Mérignac des quartiers: "Arlac, la bourgeoise, c'était trop Bordeaux!"

Le Mérignac d'antan vue à travers le regard professionnel et les souvenirs de l'architecte Michel Petuaud-Létang. Épisode 2: Fête foraine, cinéma américain et... Polaroïd

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Mérignac des quartiers: "Arlac, la bourgeoise, c'était trop Bordeaux!"

Aujourd’hui encore, Mérignac revendique une identité plurielle. Une réalité profondément ancrée dans son histoire, comme le raconte Michel Petuaud-Létang, architecte, urbaniste et témoin direct du Mérignac d’après-guerre.« Mérignac, c’est aussi une commune de quartiers. Et ça a toujours été le cas. »


Des quartiers séparés par la nature

À la fin des années 1940, les quartiers ne se touchent pas. Ils sont séparés par de vastes zones agricoles et horticoles.

« Il y avait de grandes zones vertes entre ces quartiers, parce que c’étaient des agriculteurs ou des horticulteurs. »

Entre le bourg de Mérignac, Capeyron, Pichey ou les Eyquems, les champs, les pépinières et les exploitations structurent le paysage. Le maire de l’époque, Robert Brettes, est lui-même horticulteur, symbole d’une ville encore intimement liée à la terre.


Une vie de quartier très affirmée

Chaque quartier possède sa propre vie sociale. « Chacun avait sa fanfare ou son groupe, et une grande fête. »Les fanfares sillonnent les rues, rassemblent les habitants, entraînent les enfants. « Les gens sortaient de leurs maisons, se mettaient derrière la fanfare et allaient jusqu’à la place du coin. »

Capeyron, Pichey, les Eyquems ou le centre-bourg disposent chacun de leur place, de leur fête, de leur identité. Le 14 juillet est un temps fort, mais la vie collective s’exprime tout au long de l’année.


Une identité commune, des caractères distincts

Si le sentiment d’appartenance à Mérignac est fort, chaque quartier revendique sa singularité.

« Tout le monde avait le sentiment de faire partie d’une même communauté, mais revendiquait son identité de quartier. »

Certains secteurs se distinguent nettement :

Arlac, jugé plus bourgeois car trop proche de Bordeaux : « C’était Bordeaux, quoi, Arlac ! »

Pichey, plus populaire et plus animé, "petit Montmartre", fréquenté par les soldats américains attirés par les serveuses des bars.

Les quartiers agricoles, où les enfants participent aux travaux des champs pendant les vacances. « Moi, pendant les vacances, j’allais faire les foins, aider à ramasser le maïs. »


Industrie, Américains et modernité vue depuis le cinéma

Mérignac n’est pas seulement rurale. La commune accueille déjà une zone industrielle importante avec Dassault et Sogerma, mais aussi une base militaire américaine. Pour le jeune Michel Petuaud-Létang, la modernité américaine ne se découvre pas directement dans les rues, mais sur grand écran.

Grâce à un camarade dont le père est concierge de la salle des fêtes de Mérignac, il assiste, en secret, aux projections réservées aux soldats américains.

« On rentrait en douce et je voyais des films américains en Eastman Color, puis après en Technicolor. »

À travers ces films, il découvre un autre monde, en contraste total avec la réalité locale.

« On sortait de la guerre, on avait encore des chevaux sur la place, et on voyait ces rues avec des gazons impeccables. »

Ces images venues d’Hollywood marquent durablement l’enfant.

« Je me disais : qu’est-ce que c’est formidable. C’est le pays de demain. »

Un choc visuel et culturel qui influencera plus tard son regard d’urbaniste.


Exode, solidarité et reconstruction

À Pichey notamment, d’anciens bâtiments en bois construits pendant la guerre sont conservés pour loger des réfugiés espagnols, des familles déplacées ou des habitants en exode rural.

Même le stade de Mérignac recycle ces structures pour ses vestiaires.« Les douches et les vestiaires étaient faits avec ces maisons en bois récupérées. C’était abominable. »


Une histoire locale devenue mondiale

Anecdote étonnante. Sur la place de Mérignac, une petite épicerie tenue par une femme discrète.

« On avait appris qu’elle avait un fils parti à New York. »

Ce fils participera à l’invention de la photographie instantanée : Polaroid.

« Le fils de l’épicière de Mérignac avait participé à l’élaboration du Polaroïd. »