Marie Récalde : "Il faut arréter la politique de l'autruche en terme de défense!"

Marie Récalde : « Les députés ne doivent pas être hors sol » Première invitée politique de ce début d’année 2026 sur C6 Radio, la députée de la 6ᵉ circonscription de Gironde, Marie Récalde, a défendu la réalité du travail parlementaire, répondu aux critiques sur les élus et détaillé ses priorités : vigilance face aux ingérences informationnelles, ancrage territorial renforcé, et financement de la recherche sur les cancers pédiatriques.

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Marie Récalde : "Il faut arréter la politique de l'autruche en terme de défense!"


Un quotidien « partagé entre Paris et les communes »

Interrogée sur le « job de député », Marie Récalde décrit un rythme coupé en deux : d’un côté l’Assemblée nationale, de l’autre la circonscription et ses « sept communes ». Elle insiste sur l’intensification du travail à Paris : « nous siégeons beaucoup », avec des journées qui « commencent très tôt » et « finissent très tard », parfois « jusqu’à minuit », y compris le week-end lors des séquences budgétaires.

« Venez voir » : répondre aux critiques sur les élus

Sur l’image négative des députés (« ils ne font rien », « ils sont là pour s’engraisser »), la députée répond par l’ouverture : elle dit recevoir des habitants de la circonscription et les invite à constater par eux-mêmes la charge de travail parlementaire et le traitement des dossiers (associations, particuliers, entreprises). Elle reconnaît que ces jugements « énervent », comme toute critique portée sur un métier, mais y voit aussi une obligation de pédagogie : mieux « faire connaître, faire comprendre et montrer tout ce qu’on fait ».

Indemnités, indépendance et « probité indispensable »

Marie Récalde rappelle que les rémunérations des parlementaires sont publiques et assume le principe d’une rémunération à la « juste valeur » : selon elle, c’est une condition pour des élus « indépendants » et moins exposés aux pressions. Elle associe immédiatement cette idée à un impératif : une « probité absolument indispensable ».

Elle revient également sur le travail mené, dans le passé, autour de la déontologie et de la transparence de la vie publique, en évoquant des avancées institutionnelles sur ces sujets et l’importance de règles claires.Pour retisser le lien et lutter contre l’idée de responsables « hors sol », la députée met en avant une initiative lancée depuis novembre : une permanence parlementaire mobile. Objectif affiché : s’adresser à ceux qui ne franchissent pas la porte d’une permanence classique, par intimidation, autocensure ou sentiment que « ce n’est pas pour eux ». Elle revendique cette démarche comme une fonction centrale de l’élu : « être élu du peuple, c’est le représenter et aller vers lui ».

Sur le non-cumul, Marie Récalde rappelle avoir voté la loi. Elle admet que le « député-maire » créait un lien particulier, mais estime qu’il est possible de maintenir l’ancrage territorial autrement — au prix d’un effort plus constant et de « nouvelles formes » de présence sur le terrain.

2025, une année « intense » à l’Assemblée

2025 a été une période « intense », marquée notamment par les débats budgétaires, mais aussi par des textes « très importants ». Elle cite le dossier de la fin de vie, en espérant une conclusion rapide du processus législatif, ainsi qu’un texte lié à la violence routière.

Elle insiste sur un décalage entre l’image souvent renvoyée par les extraits médiatiques et la réalité du travail : l’Assemblée est « le lieu du débat », « la maison du peuple », et le « bazar » perçu lors des questions au gouvernement ne résume pas, selon elle, la somme de travail en commission, les amendements, et les échanges de fond. Elle affirme même que les débats budgétaires de fin d’année ont donné lieu à des séquences « de très grande qualité ».

.Défense : la guerre revient, le monde bouge, et il faut se préparer

Secrétaire de la Commission Défense à l'Assemblée,Marie Récalde décrit un basculement stratégique : « on voit qu’on est dans un monde instable », où des « États-puissances reprennent force », où « les alliances d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui, ni sans doute celles de demain », avec une interrogation explicite sur la solidité des alliances.

Elle insiste surtout sur le retour d’un impensé européen : « la guerre conventionnelle est revenue sur le sol européen alors qu’on ne l’attendait pas ».

À côté du conflit conventionnel, elle met en avant la « guerre hybride », c’est-à-dire l’affrontement par d’autres moyens, dont la guerre informationnelle et les ingérences étrangères. Elle dit avoir rendu un rapport sur la « fonction stratégique influence » et sur la guerre informationnelle, et affirme une inquiétude particulière à l’approche des prochaines élections (municipales, puis présidentielles et législatives). Pour elle, la manipulation informationnelle et la guerre cyber sont désormais des réalités « tous les jours ». Son message central est un appel à la préparation collective : la société française doit devenir « plus résiliente qu’elle ne l’a jamais été », car « on ne peut pas faire la politique de l’autruche ». Elle juge que la France et l’Europe ont trop longtemps vécu sur les « dividendes de la paix », en pensant que la guerre ne reviendrait pas en Europe.

Cancers pédiatriques : « on ne peut pas laisser mourir des enfants »

Autre priorité mise en avant : la lutte contre les cancers pédiatriques. Marie Récalde affirme qu’en France « 400 enfants » meurent encore chaque année d’un cancer et pointe un problème central : l’absence de traitements spécifiquement développés pour l’enfant dans de nombreux cas, avec des prises en charge reposant sur des traitements conçus pour les adultes, laissant parfois des séquelles lourdes à vie.

Elle cite l’association locale « Eva pour la vie » comme un déclencheur et un appui de son engagement. Elle insiste sur un obstacle majeur : la recherche et surtout le passage à l’échelle (essais, industrialisation, mise sur le marché) prennent « 10 à 15 ans » et nécessitent des financements importants, alors que les cohortes sont faibles et n’attirent pas suffisamment l’investissement privé.

Sa réponse politique : instaurer une contribution des laboratoires pharmaceutiques pour financer la recherche sur les cancers pédiatriques et certaines maladies rares de l’enfant. Elle évoque une fourchette discutée (0,1 %, 0,15 % ou 0,3 %) et défend l’idée que les grands acteurs du secteur peuvent contribuer à cet effort. Conclusion martelée : « en 2026 », il n’est plus acceptable, selon elle, de « laisser mourir des enfants d’un cancer parce qu’on n’a pas fait de recherche ».