Bordeaux Aéroport : 250 millions d'euros de travaux pour un aéroport plus vertueux

Invité de C6 Radio, Simon Dreschel, président du Directoire de la société exploitante de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac – désormais identifié sous la marque Bordeaux Aéroport – a dressé un panorama complet de la situation de la plateforme girondine, de ses difficultés récentes à ses ambitions à long terme. Entre recomposition du trafic, transformation des infrastructures et virage environnemental, l’aéroport engage l’un des projets les plus structurants de son histoire.

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Bordeaux Aéroport : 250 millions d'euros de travaux pour un aéroport plus vertueux

Service aux passagers : lucidité sur les faiblesses, investissement massif.

Confronté à des classements contradictoires sur la qualité de service, le président du Directoire adopte une posture sans détour : l’infrastructure actuelle est parfois vieillissante. En revanche, Bordeaux se distingue par sa ponctualité, figurant parmi les meilleurs aéroports français sur ce critère.

Pour franchir un cap, la société engage 250 millions d’euros d’investissements sur cinq ans, le plus important programme jamais lancé sur la plateforme.

Objectif : proposer un niveau de service aligné sur les meilleurs standards européens et internationaux, avec notamment :

  • création d’un bâtiment central reliant les halls A et B,
  • mise en place d’un contrôle de sûreté unique sur 3 000 m², équipé de scanners de dernière génération (fin de l’obligation de sortir liquides et ordinateurs),
  • grands volumes, plafonds plus hauts et parcours passagers simplifié,
  • 3 000 m² de commerces mettant en avant l’identité locale,
  • un ensemble immobilier de près de 30 000 m², intégrant systèmes de tri bagages de nouvelle génération.

Les travaux débutent cette année pour une durée de quatre ans, avec des livraisons progressives, l’aéroport restant ouvert pendant toute la phase chantier.

Parallèlement, le terminal low cost Billi fait l’objet d’améliorations : près de 3 millions d’euros investis pour moderniser l’entrée, rénover les sanitaires, installer des fontaines à eau et renforcer les services.

Ressources 27 : un plan stratégique centré sur la transition écologique.

Baptisé Ressources 27, le plan stratégique de Bordeaux Aéroport vise une transformation profonde de la plateforme.

Sur le volet environnemental, l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone sur les scopes 1 et 2 d’ici 2030, soit les émissions propres à l’exploitation de l’aéroport (bâtiments, énergie).

Pour le scope 3 – celui des avions –, la stratégie repose notamment sur les biocarburants, capables de réduire jusqu’à 80 % les émissions des vols. Bordeaux figure déjà parmi les aéroports français les plus avancés sur ce sujet. Certaines compagnies, comme Wizz Air, se sont engagées à s’approvisionner en carburants durables sur la plateforme.

L’aéroport développe également :

  • production photovoltaïque,
  • géothermie pour réduire la consommation de gaz,
  • récupération des eaux pluviales,
  • bâtiments à haute qualité environnementale.

À terme, Bordeaux Aéroport ambitionne de devenir l’un des aéroports les plus décarbonés d’Europe.

Dialogue avec les riverains et réduction des nuisances sonores des avions

Conscient des enjeux de bruit, Simon Dreschel met en avant un travail de proximité avec les communes riveraines : permanences en mairie, rendez-vous individuels, guichet unique pour traiter chaque réclamation.

Bordeaux Aéroport a investi plus de 7,5 millions d’euros pour l’insonorisation de plus de 800 logements, finançant une partie des travaux de menuiserie et de vitrage.

Par ailleurs, les avions les plus anciens et les plus bruyants sont pénalisés financièrement, incitant les compagnies à moderniser leurs flottes. À trafic passagers équivalent, le nombre de mouvements diminue grâce à des appareils plus grands et mieux remplis.

Maintien de la piste secondaire.

Décidée en juin 2025 par le préfet, la conservation de la piste secondaire constitue un élément clé pour la poursuite du plan stratégique. Des travaux y sont programmés, permettant à l’aéroport de sécuriser ses opérations et ses investissements.

Une marque internationale : Bordeaux Aéroport.

Si le nom officiel reste « aéroport de Bordeaux-Mérignac » dans les documents réglementaires et la signalisation, la plateforme communique désormais sous l’identité Bordeaux Aéroport.

