Leader du Collectif Métissé, Claude Somarriba incarne un parcours singulier dans la musique française, bâti sur l’instinct, le travail et une règle simple qu’il n’a jamais abandonnée : ne jamais rien lâcher.
Ses débuts de DJ
Avant les tubes et les scènes géantes, Claude Somarriba s’est forgé une solide réputation derrière les platines. « Dans ma première vie, c’était DJ ». Une première vie intense, passée dans toutes les plus grandes boîtes de nuit de l’agglomération bordelaise. « J’ai fait le Rétro, le Lollapalooza, le Soft, le César… tous les gros établissements de Bordeaux ».
Parmi ces lieux, un nom revient comme un repère central : le Macumba à Mérignac. Une salle mythique, formatrice, où il apprend une règle fondatrice : « Je faisais toujours passer les goûts des gens avant mes goûts personnels ». Une méthode qui deviendra la colonne vertébrale de tout le reste.
La naissance et les succès de Collectif Métissé
En parallèle de sa carrière de DJ, Claude Somarriba est aussi compositeur, producteur et chanteur, avec deux concerts au Pin Galant, à Mérignac en 93 et 94. Mais c'est le Collectif Métissé qui le lance réellement, naissance du Collectif qui tient presque du hasard. Une chanson envoyée, un appel quinze minutes plus tard, et cette phrase qui change tout : « Tu te rends pas compte, t’as un tube ! ». Puis le nom, instinctif, évident.
Quand vient le moment de choisir, il tranche sans hésiter. « J’ai fait le choix du cœur… la passion était plus importante pour le Collectif Métissé ». Il laisse donc tomber les platines. Les chapitres s’enchaînent, mais l’ADN reste identique : « Je ferme les chapitres, j’en ouvre un autre, mais c’est le même livre ».
Les succès s’enchaînent et certains moments marquent définitivement une carrière. Parmi eux, un 31 décembre hors norme sur les Champs-Élysées. « On a chanté sur les Champs-Élysées… devant nous il y avait un million de personnes ». Un instant rare, presque irréel.
Autre souvenir marquant : un concert à Montréal, lors des Francofolies. « On se dit: on va jouer sur la huitième scène ». À l’arrivée, la surprise est totale. « On arrive et on m’emmène à une place… comme les Quinconces ». Puis la confirmation : « Vous faites l’ouverture du journal télévisé à 20h ». Claude Somarriba l’avoue : « On savait même pas qu’au Canada, on était connus ».
Des titres comme Laisse-toi aller bébé, Laisse tomber tes problèmes ou Les yeux d’Émilie deviennent des hymnes populaires. Derrière cette image festive, la persévérance est omniprésente. « Il vaut mieux avoir moins de talent et beaucoup de volonté que beaucoup de talent et pas de volonté ». « J’ai vu plein de gens qui avaient du talent, mais pas de volonté ». Sa conclusion est nette : « À un moment, la volonté est beaucoup plus importante ».
Les yeux d’Émilie: l'hymne des supporters de sport
Parmi les titres qui ont marqué un tournant, Les yeux d’Émilie occupe une place à part. Né d'un simple constat: les Bandas reprenaient souvent ce titre de Joe Dassin. Claude Somarriba a eu le nez et a insisté pour reprendre ce morceau qui est devenu l'hymne des supporters de rugby pendant la Coupe du Monde. « Moi j’ai des tubes, donc je sais qu’il y a une érosion ». Mais pas pour celui-là. « Depuis la Coupe du monde, il n’y a pas d’érosion ». Le morceau s’impose dans les stades, tous sports confondus. « On était aux championnats de France de cyclo-cross, et c’était la folie ». Un chant repris spontanément, devenu rituel collectif.
« On n’est pas fatigué »: c'est Somarriba!
Certaines phrases ont quitté le cadre du groupe pour entrer dans le langage commun. Claude Somarriba cite On n’est pas fatigué. « Maître Gims, quand il a fait sa tournée, il le fait en animation dans son concert ». Il lance : « Vous êtes fatigués ? » et la salle répond : « On n’est pas fatigué ». Son constat est limpide : « Mais ça, c’est Somarriba ».
Les reprises, sans droits d’auteur par choix
Sur les reprises, Claude Somarriba est clair : il ne touche aucun droit d’auteur. Lorsqu’il contacte Michael Jones pour Je te donne, la réponse est immédiate. « Tu fais rien du tout, c’est bon, si je gagne, c’est le droit d’auteur ». Une règle acceptée sans discussion. La logique n’est pas financière, mais artistique et respectueuse des œuvres originales.
Le rêve Goldman, intact
Malgré les disques d’or, les grandes scènes et les reconnaissances implicites, un rêve reste intact. « La seule chose que je regrette, c’est Jean-Jacques Goldman, je ne l’ai jamais rencontré ». Une admiration ancienne. « J’ai vu toutes ses époques de concert… j’ai vu sa première tournée ».
Il sait pourtant que JJ Goldman connaît son travail. « Jean-Jacques a beaucoup aimé… il sait très bien qui vous êtes ». « Ça m’a fait kiffer ». Mais il le reconnaît simplement : « J’ai pas osé lui dire ». Son souhait reste modeste : « Rencontrer, échanger un quart d’heure… ou peut-être plus ».
Une carrière faite de rêves réalisés… et d’autres à venir
Claude Somarriba le reconnaît sans détour : « J’ai réalisé plein de rêves grâce à la musique ». Rencontres, scènes mythiques, reconnaissance populaire, voyages. Et pourtant, l’élan ne faiblit pas. « Je sais déjà ce que je fais pour 2026, 2027, 2029 ». Et pour l’année intermédiaire : « Pour 2028, j’ai plusieurs idées… ça va venir ».
Le rythme reste assumé. « Une année, un album ». Avec un cap symbolique : le 20eme anniversaire!
Albums après albums, Claude Somarriba poursuit la même trajectoire : créer, tester sur scène, écouter le public, ajuster. Avec une ligne claire qui résume toute sa carrière : tant qu’il y aura des idées, de l’envie et des gens pour chanter ensemble, il continuera. Et sans jamais rien lâcher.


