Mérignac : La maison de négoce Twins s’installe dans un entrepôt XXL et reste optimiste

Le négociant en vins Twins change d'échelle et déménage de Bruges à Mérignac. L’opération a démarré début janvier et représente “l’équivalent de 130 camions” pour s'installer dans un immense hangar. Anthony Moses, l'un des dirigeants de Twins se veut confiant dans l'avenir du vin de Bordeaux malgré les difficultés actuelles.

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Mérignac :  La maison de négoce Twins s’installe dans un entrepôt XXL et reste optimiste

Le négociant en vins Twins est engagé dans un déménagement logistique d’ampleur vers un nouveau site à Mérignac, à proximité immédiate de la rocade et de l’aéroport. L’entreprise quitte son implantation de Bruges pour un bâtiment conçu comme un outil de travail central : “on est en plein déménagement… l’équivalent de 130 camions”, un transfert qui s’étale sur plusieurs semaines et mobilise une organisation millimétrée.


Un entrepôt de 6 000 m² pour doubler la capacité et gagner en autonomie

Le cœur du projet, c’est un espace de 6 000 m² dédié au stockage, dimensionné pour accompagner la croissance. Anthony Moses explique pouvoir “doubler” ses capacités, avec un entrepôt aujourd’hui configuré autour de 2,8 millions de bouteilles et un potentiel d’extension “jusqu’à 4 millions” via l’ajout de rangées de racks. L’enjeu est assumé comme stratégique : “la priorité, c’était d’être indépendant… une indépendance pour stocker nos vins”, après des années de stockage externalisé.


Un bâtiment ICPE “ultramoderne”, pensé pour stabiliser la conservation du vin

Avec son isolation renforcée, les écarts de température seront limitées dans le hangar, de quoi optimiser les conditions de conservation. Autre avantage: cette conception “permet d’utiliser moins de climatisation”, en réduisant les besoins énergétiques liés au maintien d’une température stable dans les zones de stockage. Le site intègre aussi une dimension énergétique, avec une toiture équipée de panneaux solaires pour tendre vers une structure “complètement indépendante énergétiquement”, cohérente avec la logique globale du projet (maîtrise des coûts, stabilité, et continuité d’exploitation).


Sécurité : béton, vidéosurveillance et rondes de nuit

Stocker massivement implique aussi de sécuriser des stocks à forte valeur. Anthony Moses décrit un dispositif “au cœur de la stratégie” : murs en béton épais, caméras “partout”, vigiles la nuit et une société de gardiennage connectée aux forces de l’ordre. Il faut dire que certaines bouteilles peuvent atteindre “1 000 à 1 500 euros”, ce qui justifie un niveau de protection comparable à celui d’un site sensible.


Grands crus, mais aussi “petits châteaux” : une logique commerciale et “sociétale”

“Le cœur de métier… c’est la vente de grands crus”, explique Anthony Moses, mais l’entreprise fait aussi du négoce sur des vins accessibles, “deux, trois, quatre, cinq euros”, avec l’idée que “l’un n’empêche pas l’autre”; Pour Twins, il existe une dimension “sociétale” (ne pas laisser une partie de la filière sur le bord de la route), mais aussi économique : en période de consommation contrainte, le marché ne se limite pas aux crus classés.


Une filière en difficulté : Ukraine, taux, Chine et consommation en baisse

"Les 18 à 24 mois ont été vraiment très compliqués” explique Anthony Moses, entre la géopolitique (Ukraine), les taxes sur certains marchés, la hausse des taux, et une Chine qui a tardé à redémarrer après les confinements alors qu’elle a pu représenter “30 à 40% des débouchés” à certains moments. Sans oublier une baisse ou stagnation de la consommation et le fait que des jeunes se tournent vers des produits “plus simples” et “plus funky” que le vin.


Les États-Unis : un tiers du chiffre d’affaires, entre reprise et incertitude fiscale

Le marché américain apparaît comme un baromètre quotidien pour Twins. L’entreprise y est “très exposée”, avec “plus d’un tiers” de son chiffre d’affaires Après une année difficile, Anthony Moses décrit un début de reprise : le marché “était en train de repartir”, notamment parce que les clients apprenaient à composer avec le contexte, tandis que des stocks “non taxés” présents sur place avaient été progressivement consommés. Mais cette reprise est fragilisée par une “menace” de taxe additionnelle, “pas encore complètement confirmée”, qualifiée de “coup dur”. Twins relativise en rappelant l’épisode Airbus/Boeing et des taxes déjà montées à “25%”, en misant sur la capacité de la place bordelaise et de l’entreprise à rester “agile”, à “trouver des solutions” et à “s’en sortir une fois de plus”.


Surproduction : l’arrachage comme étape “triste” mais nécessaire

Anthony Moses replace la crise dans un cadre mondial : la surproduction ne touche pas que Bordeaux, mais aussi le Chili, l’Argentine ou les États-Unis, dans un contexte de consommation qui baisse ou stagne. Selon lui, l’arrachage est “évidemment très triste”, mais il devient “indispensable” pour soutenir les prix, soutenir la demande, et permettre aux viticulteurs qui restent de “vivre dignement de leur travail”.


Le “drame” des prix trop bas : vers “boire moins, mais mieux”

Anthony Moses pointe aussi le problème des bouteilles affichées à 1,50–1,80 € en grande surface : “ça ne devrait pas exister”, car on est “à peine au coût de revient”. Il estime que le redressement passe par des prix plus justes : si les vins se vendent “à des prix corrects”, la qualité suit, et “le gros gagnant” peut être le consommateur, appelé à “boire moins, mais mieux” et à “se faire plaisir” avec de meilleurs produits.


Avenir : un investissement maintenu, et un optimisme assumé

Malgré les turbulences, Twins tient le cap. L’entreprise a “souffert comme tout le monde”, mais se présente comme une structure familiale de long terme, “capable d’encaisser ces cycles”, grâce à une gestion prudente et des réserves constituées. Ce nouvel entrepôt est “un aboutissement” et corrige “une anomalie” pour une société de cette taille, qui n’avait pas son propre chai. Le projet devient un levier de motivation : “on n’allait pas revenir en arrière”, et cette étape “donne encore plus de motivation pour continuer à bien travailler”.

Sur les perspectives de marché, Anthony Moses se dit “confiant pour deux raisons”. D’abord la qualité : “les vins de Bordeaux n’ont jamais été aussi bons”, avec une “maîtrise technique exceptionnelle”, et des vins aux profils rendus plus accessibles (plus mûrs, plus ronds, plus faciles à boire jeunes) notamment grâce au réchauffement climatique. Ensuite, Bordeaux a été “la première région” à corriger ses prix avec une baisse d’environ “40% sur les 18 derniers mois”, ce qui renforce le rapport qualité-prix.

Twins estime que ce retour sur des “zones de prix hyper accessibles” peut aider Bordeaux à mieux parler aux marchés au pouvoir d’achat plus contraint, comme “la France” et “l’Europe”, et à “regagner les cœurs” d’une partie des consommateurs. Bordeaux “a connu beaucoup de cycles”, mais reste “résiliente” et “va s’adapter”, avec l’espoir d’un effort collectif entre producteurs, négociants et clients, conclut Anthony Moses.