Mérignac aprés-guerre: " Des vaches et des chevaux sur la place de l'église! "

A la découverte du Mérignac d’autrefois. Toute cette semaine, C6 Radio reçoit Michel Pétuaud-Létang, architecte, urbaniste et Mérignacais de puis 1947. Grand témoin de l'évolution de la ville, il évoque à travers ses souvenirs d'enfants mais aussi avec son regard de professionnel, l'évolution de la cité. Première épisode: le Mérignac d’après guerre.

hop hop immo
hop hop immo
Mérignac aprés-guerre: " Des vaches et des chevaux sur la place de l'église! "

Michel Petuaud-Létang a grandi à Mérignac à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Il se souvient d'un Mérignac que « les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », à une époque où la commune était encore un bourg rurale, indépendante de Bordeaux.

« Une bourgade autour d’une place très grande, avec une église »

En 1947, Mérignac n’a rien d’une ville dense, avec moins de 20 000 habitants. Le cœur de la commune s’organise autour de la place de l’église.

« C’est une bourgade autour d’une place très grande, avec une église. Sur la place, il y a des arbres, de l’herbe, et quelques lampadaires assez récents. Sur la place de l’église en 1947, c’est des vaches et des chevaux. » Il faut dire que le centre est entouré de propriétés, de fermes et de terres agricoles.

Une ville coupée de Bordeaux

À cette époque, Mérignac est clairement séparée de Bordeaux.

« Mérignac est absolument et totalement indépendante de Bordeaux. »

La coupure est nette : voie ferrée, grands parcs, propriétés privées forment une véritable frontière paysagère.

« Il y avait ce qu’on appelait Fontainieu, une grande propriété énorme, mitoyenne du parc Bourran, qui faisait une césure totalement paysagère entre Bordeaux et Mérignac. »

Une campagne habitée, morcelée, authentique

Le Mérignac d’après-guerre est fait de quartiers isolés les uns des autres, séparés par des terres agricoles.

« Il y avait ensuite des quartiers assez isolés les uns des autres. Entre, c’étaient des paysans, des agriculteurs. »

Le bourg lui-même s’arrête rapidement. « Quand on descendait vers la Devèze, la ville s’arrêtait là. Pratiquement, le bourg s’arrêtait à la Devèze. »

On y trouve encore un lavoir, des maisons anciennes, des familles nombreuses. « C’était le XIXᵉ siècle, pratiquement. »

Une enfance au cœur du village

Arrivé enfant à Mérignac, Michel Petuaud-Létang grandit place de l’église, où ses parents tiennent une mercerie.

« J’allais à l’école en traversant la place, et après je jouais au football sur la place de l’église. Les buts, c’étaient les murs de l’église. »

Le curé les réprimandait parfois, mais l’ambiance était celle d’un village soudé.

« On se connaissait tous, on habitait tous autour de la place pratiquement. » Les commerces sont identifiés, les habitants aussi.« Je connaissais tout le monde sur la place. » Aujourd’hui encore, Michel Pétuaud-Létang se souvient du nom de nombreuses familles mérignacaises.

Solidarité d’après-guerre

La période est marquée par une forte entraide. « Il y avait une solidarité considérable et il n’y avait pratiquement pas de chômeurs. »

Ses parents accueillent même une famille dans leur garage. « Ils n’avaient plus de biens, la guerre était passée par là. Mes parents les ont accueillis, on leur donnait à manger, on avait aménagé le garage. »

Une mémoire précieuse pour comprendre la ville d’aujourd’hui

À travers ces souvenirs précis, parfois tendres, parfois étonnants, Michel Petuaud-Létang livre bien plus qu’un récit personnel. Il raconte la matrice rurale et villageoise d’une ville aujourd’hui pleinement urbaine, rappelant que Mérignac s’est construite par strates, à partir d’un territoire vivant, solidaire et profondément humain.