Mérignac d'antan: L'Aéroport, histoire, développement et erreurs d’urbanisme

Le Mérignac d'antan vue à travers le regard professionnel et les souvenirs de l'architecte Michel Petuaud-Létang. Épisode 4: Terrain plat, IBM et Macumba

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Architecte et urbaniste, Michel Petuaud-Létang revient sur la naissance et le développement de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, une infrastructure déterminante pour l’économie locale, mais dont l’essor rapide a aussi généré des choix d’urbanisme aujourd’hui discutés.


Un aérodrome né d’un terrain idéal

L’implantation de l’aéroport à Mérignac n’est pas le fruit du hasard.

« Il y a à Mérignac un terrain totalement plat, qui est le terrain de l’aérodrome », rappelle Michel Petuaud-Létang. Dès l’origine, ce site attire les pionniers de l’aviation, notamment « un Monsieur Issartier, passionné d’avions, qui avait créé un terrain d’aviation ».Rapidement, l’activité se structure autour de l’aéronautique.

« Une aérogare s’est développée grâce à Dassault, grâce à la SOGERMA, pour l’entretien des appareils, avec de nombreux sous-traitants qui se sont installés autour. »

Un véritable pôle industriel émerge alors au nord de l’aéroport, spécialisé dans les métiers de l’aéronautique.


Un pôle stratégique, aux portes de l’international

Dès les premières décennies, l’aéroport ouvre Bordeaux et Mérignac vers l’extérieur.

« Il y avait des lignes qui partaient de Bordeaux sur le Maroc, sur l’Afrique, et sur Paris bien sûr. » L’agrandissement du site entraîne la création de l’avenue Kennedy et d’une nouvelle aérogare au sud des pistes, en lien avec la construction progressive de la rocade. Mérignac bénéficie alors d’un avantage décisif : « Les pistes sont beaucoup plus libres d’accès ici, ce qui n’est pas le cas à Toulouse. À Toulouse, on fabrique des avions, mais à Bordeaux, on les répare ou on les fabrique pour l’industriel et le militaire. »


Une ville ouverte, mais confrontée à ses propres limites

L’aéroport joue un rôle central dans l’ouverture internationale de la commune. « Mérignac a toujours été une ville ouverte vers l’étranger avec cet aéroport. »Sa configuration géographique y contribue :« Onze kilomètres de long sur quatre kilomètres de large, avec de l’air, de l’espace, et côté ouest, rien. Mais cette capacité d’extension a aussi généré des tensions.

« On a laissé construire des habitations près des tracés d’envol ou d’atterrissage, et ça, c’est un urbanisme qui a été mal pensé. » À l’époque, reconnaît-il, « on n’avait pas cette notion de développement durable. On n’y pensait pas. » Avec l’augmentation du trafic, les nuisances se sont accentuées. « Avant, les avions faisaient 70 décibels, aujourd’hui ils en font plus de 100, et ils sont beaucoup plus nombreux. »

Un phénomène amplifié par la mondialisation : « Aujourd’hui, le monde utilise beaucoup l’avion pour transporter des colis, même pour un objet qui pèse 100 grammes. »


Une concurrence féroce entre communes

Le développement de l’aéroport s’inscrit aussi dans un contexte de rivalités territoriales fortes. « Chaque commune avait son propre service pour attirer les entreprises. C’était la bagarre », se souvient Michel Petuaud-Létang. Mérignac, Le Haillan, Pessac ou Bordeaux cherchaient à capter les grands projets économiques.

C’est dans ce contexte qu’intervient une anecdote révélatrice.

« Un jour, je suis assis dans un avion à côté de Jacques Chaban-Delmas », alors maire de Bordeaux. Interrogé sur son travail, l’architecte répond simplement :

« Je lui dis que je suis en train de dessiner IBM à Mérignac. »La réaction semble bienveillante :« C’est bien mon petit, bravo ! » Mais quinze jours plus tard, le projet change de cap.

« Mon maître d’ouvrage m’appelle et me dit : IBM ne viendra pas à Mérignac. Ils vont aller à Bordeaux. »

Avec le recul, Michel Petuaud-Létang analyse :

« J’avais fait l’erreur, la sottise, gentiment, de dire au maire de Bordeaux ce que je faisais. C’est pour ça que IBM n’est pas installé à Mérignac. »


Un moteur économique à encadrer

L’aéroport reste un atout majeur.« Qu’il puisse se développer et accueillir des entreprises, c’est très bien. » Mais l'architecte met en garde :« Il faut gérer l’urbanisme autour, la mobilité et l’implantation des zones habitées. »Selon lui, Mérignac a payé le prix de son attractivité.

« La ville a été victime de son succès : ça a été trop vite, trop incontrôlé. »

Jusqu’à permettre des usages inattendus, comme l’implantation de la célèbre discothèque.

« C’est grâce à l’aéroport qu’on a pu faire le Macumba, parce que c’était sous les pistes, dans une zone peu constructible, et le bruit ne posait pas de problème. »

Un symbole, selon Michel Petuaud-Létang, d’un développement mené à grande vitesse, parfois sans vision d’ensemble, mais qui a durablement façonné le visage de Mérignac.