle pour les spectacles de fin d’année.
Aujourd’hui, hormis la période estivale, il se passe presque quotidiennement quelque chose à L’Entrepôt : séances de cinéma, visites de crèches, répétitions, spectacles, accueils de classes ou événements associatifs. Une dynamique permanente qui transforme la salle en véritable lieu de vie.
La culture comme ouverture au monde
Pour Manuel Corneau, la culture dépasse largement la seule dimension artistique. Elle participe à l’apprentissage du vivre-ensemble, dès le plus jeune âge.
À travers les spectacles scolaires et les ateliers de création, L’Entrepôt défend une approche fondée sur l’ouverture à l’autre, la différence et la tolérance. Le directeur insiste sur l’importance du débat et de l’échange après les représentations : aimer ou ne pas aimer importe moins que comprendre pourquoi, et pouvoir en discuter collectivement.
Dans un contexte marqué par la montée des tensions et le poids des réseaux sociaux, il voit dans le spectacle vivant un antidote précieux : un espace incarné, où l’on partage des émotions réelles et où la parole circule.
Des contraintes budgétaires de plus en plus fortes
Comme l’ensemble des équipements culturels, L’Entrepôt doit composer avec un environnement économique tendu. Hausse des coûts depuis la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, stagnation des recettes, baisse récente des budgets municipaux : la programmation devient un exercice d’équilibriste.
Manuel Corneau reconnaît que certaines enveloppes ont diminué, même si cela reste, pour l’instant, absorbable. Le principe est simple : lorsqu’un spectacle coûte désormais 150 euros là où il en coûtait 100 auparavant, cela se traduit mécaniquement par un nombre réduit de propositions.
Un casse-tête permanent, mais aussi, selon lui, un moteur de créativité : il faut à la fois proposer des spectacles capables d’attirer du public et consolider les actions de proximité. Un arbitrage fin, qui se joue parfois à quelques milliers d’euros, tout en maintenant une diversité de publics, des tout-petits aux seniors.
Une programmation variée pour tous les publics
Manuel Corneau résume la saison en deux mots : « plutôt sympa ». Une formule modeste pour qualifier une programmation volontairement large, mêlant têtes d’affiche et découvertes.
Parmi les rendez-vous à venir :
- Ratatam, du 31 janvier au 8 février, festival jeune public mobilisant l’ensemble des acteurs culturels haillanais (bibliothèque, ludothèque, cinéma), avec au programme méga-boum d’ouverture, spectacles scolaires, battle de dessin, projections, rencontres avec la marraine Séverine Vidal et créations participatives impliquant les enfants des écoles.
- Les Mercredis du Haillan, une dizaine de dates annuelles à tarif unique de 5 euros, dédiées principalement aux artistes locaux, afin de rendre la culture accessible au plus grand nombre.
- Le passage de Viktor Vincent le 13 mars, déjà complet, illustrant le grand écart assumé entre propositions intimistes et spectacles à forte notoriété.
- Le festival Les Cogitations, du 23 au 25 avril puis du 20 au 23 mai, consacré à l’humour, à la satire et au dessin de presse. Un temps fort autour de l’esprit critique, avec ateliers dans les écoles et collèges, revue de presse, et un spectacle original le 24 avril associant Christophe Alévêque à des dessinateurs qui créeront en direct.
- Enfin, Le Haillan chanté, du 10 au 13 juin, pour sa 15e édition, célébrant la chanson francophone, de la découverte aux artistes confirmés, en partenariat avec l’association Bordeaux Chansons.
Une ambition constante malgré les incertitudes
À travers cette programmation et ses multiples actions de terrain, L’Entrepôt poursuit une ligne claire : maintenir un accès large à la culture, soutenir la création et favoriser les rencontres.
Malgré les contraintes financières, Manuel Corneau reste convaincu que le spectacle vivant continuera d’exister. Au Haillan, la salle entend rester un espace de partage, d’émotions et de dialogue, fidèle à sa vocation première : être un lieu culturel ouvert, vivant et profondément ancré dans son territoire.


