Les « 256 de Souge » : un film documentaire pour que la mémoire ne s’éteigne pas « L’oubli est le premier pas vers la répétition »

Invité de C6 Radio, Jean Lavie, président de l’Association du souvenir des fusillés de Souge, est revenu longuement sur l’histoire du camp de Souge et sur la diffusion prochaine du film documentaire Les 256 de Souge. Un travail mémoriel essentiel, à l’heure où la transmission de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale demeure un enjeu citoyen majeur.

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Les « 256 de Souge » : un film documentaire pour que la mémoire ne s’éteigne pas « L’oubli est le premier pas vers la répétition »

Souge, un lieu conçu pour la répression

Durant la Seconde Guerre mondiale, 256 résistants et patriotes ont été fusillés par l’occupant nazi au camp militaire de Souge, situé dans une zone forestière alors isolée, aux portes de Bordeaux.

« Souge était un lieu spécifiquement aménagé pour les fusillades collectives », explique Jean Lavie. Des archives attestent que les Allemands y avaient identifié plusieurs parcelles dédiées exclusivement à cet usage.

Par son ampleur, Souge constitue le deuxième plus important lieu de fusillades collectives en France, après le Mont-Valérien. Les victimes provenaient d’un vaste territoire allant de Poitiers à Bayonne, transférées depuis différentes prisons, notamment le camp de Mérignac-Beaudesert et le Fort du Hâ à Bordeaux.


La politique des otages et la mécanique de la terreur

Ces exécutions s’inscrivaient dans la politique de répression mise en place dès 1941 par l’occupant nazi, connue sous le nom de politique des otages.

Pour chaque soldat allemand tué par la Résistance, 50 à 100 otages étaient exécutés. Une logique de terreur théorisée par le « code des otages », élaboré avec la complicité du régime de Vichy.

Les arrestations reposaient sur des listes établies en amont, parfois bien avant même l’occupation, visant notamment les communistes, les gaullistes et plus largement les opposants politiques. À cela s’ajoutaient les dénonciations, les infiltrations de groupes résistants et les aveux arrachés sous la torture.


Résister, une réalité plurielle

Pour Jean Lavie, la question de savoir si « les Français ont été résistants » ne peut se résumer à une réponse binaire.

Au-delà des actes armés, une large partie de la population a contribué à la Résistance par des gestes discrets mais déterminants : héberger, nourrir, transmettre des informations, fournir des faux papiers ou des tickets de rationnement.

L’essor du Service du travail obligatoire (STO) à partir de 1943 a également marqué un tournant, poussant de nombreux jeunes à rejoindre la Résistance, malgré la répression.


Un film pour transmettre et alerter

À l’origine du documentaire, une volonté forte : fixer la mémoire pour les générations futures.

« N’oubliez jamais », rappelle le sous-titre du film, car « l’oubli est le premier pas vers la répétition ».

Les 256 de Souge croise :

  • des analyses d’historiens,
  • des témoignages de descendants de fusillés,
  • des interventions d’enseignants, d’élèves,
  • des représentants de l’armée et de l’Office national des anciens combattants,
  • ainsi qu’un éclairage sur le camp de Mérignac-Beaudesert.

Un travail collectif qui met en lumière la diversité des profils résistants et l’importance du travail de mémoire, sans instrumentalisation politique.


Une mémoire toujours vivante

Chaque année, près de 1 000 élèves visitent le mémorial de Souge. À la fin du parcours, Jean Lavie pose systématiquement la question aux élèves : « Pourquoi êtes-vous là ? ». Il souligne qu’il y a toujours un élève qui finit par répondre : « Pour éviter que cela recommence »

Pour Jean Lavie, c’est la preuve que l’écho de ces voix ne faiblit pas.

« Tant qu’il y aura des questions, tant qu’il y aura des familles, des jeunes, des citoyens pour s’interroger sur le passé, notre mission restera nécessaire. »