Un choix assumé : « Bordeaux est une marque internationale », rappelle Simon Dreschel. Lors des démarches commerciales en Europe, la notoriété de la métropole girondine – son vignoble, son littoral, son patrimoine – constitue un levier puissant pour attirer de nouvelles compagnies.

Multimodalité et modèle économique.

L’arrivée du tramway a marqué une étape clé, faisant de Bordeaux Aéroport un véritable hub multimodal et renforçant les alternatives décarbonées.

Concernant les parkings, souvent critiqués, Simon Dreschel rappelle qu’ils constituent une ressource essentielle : comme toute société privée, l’aéroport finance seul ses investissements, sans subvention publique directe. Ses revenus proviennent :

  • des redevances aéronautiques payées par les compagnies,
  • des activités extra-aéronautiques (parkings, commerces).

Ces recettes permettent de soutenir la modernisation du site.

Navette Orly et Ryanair : deux chocs, deux réponses différentes.

Parmi les événements marquants de ces dernières années figure l’arrêt de la navette Bordeaux-Orly, qualifié de « subi ». Cette liaison représentait à elle seule 600 000 passagers annuels. Une perte définitive, selon Simon Dreschel, qui reconnaît un impact durable sur le territoire : certaines entreprises s’étaient implantées autour de l’aéroport précisément pour bénéficier de cette connexion rapide avec Paris.

À l’inverse, le départ de Ryanair relève davantage d’un choix stratégique. La compagnie low cost détenait environ 25 % de parts de marché à Bordeaux. Mais ses exigences ne correspondaient plus au projet porté par l’aéroport, centré sur des partenariats durables.

« Nous voulons un réseau pérenne, avec des lignes qui durent, pas des destinations éphémères », insiste le dirigeant. L’objectif est clair : éviter toute dépendance à un acteur unique et construire une offre diversifiée, plus résiliente.

Un trafic en reconstruction après le Covid.

En 2024, Bordeaux Aéroport a accueilli 6,6 millions de passagers. En 2025, la plateforme devrait légèrement reculer, à un peu moins de 6 millions. Une baisse modérée malgré la perte de Ryanair, que Simon Dreschel interprète comme un signe d’attractivité.

Avant la crise sanitaire, le trafic culminait à 7,7 millions de passagers, ce qui mesure l’ampleur du chemin restant à parcourir. Néanmoins, la recomposition du réseau est déjà engagée :

  • arrivée de Wizz Air,
  • renforcement de Transavia,
  • forte croissance de Volotea (+50 % de sièges l’an dernier, +20 % attendus cette année),
  • développement d’easyJet.

Bordeaux conserve ainsi environ 100 destinations, soit un volume équivalent à celui d’avant le départ de Ryanair. Sur les 22 destinations exclusives opérées auparavant par la compagnie irlandaise, 15 ont déjà été reprises, les autres étant principalement des lignes saisonnières atypiques.

Un trafic appelé à croître… différemment.

Si la croissance se poursuit, Simon Dreschel estime que les progressions à deux chiffres appartiennent au passé. Hausse du prix des billets (+40 % en deux à trois ans), contraintes géopolitiques et exigences environnementales modifient la dynamique.

Les études récentes montrent une évolution du profil des passagers : davantage de jeunes, une légère baisse des catégories socio-professionnelles supérieures. L’aérien se démocratise, et l’aéroport entend accompagner cette croissance de manière « raisonnée ».

Un site stratégique au-delà du transport commercial.

L’activité de Bordeaux Aéroport ne se limite pas aux vols commerciaux. Le site accueille également :

  • une base aérienne,
  • des industries de défense,
  • l’aviation d’affaires.

Les pistes sont ouvertes 24h/24, 365 jours par an, conférant à la plateforme un rôle stratégique pour le territoire et l’État.

Le projet actuel n’est pas capacitaire : aucune création de piste n’est envisagée. L’infrastructure existante permet déjà d’absorber le trafic futur. Les investissements portent avant tout sur la qualité de service.

Une transformation structurelle

À travers ce programme inédit, Bordeaux Aéroport s’engage dans une mutation profonde : modernisation de l’expérience passager, diversification du trafic, transition énergétique et dialogue territorial. Pour Simon Dreschel, l’ambition est claire : bâtir un aéroport plus résilient, plus sobre en ressources et pleinement intégré à son territoire, capable d’accompagner un transport aérien en pleine recomposition.