Mérignac d'antan: " On aurait dû empécher de construire de part et d'autre de la rocade!"

Le Mérignac d'antan vue à travers le regard professionnel et les souvenirs de l'architecte Michel Petuaud-Létang. Épisode 3: Vents portants, développement économique et CADERA

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Mérignac d'antan: " On aurait dû empécher de construire de part et d'autre de la rocade!"

Architecte-urbaniste et Mérignacais, Michel Petuaud-Létang livre un éclairage historique et critique sur le développement de Mérignac, l’impact de la rocade bordelaise et les grandes décisions d’aménagement qui ont façonné l’ouest de la métropole.


Un mouvement ancien, bien avant la rocade

Contrairement à une idée répandue, l’intégration progressive de Mérignac dans l’aire bordelaise n’est pas née avec la rocade. « Le processus était en marche », rappelle Michel Petuaud-Létang.Cette dynamique s’explique par un phénomène historique observé dans de nombreuses villes :« Toutes les villes se développent à l’ouest, parce que les vents dominants vont de l’ouest vers l’est. Les activités polluantes ont longtemps été installées à l’est, avec les quartiers ouvriers. »

À Bordeaux, cette logique a contribué à une opposition durable entre les deux rives de la Garonne.« La rive droite a longtemps été mal considérée, perçue comme un quartier populaire et industriel, alors que la rive gauche concentrait les quartiers jugés plus favorables. »


Mérignac, terre de villégiature puis d’opportunités

Dès le XVIIIᵉ siècle, Mérignac attire les élites bordelaises.

« Les riches banquiers et négociants en vin ont acquis à l’ouest de grandes propriétés magnifiques », explique l’urbaniste, évoquant la création d’hôtels particuliers et de vastes domaines.

La commune mêle alors grandes propriétés bourgeoises et quartiers beaucoup plus anciens :« À Mérignac, il y a des quartiers qui datent des Romains, comme les Eyquems. »

L’arrivée des boulevards à Bordeaux au XIXᵉ siècle renforce cette attractivité.

« Les boulevards ont été un appel : on circulait mieux, il y avait du terrain, et les entreprises sont venues naturellement de ce côté-là. »


La rocade : un accélérateur mal maîtrisé

Pour Michel Petuaud-Létang, la rocade a reproduit les mêmes erreurs que les boulevards.

« On a permis une urbanisation facile le long de la rocade », regrette-t-il, estimant qu’un large corridor vert aurait dû être préservé. « Si j’avais été urbaniste à l’époque, j’aurais interdit de construire de part et d’autre de la rocade. »

Pensée dans les années 1960 pour désengorger Bordeaux, notamment sous l’impulsion de Jacques Chaban-Delmas, la rocade facilite aussi les échanges économiques européens.

« C’était beaucoup plus simple pour les camions et les échanges entre le nord et le sud de l’Europe, ainsi qu’avec l’Afrique du Nord. »


Aéroport, industrie et naissance des zones d’activités

Le développement de l’aéroport de Mérignac et l’implantation de Dassault dans les années 1930 jouent un rôle déterminant.

« Dès qu’une grande entreprise s’installe, il y a toujours des sous-traitants autour. C’est un appel. »

Dans les années 1960-1970, Mérignac reste encore largement rurale. « C’était un pays de paysans et de grandes propriétés bourgeoises », se souvient-il, décrivant un territoire en pleine mutation.

Cette transformation s’incarne avec la création de la zone d’activités CADERA.

« On a inventé le mot CADERA, pour Centre d’Activités Deux échangeurs, Rocade, Aéroport. Le terme est devenu un nom commun. »

Le projet repose sur une règle innovante pour l’époque :

« Pas plus de 30 % d’emprise au sol pour les bâtiments, 30 % pour les voiries et parkings, et 40 % d’espaces verts. »

Une vision qui fera de CADERA « l’un des premiers parcs d’activités par club en Europe ».